Adieux…

Le jeune flic tendit un méchant bout de papier à l’inspecteur qui venait d’entrer :
- On a trouvé ça sur la table.  C’est la voisine qui a téléphoné parce que le gosse braillait depuis des heures !
Le vieux limier chaussa une paire d’invraisemblables lunettes qui avaient vu des jours meilleurs et lut.

Hello mon ange,
 
J’imagine ce que tu vas entendre toute ta vie, toutes les horreurs, la pitié que tu vas devoir supporter à cause de moi. Tu vas surement me haïr pour ça.  On va te dire que j’étais égoïste, que je n’ai jamais pensé qu’à moi.
Peut être aussi qu’il y aura quelques personnes charitables pour entretenir mon bon souvenir auprès de toi et panser tes plaies d’enfant déçu.  Et te dire que j’étais pas… comme ça.
Oh, bon sang !
Au début, tu vois, j’étais juste une meuf un peu paumée, qui voulait être sage et bien obéir à ses vieux ; une fille qui rentrait ses devoirs à temps, qui sortait pas. Une vrai petite sainte à bon Dieu.
Si tu savais combien j’aimerai te dire que j’ai rencontré le prince charmant, que c’était l’homme de mes rêves, qu’on s’est aimé et que, comme dans toutes les belles et tragiques histoires de princesses, il est mort dans un accident ou une autre connerie du genre.
J’aurais voulu construire, rien que pour toi, un conte de fée, une de ces magnifiques histoires qui t’aurait permis d’être l’orphelin courageux qu’on ne trouve que dans Dickens.
Il y a un énorme fossé entre mon rêve, et la réalité, pas vrai mon ange ?
Et puis, de toute façon, les contes, ce n’est bien que dans les bouquins.
La réalité, elle est pas et elle sera jamais comme ça. T’auras jamais tout ça.
T’auras jamais de mère non plus.
T’auras juste l’ombre d’un souvenir fait de mauvais racontars.  A peine quelques méchants bruits de couloirs… sur moi, celle qui a mal tourné.
Tu sais, que tu me détestes pour ce que je t’ai fait subir ou que tu m’aimes simplement pour avoir été ta mère, je n’ai jamais été qu’une pauvre fille - une gourde pas assez futée pour prendre la pilule ou trop conne pour pas avoir exigé la capote.
C’est pas une lettre pour te demander pardon.
Parce que ça, je peux pas. Je peux pas te demander pardon pour t’avoir fait exister.
J’ai voulu t’écrire cette lettre pour te montrer une autre vérité. Pas celle des rabats-joie  ou des assistantes sociales qui vont tourner autour de toi.  Des femmes, oui… mais pas des mères !
Je voulais te dire que je t’ai aimé et que je t’aime toujours. Et d’en bas, aux enfers, si je peux te regarder, je me dirai que j’ai pas eu tort de faire le grand saut  parce que, quelle que soit ta vie, tu seras mieux sans moi.
J’aurais voulu te parler de ton père aussi, parce que t’as le droit de savoir mais bon…
La mescaline était mon petit péché mignon alors je sais plus trop quand ni où… ni qui.
Je me rappelle de magnifiques yeux verts. Un effet de la drogue peut-être, je ne sais pas, je ne sais plus.
            Tu vois, tu ne perds pas grand chose : une fille-mère, une junkie, et une conne. Je ne veux pas que tu me pardonnes ou que tu me prenne en pitié.
Comme toujours je vais agir en égoïste et en lâche.
Tu dors tranquillement dans ton berceau et je vais te laisser en espérant qu’on te place dans une famille qui t’aimera, qui te rendra heureux et tout le baratin habituel.
Je ne regrette pas ma vie, je ne regrette pas mes choix alors toi, je t’en prie, ne tente pas de porter les remords à ma place.
 Tu sais mon cœur, tu en douteras toute ta vie mais je t’aime vraiment.
Là je peux pas, je peux plus ; j’en peux plus. C’est trop difficile. Je préfère aspirer ma dernière ligne et oublier que tu vas souffrir à cause de moi.
 
                                                            A+
Le jeune flic fut surpris de voir le vieil inspecteur essuyer une larme furtive.  L’homme l’apostropha sans ménagement :
- Qu’est-ce t’as, p’tit gars ?  Tu crois que je devrais être blindé contre tout ce merdier, hein ?
- Je… j’ai rien dit…
- Ma mère, c’était aussi une junkie.  Un soir, elle a cru qu’elle était un… ange.  Trente étages sans parachute… et sans ailes !  Putain de merde de vie.
 
 

5 réactions à “ Adieux…”

  1. ted_bundy dit :

    merde, je suis trop sensible moi… tu m’a fait lacher ma larme jul’s…merci

  2. Derufin dit :

    Ouais ! putain de vie de merde !

  3. ted_bundy dit :

    mesdemoiselle votre abssence pese sur mes yeux, comme la solitude peut etreindre le coeur d’un amant econduit, revenez belles ecrivaine, vos mots me manque au dela de toute logique.

  4. Juliiie dit :

    Aaaaaah !  Le courant est revenu !  La coupure a été longue, cette fois.
    Désolé, Ted, mais Juls n’est pas là durant la semaine (les études).  Dans son studio, y’a pas internet !

  5. ted_bundy dit :

    aaah c’etait une coupure de courant, j’ai eu peur ouf