Cocaïne 11, traque à travers Paris
La jumelle assise près de moi porte un collier d’esclave avec une petite plaque en or gravée au nom de Lizzie. C’est donc Sadie qui, assise sur le siège passager avant, surveille la route en écoutant les messages de police crachouillés par le scanner. Un type gigantesque, l’air pas commode, tient le volant. Il me lance un bref regard féroce avant de se concentrer sur sa conduite. Nous croisons de nombreux véhicules de police se dirigeant vers la rue de Verneuil. Mon coeur bat la chamade tandis que tout mon corps, en réaction aux derniers événements, commence à trembler de partout. Je déglutis :
- Faut pas rouler trop vite, pour ne pas attirer l’attention.
Sadie se tourne vers moi, calme et souriante :
- T’inquiète pas ! Farid sait ce qu’il fait, c’est un ancien agent des forces spéciales d’intervention…
- Un cow-boy, quoi !
- Un pro !
- Les cimetières sont remplis de pros qui roulaient trop vite !
- Dis donc, tu vas pas lui apprendre son métier !
- Les apparen… et puis merde, OK, j’la ferme !
Le scanner continue à déverser un flot d’ordres en continu. Les keufs placent des barrages filtrants un peu partout. Tout à coup :
- à toutes les patrouilles : intercepter et vérifier un fourgon mercedes vert bouteille qui s’est arrêté quelques instants au milieu de la rue de Lille. Attention, je rappelle que les suspects sont considérés comme extrêmement dangereux !
Aussitôt, deux voitures de patrouilles sont dans notre sillage, sirènes hurlantes et gyrophares allumés. L’énorme Farid grommelle :
- Sont vraiment sur les nerfs, va falloir jouer serré !
Lizzie me secoue :
- Lève-toi, vite !
- Hein ?
- Vite, bon sang !
Elle soulève la banquette et sort plusieurs boîtes du caisson supportant le siège. Je m’inquiète :
- Qu’est-ce que c’est ? Pas des armes, j’espère !
- Et même si, hein ?
- Nous n’avons tué personne jusqu’à présent… et j’aimerais assez que ça continue.
- T’en fais pas, grand frère charitable, nous allons juste nous débarrasser de ces pots de colle en douceur. Fais comme moi !
Elle ouvre les boîtes qui contiennent des clous à quatre pointes. Je hennis :
- On dirait qu’z’avez pensé à tout !
- C’est en tout cas c’que j’espère !
Par les fenêtres latérales, nous déversons deux pleines boîtes de ces saletés sur la chaussée. Nos poursuivants zigzaguent puis s’arrêtent au milieu du quai de Grenelle. Farid tourne brutalement à gauche, remonte un sens interdit, enchaîne les petites rues à un rythme infernal. Les deux soeurs – mes deux soeurs ? – rigolent en poussant des cris de guerre.
Radio-flics éructe des obscénités :
- Voiture 16, le fourgon mercedes nous a semés, b… de b… de m… de b… de foutre de d… ! Z’ont semés des clous de douanier derrière eux, ces fils de putes ! Trois voitures hors service ; ils ont tourné rue de Javel !
Notre chauffeur s’adresse à Sadie :
- La télécommande, maintenant !
La rouquine appuie sur un bouton. Quelques mètres plus loin, nous nous engouffrons dans un petit parking souterrain. Derrière-nous, la grille se referme immédiatement. Farid gare le fourgon à côté d’une BMW grise dotée de vitres fumées et nous houspille :
- Allez, allez, on se bouge, on se magne, on se grouille ! Dans cinq minutes, le quartier sera bouclé. Ils mettent vraiment le paquet, ces cons !

Agnes est décomposée. Elle se lamente :
- On n’a aucune chance, faut se rendre !
Lizzie l’interrompt, gracieuse :
- Ta gueule, connasse !
D’abattue, ma compagne d’infortune passe au registre hystérique :
- Connasse toi-même, sale pute ! J’en ai maaaaaarr...
Farid lui assène un petit atémi à la base du cervelet qui la projette littéralement dans mes bras, inconsciente. La brute, impassible, m’adresse un laconique : "Désolé, c’était nécessaire !" en s’installant au volant de la BMW. Je parie que ce gars tuerait sa propre mère sans sourciller. J’installe Agnes sur le siège arrière, entre moi et Lizzie tandis que Sadie reprend place à l’avant, près du gorille.
Nous empruntons la rue d’Alésia puis bifurquons en directions de Montrouge. Il y a un sacré silence de mort dans l’habitacle de la puissante voiture. Sadie tripote la radio et aussitôt, nous sommes à nouveau branchés sur la fréquence des policiers. Cette aide providentielle nous permet de quitter la nasse qui se resserre implacablement.

À Fresne, nouveau changement de véhicule. Nous troquons la berline contre un vieux camion bâché sur les flancs duquel est inscrit : "La petite Casablanca", épicerie fine, fruits et légumes. Farid enfile une salopette et une veste en velours côtelé pour faire "prolo matinal qui va au turf en râlant". Nous montons à l’arrière, dans une sorte de cache aménagée au milieu des cageots de courges, carottes et autres aubergines. C’est étroit et très inconfortable mais sûr : pour nous trouver, il faudrait vider la moitié du camion.
Rungis est tout près. Qui soupçonnerait un vieux camion poussif rempli de légumes ? Tout contre moi, dans le noir le plus absolu, je sens Agnes qui reprend connaissance. Je lui murmure, en boucle, des mots apaisants. Elle passe ses bras autour de mon corps cependant que ses larmes mouillent mon cou. Les jumelles restent silencieuses.
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Lorsque je descends du camion, un soleil éblouissant m’aveugle. Nous nous trouvons dans une petite propriété cernée de hauts murs.
Sadie s’étire :
- Ici, nous sommes momentanément en sécurité.
- Où…
- Rambouillet, annonce t-elle, devançant ma question. C’est la maison de campagne d’un cousin de Farid. Pas moyen pour les flics de nous localiser si nous restons prudents. On va sans doute s’emmerder durant des jours mais c’est très confortable donc pas vraiment de quoi se plaindre.
- On dirait que vous aviez réellement prévu tout ce qui arrive, dis-je, redevenu soupçonneux.

Lizzie hausse les épaules :
- "Il" nous avait prévenues que ça pouvait tourner mal.
- Il ?
- Oui, "il" ! Faut te mettre les points sur les "i" ?
- J’aimerais bien !
- Ton père… notre père !
- C’est exactement ce que je craignais !
- Et si on dormait quelques heures avant de passer aux explications ? Je suis vidée, liquidée ! Pendant ce temps là, Farid fera quelques courses et rapportera les journaux.
- Parce que tu crois que je pourrais dormir ?
- Mais oui, réplique t-elle avec un petit sourire moqueur.
Je ressens une petite douleur à l’épaule. Juste le temps de me retourner pour voir mister Farid, tenant un pistolet à seringue hypodermique, me dire "bonne nuit, monsieur Lukas Ivanovitch Bogdanov"
Rideau (noir).
mmh mais rhaaa espece de sadiiique, ce suspense aaah, et c’est de toi que ça sort tout ça ???aah mais que c’est bon, continue :-)
Ah Miss Juuul, toujours aussi bon…. tu nous tiens par là où ca gratte, avec ton suspens insoutenable!
En même temps, tout prévus de cette maniére, ont l’air d’avoir l’habitude les jumelles,…des pros,… étonnant je trouve,… j’attend la suite,… suis impatient !!!!
Aaaaah !!! En fait les jumelles c’est Igor et Grishka transexuels !!!
Le cliffhanger précédent me laissait supposer que ce chapitre serait celui des explications… Trrrreeeeesss frustrant ! Mais toujours aussi bien écrit. Haletant… Un peu de Ludlum dans la description de la fuite… Chapeau bas…