Un, deux, trois…

Je pousse laborieusement la porte qui s’exécute avec un grincement sinistre. Dehors il y a le soleil, des oiseaux qui chantent, de l’herbe qui appelle à la sieste. En face de moi il y a des ténèbres et… un nuage de poussière.

Personne n’est venu depuis des mois et ça se ressent. Je pousse un peu plus la porte, le soleil me précède et entre à grands flots.

Quelques pas à l’intérieur.

Ça sent le renfermer, les vieilles affaires, la poussière, l’absence.
Aux murs il y a des photos, une rousse qui sourit à l’objectif avec un air mutin entouré de deux autres jeunes filles. Des sourires, des visages. Un tourbillon de vie figé en plein mouvement qui moisi lentement sur ces murs sombres.

Trois pas de plus et je me retrouve au centre. Il y a des fauteuils, des étagères, des tapis et des tentures jetées à même le sol. De la poussière, de la poussière et toujours de la poussière. Une araignée passe en courant sur ses pattes de danseuse. Sur les murs, en dehors des photos, il y a des textes. Avec des écritures différentes. Des pattes de mouches, des tâches d’encre, l’empreinte d’une main.

Sur une petite table il y a un tas de papier, des mots d’amoureux, des mots d’amants, ceux de lecteurs, ou d‘amis.

Sur la porte il y a une pancarte que je n’avais pas vue en entrant :

Les Saintes Chéries.

Je crois que je suis rentrée à la maison.

Course contre la montre

« Cours ! »
Ce cri avait claqué dans l’air comme un ordre et m’avais fouetté le sang. Je ne sais pas où je suis, ni où je vais, je fais juste ce que l’on m’ordonne : courir.
Très vite et très loin.
Pour échapper à quelque chose de monstrueux qui, je le savais, me poursuivait nuit après nuit depuis quelques années maintenant.
La vérité est, que longtemps après avoir entendu le hurlement, j’ai continué à courir  de toute mes forces. Pour échapper à cette menace, invisible et latente, qui résonne en moi comme ce cri.
« Cours ! »
Et j’ai couru, sans me soucier de ce qu’il pouvait y avoir devant moi, ne me préoccupant que de ce qu’il pourrait y avoir derrière. Curieusement je ne tombe pas malgré l’obscurité, malgré mon ignorance sur ce lieu étrange. Dans cette nuit perpétuelle, je vole pardessus les obstacles.
J’ai pendant un instant l’impression de chevaucher le vent, qu’une force invisible guide mes pas loin des obstacles. Les obstacles, ce ne sont pas eux qui me rattrapent, c’est moi qui file à leur rencontre. Une racine, une pierre, une branche, instinctivement je les évite, je feinte et continue ma fuite en avant. Une chute et c’est le trou noir, longue descente dans un puit sans fond.
Je me suis réveillée avec un mal de crâne atroce, une sonnerie persistante dans les oreilles. Et toujours cet ordre imprimé dans la moindre fibre de mon corps :
« Cours ! »
Ma main est partie vers la source du bruit pour l’envoyer sonner le plus loin possible de mes oreilles.
Et c’est à ce moment là que le reste de la phrase a traversé les brumes de mon esprit pour s’y imprimer en lettres de feu: « T’es en retard pour tes cours ! »

Le clignotant 10h30 à l’envers dans l’obscurité de ma chambre confirme la sentence, et merde, encore une journée qui commence en retard.

Alea jacta est…

Encore une fois me revoilà…
                                                         … sans ma rouquine.

Parlons un peu écriture, je sais et j’en suis consciente que mon niveau en la matière a baissé (pour ne pas dire qu’il flirte outrageusement avec la médiocrité). Cela dit, j’ai concocté une petite chronique qui, loin d’avoir le style flamboyant et envoutant de Julie, et sans l’acidité de Prunelle (dont je suis sans nouvelle à ce jour…), je l’espère vous plaira un tant soit peu.
Dès que je l’aurai relue, vidée de ses bavures et autres fautes, je vous donnerai un aperçu d’Emma … (rien avoir avec la Bovarie)

L’autre nouvelle, est qu’après 6 mois de tortures mentales, de réclusions dans ma chambre, j’ai tiré de ma caboche un petit “roman” qui avait l’ambition de concourir à Envie d’écrire 2007 pour le Prix du Premier Roman.
On ne peut pas dire que j’avais beaucoup d’espoir, ni tellement de chance d’être reperée. En fait j’en ai eu tellement peu que malgré l’enveloppe timbrée, les gérants du concours n’ont même pas pris la peine de me dire un an après si j’avais ou non été retenue.
Et aujourd’hui je tiens à vous faire part du résultat (deux mois après l’annonce officielle que je viens à peine de trouver et encore, seulement grâce au hasard) : Zéro pointé.

Alors maintenant que je suis libérée de toute obligation envers ce coucours, peut être qu’après quelques modifications je vous offrirai la version (non censurée).

Quand y en a plus, y a encore !

   C’est vrai ça aurait trop beau, trop simple. Et puis la vie ne serait pas amusante sans ça.
Ça, ce sont toutes les petites ratures sur la grande page de votre vie qui font des taches et gribouillis. Ce sont tous les petits trucs qui, quand votre stylo glisse harmonieusement pour former les lettres de votre vie, font des plops !
Le dernier plop, qui a fait une grosse bulle d’encre sur la feuille et m’a éclaboussé le nez, taché les doigts quand je m’y suis penchée de plus près.

   Toutes ces envolées lyriques pour dire que les ex ( à comprendre comme : connards de toutes sortes, salauds de première, enfoirés de dernière…) sont vraiment une plaie…
A côté d’eux l’Egypte, elle a peine subit une piqûre d’abeille (bon de guêpe si vous préférez).
Quand vous les croyez enfouis dans les abysses de votre mémoire, que vous avez mis un mouchoir (crasseux) sur toutes les vacheries et les bons souvenirs, et ben non ils reviennent en force !

   Ils reviennent étaler leurs horreurs sur la nouvelle page vierge d’eux que vous tentez d’écrire. Certains continuent à faire partie de votre vie, parce qu’eux, même si ce n’était pas les bons, ça reste des amis.
Mais les autres . . . des plaies vous dis-je !

   Les connards frustrés, qui vous pourrissent la vie juste par dépit. Les crétins imbéciles qui n’ont pas compris qu’ils étaient de trop. Tout ça remonte un peu trop à la surface à mon goût.
Moi qui voudrais faire des déclarations à perdre haleine, je me retrouve engluée face à mon autre moi-même, une image vieillie et archivée de moi. Classée et retournée dans un carton.

   Eh non ! Je me rend compte qu’on peut toujours exhumer les vieux dossiers juste avec des mots malheureux qui n’ont pas de sens hors de leur contexte, mais qui en prennent un tout autre dans la bouche de celui que vous aimez. Un soupçon, subtil, insidieux. Et l’envie de hurler à l’injustice, au mensonge, et de piétiner les pages brouillons de votre vie d’avant l’avoir rencontrer à Lui.

   Tout ce charabia, pour dire que le premier connard qui vient foutre sa merde entre moi et l’chou*, je l’envois ad patres avant qu’il ait trouvé une religion assez complaisante pour lui pardonner toutes ses erreurs passées et à venir.

*l’chou : pour ceux qui n’auraient pas compris c’est mon tendre et cher. Je n’ai jamais eu d’addiction pour une drogue quelconque (à part le net), mais je commence à comprendre le Manque. Jamais assez, jamais trop. Et une absence comme une torture lente qui ferait courir plus vite qu’un marathonien pour retrouver celui manque.

Des os et des couleurs !

C’est un soir comme les autres, un de ces bons vieux soirs où, bien à l’abri derrière les murs épais de notre maison et après un bon bain, je me promène en petite tenue dans le salon.
Dans le divan, Marina révise son cours élémentaire de droit commercial tandis que ma mère, sourcils froncés, tente d’écouter les informations du 20 heures. Je dis bien : "tente" parce qu’il faut bien avouer que je ne lui facilite pas la tâche. D’une voix volontairement éraillée, je malmène "c’est mon homme", grand succès d’époque (l’entre-deux-guerres) interprété, par l’ineffable Mistinguett – paroles revues et corrigées, of course, pour ma propre situation amoureuse :

sur cette terre, ma seule joie, mon seul bonheur,
c’est ma femmeuuuu
j’ai donné tout c’que j’ai, mon amour et tout mon coeur,
à ma femmeuuu
et même au motel
quand je rêve, c’est d’elle,
de ma femmeuuuu

E’m fout des coups,
E’m prend mes sous,
je suis à bout
mais malgré tout
que voulez-vous…
Je l’ai tell’ment dans la peau
qu’j’en d’viens marteau…

Il fut un temps (lointain) où ma pauvre môman, grande passionnée du p’tit Jésus - le vrai, pas celui qui ruisselle dans son berceau pour deux soupirs inspirés du sieur Léo Ferré - en aurait avalé sa canne d’indignation mais, pour je ne sais quelles obscures raisons, la brave femme a, dès le début, accepté ma relation avec Marina, sachant très bien ce qu’il en était quant à la nature de nos sentiments.
Mon oeil acéré repère quelques pots de crème vanille mis à refroidir sur l’appui de fenêtre.  Sans complexe, je trempe mon index dans l’un d’eux avant de le suçoter dans un gémissement d’extase (infantile, je l’avoue) totale.
Là, c’en est trop pour ma génitrice :

- Julie !  Combien de fois t’ais-je déjà dit de ne pas…

Elle interrompt sa remontrance, l’attention brusquement accaparée par la voix nasillarde de PPDA qui parle de cette fameuse campagne italienne contre l’anorexie illustrée par Oliviero Toscani.

Et de se lamenter :

- mon Dieu… Pauvre fille… C’est affreux, cette maladie… Quel malheur !

J’aurais dû faire gaffe à son regard maternel en coin, inquiet, soudain braqué sur ma petite personne :

- Julie ?

Toute à ma dégustation vanillée et en bonne andouille qui ne voit jamais rien venir, je replonge la main vers un autre pot de crème :

- Hmmmmph ?
- tu n’aurais pas… Tu ne serais pas…
- Je s’rais pas – sluuuurp – quoi ?
- Et bien… anorexique. C’est que… il faut bien avouer que tu n’es quand même pas bien grosse ma chérie !

Mon doigt, chargé d’une super lichée de crème, interrompt sa trajectoire vers ma bouche.   Le pudding tiède fait quelques "floc floc" discrets en dégoulinant sur le parquet tandis que je coasse :

- Kwaaaa ?? Anorexique, moi ? Non mais, tu trouves vraiment que j’ai l’air d’une anorexique ???
- mais, ne t’énerve donc pas ainsi tout de suite ! On voit quand même tes os aux épaules… Et puis, tu as vraiment un petit derrière, des jambes toutes maigrichonnes…

Mon indignation est telle que j’en reste un moment sans voix.  Puis, paniquée :

- Marinaaaaaaaaaa ! Tu trouves que je ressemble à un squelette, que j’ai les fesses tristes et les jambes comme des cuisses de grenouille ?

Ma chérie, un instant déconcertée par cette évaluation peu flatteuse de ma personne, vole aussitôt à mon secours avec sa véhémence coutumière (et ô combien salvatrice pour mon moral) de méditerranéenne :

- Mamma (elle appelle ma mère « mamma »), tu n’es pas sérieuse ? Julie est mince mais pas maigre ; elle en est même très loin !  Son derrière ?  quoi, son derrière !!  Elle a les plus jolies fesses du monde, toutes rondes, toutes fermes, toutes douces… Et ses jambes, elles ne sont pas maigres, ses jambes, quand même !  Fines, oui, mais pas maigres !  Elle a le corps élancé (regard super langoureux, un tantinet rêvasseur)… d’une délicieuse adolescente !

Tant de compliments me rassérènent un peu. Ma mère, pas têtue pour un sou, cherche à faire de la résistance :

- Oui, bien sûr… toi, tu es amoureuse… donc, tu n’es peut-être pas objective ! Moi, je suis sa maman et je m’inquiète.  C’est quand même mon droit !

La moutarde me monte au nez :

- Arrête ça, tu veux ? Je n’ai aucun problème avec la nourriture !

Pour renforcer mon affirmation, je plonge à nouveau un index rageur dans la crème vanille.
Elle :

- Mais enfin, Julie, tu manges comme un moineau !

Vigoureux hennissement ironique de Marina :

- Ha !!! Comme un moineau ?  Elle bouffe comme quatre !  C’est une blague ou quoi ?
(là, je me renfrogne, vexée)
- comme quatre, comme quatre, c’est vite dit. Et puis, il faut voir ce qu’elle mange aussi !  Des légumes crus le plus souvent, tels quels, sans sauce, sans rien !
- Mamma, tu es de mauvaise foi ! Oublierais-tu, déjà, mon osso-buco à la gramolata avec les pâtes fraîches d’hier ? C’est elle qui a fini la marmite avec le bon tiers de baguette qui restait !

Du bout des lèvres :

- Hu !  Bon, pour hier, c’est vrai… mais je dis simplement que ça ne lui ferait pas tort de manger autre chose que des racines et des salades !

Je grince :

- mais m’man, je suis obligée de manger des racines. C’est un peu comme les flamants roses, tu vois ?
- qu’est-ce que les flamants roses viennent faire dans la conversation ?
- Très simple, je t’explique : ces charmants volatiles doivent leur couleur à une variété de petites crevettes,"
l’artemia salina" – non non, ce n’est pas une blague ; sans ce minuscule crustacé, le Flamant ne serait qu’un flamant… pas rose !

- je ne vois toujours pas le rapport !
- Lorsque tu m’as mise au monde, m’man, tu as du te rendre compte de ma caractéristique principale, celle qui fait fondre Marina comme une praline sous le torride soleil d’été italien, hein ?
- Heuuu…
- M’enfin… je suis rousse, maman !  Une vraie, pure, flamboyante rousse !
- et alors ?
- et alors, et alors ! Et alors, pour rester flamboyante… je dois bouffer beaucoup de… carottes, tout simplement !   Ne ris pas, je te prie, c’est très sérieux !   Parce que… sais-tu ce que deviennent les rousses qui ne mangent pas carottes ?

Fataliste, dans un soupir de presque reddition :

- non ma chérie, je ne sais pas ; dis-le moi !
- des blondes, maman, des blooondes ! Rien que d’y penser, tiens… brrrr… Marina, il reste des carottes au frigo ?

( je demande sincèrement pardon à toutes les blondes)

 

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