Amour de Campanie

Nous avons planté notre grand parasol aux environs de Sorrente, dans l’herbe, à l’écart de toute foule mais pas trop loin de la mer.

Une brise légère rend la chaleur agréable  ; raison de plus, pour moi, de faire gaffe aux coups de soleil.  Avoir une peau de rousse est quelquefois une (petite) malédiction : je ne pourrai jamais profiter du franc soleil comme les autres.  (Cependant, scoop : j’ai bruni – un peu)

Marina, elle, brunit à la vitesse grand V.

 

Francesca doit se trouver dans les buissons environnants (façon de parler), en compagnie de Guido, il suo piccolo amico

L’heure de la sieste est propice aux amoureux, chacun dans son coin. 

Je soupçonne fort l’amie de mon amour de nous avoir laissées expressément seules, par délicatesse.

 

Sous la toile bariolée, en bikini (autant dire presque nues) nous sommeillons, Marina et moi.

Couchées sur le ventre, le visage de l’une tourné vers le visage de l’autre ; paupières (presque) closes, en silence.

 

Soudain, de façon assez incongrue, elle murmure :

- Tu ne me baises plus !  Tu ne m’aimes plus ?

 

J’ouvre les yeux, m’attendant à recevoir le velours noir de son regard en retour mais non : elle simule parfaitement le sommeil avec, en plus, une sorte de vague sourire « à  la joconde ».

La remarque en désarçonnerait plus d’une.  Des mots d’amante délaissée ? 

Que nenni ! 

La brutalité de la première proposition s’oppose à la douceur de la seconde, or mon amante n’emploie la crudité verbale, avec moi, que dans un contexte bien précis.  C’est donc une façon toute personnelle de me faire comprendre que sa partie soumise supporte mal la privation.

 

Subtil.

 

Je soupire, amusée :

- En voyage, il faut bien se contenter d’une frugale trousse de "sexcours" !  (Si on considère nos ébats prolongés de la nuit passée comme une trousse de secours, bien entendu), nous savions tout cela avant de partir, non ?

- Tu n’as pas répondu à ma question !

- Bien sûr que je t’aime !  Comment peux-tu en douter ?  ça tourne même à l’obsession (im)pure et simple…

- J’ai envie de toi !!…  (un temps) les autres m’énervent… je n’aime pas quand ils t’entourent, quand ils nous séparent l’une de l’autre.

 

En l’absence de boyfriends, c’est vrai que nous sommes automatiquement perçues comme deux jeunes célibataires susceptibles d’être draguées ; les jeunes napolitains que nous croisons, les soirs de sortie, ne s’en privent pas.  Ils se montrent assez envahissants mais comment leur en vouloir ?

Le charme italien est redoutable et certains sont beaux à couper le souffle.

 

- Pareil ! Moi aussi, je suis… jalouse ; j’aimerais que nous puissions faire comme tous les autres couples et nous enlacer, nous embrasser, montrer notre union, sans retenue !

- J’aime bien le mot « union ».

 

Sa main vient caresser mes fesses,

marque de tendresse plus qu’invite.

Moins sage, je glisse la mienne jusqu’à son sexe. 

 

Avant de partir, nous sommes passées chez l’esthéticienne.  Cette dernière a taillé mon buisson façon vacances tandis que Marina optait pour l’épilation totale dont elle rêvait depuis si longtemps.

Depuis, j’avoue ne pas me lasser pas de son adorable sexe bien lisse.

Un sexe de soumise.

 

Elle ronchonne :

- Tu tiens vraiment à jeter de l’huile dans le brasier ?

- Oui !  Mets-toi sur le dos !

Là, elle ouvre les yeux, stupéfaite :

- Tu es… pas ici quand même !  Francesca et Guido risquent de revenir…

- Blablablagnagna ! Sur le dos !

 

Elle s’exécute, adoptant directement ce masque neutre que je connais tellement bien…

 

Est-ce mon imagination ?  Je lui découvre d’autres saveurs depuis notre arrivée en Italie, plus épicées, plus enivrantes encore. 

J’adore la sentir tressaillir, s’affoler, s’offrir, tiraillée entre la peur d’être surprise et le plaisir.  J’ouvre son sexe pour mieux m’y enfouir, jouant de la langue et du nez, me partageant entre son fruit d’amour et son œillet plissé.

Je l’aspire, la mange, avide, cœur battant.

Cannibale.

Ses mains, d’abord hésitantes, finissent par m’arrimer à elle,

ses cuisses me serrent,

son ventre vit.

Jouit.

 

Belle, je l’aime à n’en plus pouvoir… Elle !

Alanguie,

Qui attend mon bon vouloir.

Docile.

Fragile.

Tant et tant.

Doucement, je remonte le long de son corps pour venir m’asseoir sur son visage, jambes repliées de part et d’autre de celui-ci.

Elle n’est qu’impatience.  Sa caresse en est presque brutale.  J’aime la sentir ainsi décousue : saturée d’un désir qui la rend merveilleusement maladroite.

 

     [ Nous sommes aussi portées sur le sexe l’une que l’autre. Et dire que ses anciens amants lui trouvaient un tempérament réservé ! ]

 

Sa langue me fouille trop loin, trop bien.  Beaucoup trop bien.

 

Un feulement m′échappe :

-   Pas trop vite !  Je n’ai pas envie de jouir tout de suite !  Fais-moi durer…

 

Plus rien n’a d’importance… je plane…

 …

Il y a un peu moins de 2000 ans, à la mi-juillet d’autres jeunes amants (tes ?), ont peut-être fait l’amour ici même, dans l’odeur des arbres et de la mer.  Comment auraient-ils pu prévoir qu’un mois plus tard… le volcan sculpterait leurs corps dans la cendrée, pour l’éternité

 

De Nerval, dans un souffle, vient caresser mes seins.

Je me surprends à chuchoter son sublime « El desdichado », mon poème préféré, en ondulant sur la bouche aimée :

 

Je suis le ténébreux – le veuf – l’inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le soleil noir de ma Mélancolie

 

Dans la nuit du tombeau, Toi qui m’a consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phébus ?  Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron ;

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée,

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Dannazione, camarade Vésuve, n’éructe point maintenant, j’me sens partir, là !

7 réactions à “ Amour de Campanie”

  1. AmandeDouce dit :

    CONTENT:
    Allez pas vous choper des mycoses dans le sable quand même ! lol (oui je sais je casse le mythe mdr ) Bisous les namoureuses

  2. Jeremie dit :

    CONTENT:
    On en a vu entrer en éruption pour moins que ça, à vrai dire…Au fait !! ..Come si dice « rouquine volcanique » in italiano?

  3. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Et à part vous bouffer l′cul, vous faites koi ?

  4. Anonyme dit :

    CONTENT:
    « Sainte napolitaine aux mains pleines de feux, »Ce vers aussi aurait pu être pour Marina, à toutes les deux vous incarnez bien les Filles de feu de De Nerval.Bises…

  5. ralphy dit :

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    « Tu tiens vraiment à jeter de l’huile dans le brasier ? »Encore de l′huile ?! Mais c′est une véritable obsession !

  6. Anonyme dit :

    CONTENT:
    bô.

  7. CONTENT:
    Daphné et Hippolyte saluent leurs soeurs latines, sous le beau soleil d′Italie. Elles eussent aimé être si proches de vous qu′elles eussent frôlé vos peaux et goûter la sueur qui perla de votre émoi…