Amsterdam

Il est tard et le port semble endormi. Mais quand on quitte le froid de l′extérieur pour s′engouffrer dans la taverne, on découvre une densité de vie insoupçonnable, pleine de voix d′hommes et de chaleur. C′est une taverne sombre et humide, mais il y fait très chaud: la cheminée y est sans cesse allumée et on s′éclaire aux bougies de cire.
Parfois quand un homme pousse la porte, une bourrasque de vent s′engouffre avec lui et souffle quelques flammes, sitôt rallumées par les marins, qui sont regroupés autour des tables de bois usé, couvertes de pichets.
L′odeur du sel et du poisson est omniprésente. Les esprits s′enivrent d′embruns. On lit dans les yeux des hommes leur passion du grand large. Ils ont des mains grosses et fortes, usées et desséchées. Le genre de mains par lesquelles les femmes rêvent secrètement d′être prises.
Ils manipulent des cordes rêches à longueur de temps, mais ne perdent pourtant rien du sens du toucher. Leur mains savent se faire douces pour amadouer la croupe des femmes, avant de se faire plus brutales pour les retenir.

Je sais de quoi je parle.

Je suis toujours aussi fascinée par ces mains-là, même après les milliers de caresses que j′ai reçues d′elles. Je crois que ce soir, je provoque tous les hommes présents, d′un regard ou d′un mouvement des hanches appuyé. Le feu qui brûle dans mon bas ventre à cet instant, quand je les effleure pour leur servir leurs bières, est plus ardent que dans n′importe quelle cheminée d′Amsterdam.
Les conversations créent un brouhaha continu, parfois ponctué d′éclats de rire gras et sonores. Ils chantent des histoires de naufrages, de sirènes et de marins lointains. Parfois l′un d′entre eux, trop saoul, sort un instant pour pisser sous le silence des étoiles. Ca sent le mâle bourru qui se frotte à la vie rude et aux femmes d′un soir. Ce soir encore, je serai la femme de l′un d′eux.
Nombreux sont ceux qui m′empoignent une fesse ou l′autre quand je longe les tables, mon plateau aux mains. Nombreux aussi sont ceux qui m′invitent à le lâcher, ce plateau, le temps d′aller faire un tour à l′étage avec eux. Mais ce soir, je prends mon temps. Je les fait languir, s′impatienter, pour mon propre plaisir.

J′en choisis un aux yeux noirs, qui parle peu. Lui donne une chope qu′il n′a pas commandée, m′asseois tout contre lui. Il boit, et reboit, et reboit encore. Il boit à ma santé, moi, putain d′Amsterdam. Puis il m′embrasse, nous nous levons et nous montons.

Puis j′ouvre un oeil et je vois le soleil poindre, derrière ma fenêtre.
Voilà ce que ça donne, de s′endormir en écoutant Brel.

(la chanson )

4 réactions à “ Amsterdam”

  1. Papillllon dit :

    Puuuutain les mecs, Brel réécrit par une femme, voila ce que ça donne. Rhaaa on est mals on est mals. C′est géant de bestialité sensuelle.

  2. Anonyme dit :

    Joli :-)

  3. bonbonze dit :

    Oups, mon pseudo avait disparu

  4. tharkun dit :

    Moi, la chanson de Brel m′evoque plutot la came, les prostituées derriere les vitrines, mais bon, je ne suis pas très poetique.

    Sinon, très joli texte.