26 décembre (suite)
Resto avec Fabian.
Nous parlons de nous à tour de rôle. Il me regarde avec intensité et j′aime ça. Le serveur me fait un numéro de séducteur pas possible : oeil de velour, petites attentions, sourire carnassier. Le latin lover dans toute sa splendeur.
Nous revenons chez moi en nous tenant la main. Je sens mes crocs grandir. Toute chaude en dedans, comme à chaque fois que je me prépare à faire l′amour.
Sitôt rentrés, je l′attire vers ma chambre, le pousse sur mon lit et nous nous embrassons longuement. Ses longs doigts fins me parcourent. Echange de bons procédés, je pose ma main sur sa braguette. Le bougre me semble en forme alors je m′insinue, le touche, l′empoigne délicatement. Les minutes passent ; le silence, troublé de petits bruits d′amour. C′est intime, délicieux. Il se contente de me caresser par dessus mes vêtements, toujours timide. Rapide, j′ouvre son jean pour dégager l′objet de mon attention. Il se laisse faire comme un pacha. Notre petite affaire va bon train. Ma tête descend, embrasse, gobe. J′y mets toute ma tendresse, cherchant la sensation plutôt que le déchaînement. J′aime prendre un homme dans ma bouche. Parfois, je voudrais avoir un pénis, puis je me dis que nous devons sûrement éprouver, nous, les femmes, des sensations plus intenses que les hommes. Le fait d′accueillir en nous, dans notre chair, d′être investies, fouillées. C′est d′une telle intensité.
Il pose une main sur mes cheveux, très doux, et balbutie :
- Attends, s′il te plaît, attends.
(In petto, je me dis : oh non, pas un rapide, pas ça.)
Je cesse mon câlin, le dévisage, perplexe. Il continue, emprunté :
- Je dois t′expliquer quelques trucs et je ne sais pas comment le dire, le présenter. Ce n′est pas… facile.
(Du coup, mon excitation retombe, j′attends)
- Dès que je t′ai vue, la première fois, enfin… tu m′as tout de suite envoûté. Tu avais une sorte de distance vis-à-vis des autres, de fierté tranquille. Je t′ai ressentie comme une maîtresse-femme, toute jeune mais tellement altière. Je sais, quand je le dis ainsi, cela paraît ridicule. Pourtant, lorsque je répétais, chez moi, ça avait une autre tournure…
Je le coupe, cherchant à cacher mon agacement :
- Et si tu en venais au fait, dis-je très doucement.
- Je n′aime que les femmes avec un caractère très fort et j′aime qu′elles montrent ce caractère… tu me comprends ?
- Pas vraiment !
- Je voudrais vivre des rapports de… force
D′un coup, le petit franc tombe dans ma tête. Tout mon corps se glace, je me redresse, vais me servir un grand verre d′eau dans la cuisine. Une minute plus tard, il me suit, avoue dans un souffle :
- C′est pour cela que ma dernière petite amie a rompu. Et lorsque tu me suces, tu fais l′inverse de ce que je voudrais, dans l′attitude je veux dire. Julie, je ne suis pas un malade. C′est assez courant comme fantasme.
Je me retourne, le regarde, en colère :
- Alors, tout à l′heure, lorsque je parlais de bottes et de cravache en riant, j′avais mis en plein dans le mille, c′est ça ?
- Euh, pas forcément. C′est une relation qui se construit en fonction de chaque personnalité, c′est très complexe. Tu vois, en ce moment, je me sens vraiment mal, là, en face de toi, et quelque part, j′aime ! Puis, je panique aussi, à l′idée que tu me repousses.
Tout tourne dans ma tête. Je n′ai plus aucune envie de faire l′amour. Ne reste en moi qu′un grand vide hébété. Pourtant, il est tellement beau, merde. J′ai envie de lui, mais pas ainsi ; enfin, je ne sais pas, je ne sais plus. Mes dents se serrent :
- Vas t-en !
-Julie…
- MERDE ! J′ai besoin de réfléchir, d′être seule, tu piges ?
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