Cocaïne 1 mise en ambiance
Début de mon petit feuilleton. Comme je le précisais il y a peu, j’avais envie d’écrire en me mettant dans la peau d’un homme pour voir si j’en étais capable, si je pouvais – par la seule force de mon imagination, ressentir et penser comme un homme. Bon, je triche un peu : j’ai suivi quelques cours auprès de Max, mon copain désabusé au grand coeur – que je tiens à remercier au passage.
À l’attention de certains qui pourraient prendre ce texte au premier degré, je précise : c’est une fiction ! Les personnages sont inventés et de plus, il ne faut absolument pas faire ce que vous lirez, à savoir : baiser sans préservatifs, consommer de la drogue, tuer, voler, assommer, brutaliser etc, etc etc.
C’est parti !
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La fermeture électromagnétique de la porte émet un claquement sec. Je manoeuvre le battant et débouche sur les quais. Il fait calme, l’air est tiède, presque chaud.
Les bords de Seine à deux heures du matin.
Je me retourne, lève la tête. Là haut, au quatrième étage, dans un appartement de haut standing, quelque 30 personnes continuent à partouzer avec un flegme de rigueur. L’odeur du vice me colle à la peau. Je sais que mon visage est maculé de mouille et de foutre séchés.
Cette odeur résume toute ma vie.

Je regarde ma braguette : une large tache humide fonce le tissu. Doucement, mon sexe achève de dégorger sa liqueur. J’ai toujours eu horreur des sous-vêtements. Demain, je porterai mon pantalon à la teinturerie. La patronne de ce gentil petit commerce est une femme un peu ronde, la quarantaine sensuelle qui, pour je ne sais quelle raison obscure, affole ma libido. Elle a une façon unique de passer la main sur les taches raides laissées par mon sperme. Elle ne dit rien. Juste ce sourire vague quand elle caresse les traces de ma vie intime. Je la soupçonne de sucer le tissu dans son arrière boutique.
Un jour, je mettrai ma queue dans sa main, là, dans son magasin, en plein milieu de la journée, pendant que son mari, tout près, surveillera ses énormes machines. Je mettrai ma queue dans sa main et je la regarderai dans les yeux, sans bouger. C’est l’un de mes fantasmes. Faire ça, je veux dire, de cette façon là.
Une décapotable passe à vive allure, "bourrée de petits cons bourrés" qui hurlent des insanités : "Hé connard, cocu trouducul, vas te faire enculer pédé, vieux con, ha ha ha, nous on est jeunes et on t’emmerde…" L’un d’entre eux penché vers l’extérieur est en train de vomir, laissant des traînées immondes sur la chaussée.
Ils n’ont pas tort dans le fond : ils sont jeunes et ils m’emmerdent… parce qu’ils sont jeunes, justement, alors que moi, j’ai déjà 35 ans !
Sur un banc, face au fleuve, un robuste clochard tente désespérément de faire passer son énième litron de décapant. Il m’aperçoit et hoquette :
- Salut, bourgeois ! Qu’est ce v’f’sez sur ma plage privée à c’t’heure ?
- Salut, légionnaire ! Je digère !
- c’t’y qu’vous auriez fait bombance, mon prince ?
- On peut dire ça, légionnaire, on peut dire ça ainsi… gavé de merveilleux fruits de mer… des fruits de mer sans visage, sans identité !
- Ah ! (un temps) z’ont des papiers, maint’nant, les fruits d’mer ?
Je souris, le coeur en proie à une sorte de vague plutôt vague :
- Je sors d’une sacrée partouze, légionnaire, une grosse partouze garnie de jeunes merveilles, de jeunes poupées qui disent toujours oui… et demain, si je croise l’une d’entre elles, je ne la reconnaîtrai même pas ! Toutes ces filles, ces femmes, qui ont passé des heures à se préparer, se maquiller, se parfumer pour être belles, puis nous, les mâles, nous n’en retenons… rien ! Une cuisse, un sein, une bouche, rien que la bouche, qui s’ouvre… l’orifice garni de dents qui ne mordront pas… le mouvement de la langue quand elles avalent avant de passer à un autre. Tu sais quoi ? J’aime pas les partouzes, légionnaire. La partouze est le fast food du sexe.
- Faut pas s’plaindre, centurion ! Si v’saviez d’puis l’temps qu’j’ai pas vu une vraie chatte, moi, et j’parle même pas d’tirer un coup, oh là là ! Z’auriez pas une p’tite pièce pour qu’j’m’achète un p’tit hamburger, patron ?
Je le dévisage. Il est crade mais il a un bon sourire franc. Ses dents ne sont pas encore gâtées :
- Et, dis-moi, ça te plairait de faire l’amour encore une fois ?
- Pour sûr…ça, pour sûr, patron, mais faut surtout pas qu’j’y pense… quand on d’vient clodo, l’espoir, ça tue mieux que le gel !
- Je repasserai par ici un de ces soirs et si t’es là, j’te jure qu’on arrange le coup.
Je lui tends 20 euros.
Il se fout bien de mes promesses, tout hypnotisé qu’il est par le beau billet qui lui permettra de se payer son alcool de demain.
Ma voiture se trouve un peu plus loin. Je m’y engouffre et démarre sec.
Je prendrai deux somnifères avant de me mettre au lit, juste pour noyer les souvenirs de cette soirée. J’ai toujours le cafard après une partouze.
J’essaierai de ne plus y aller.
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Lendemain, midi.
J’ai la bouche pâteuse. Mon petit déjeuner passe difficilement. Epiphanie, ma femme d’ouvrage passe l’aspirateur en mini jupe. Dessous, sa petite culotte a bien du mal à cacher la forme de sa vulve épaisse. De temps à autre, elle me regarde en coin avec un petit sourire goguenard.
Un pur fantasme africain.
Mariée à un français qui la bassine pour qu’elle se prostitue mais elle résiste. Son gazier n’a pas la carrure d’un mac. Il voudrait juste arrêter de bosser chez Renault.
Pina (c’est ainsi que je l’appelle) est une femme merveilleuse, dotée d’une bonne humeur permanente, qui n’en fait qu’à sa tête et me facture chaque semaine une flopée d’heures supplémentaires non prestées. Je le sais et elle sait que je le sais mais ça roule ainsi entre nous depuis le premier jour. Je me vois mal lui reprocher quoi que ce soit.
Je la regarde ranger l’aspirateur. Elle revient se planter devant moi, les poings sur les hanches :
- Je crois que tu as mangé trop de chatte blanche, hier, mon petit patron !
- T’as raison, Pina, comme souvent !
- La chatte blanche, faut pas abuser, ça rend triste. C’est parce que vos femmes mangent mal !
Je ris en secouant la tête :
- Pina, qu’est que tu me racontes, là ?
- La vérité, petit patron. Les femmes blanches, c’est comme les poulets qu’on élève dans des petites caisses avec le produit chimique. La chair devient toute molle, toute pâteuse, et elle a le mauvais goût !
- Et ?….
- Il faut manger de la bonne chatte d’Afrique, patron ! Y’a pas mieux sur toute la terre du seigneur que de la chatte noire ! Celui qui goûte une fois, il en devient fou et il ne veut plus jamais autre chose, tu peux me croire, c’est la vérité vraie que je te dis là !
- Et si je te sautais dessus, hein ? Tu serais bien attrapée !
- Oui, mais avant, je te ferai courir beaucoup !
- Et tu te retrouverais avec un poulet blanc sans goût sur les bras, démone !
- Ah non, parce que moi, je te nourris bien, avec des petits plats de mon pays et beaucoup d’épices très savoureuses pour donner du goût à ta semence. Encore un peu de temps et tu seras parfait ! Aujourd’hui, je vais te faire un petit plat de fête et j’y mettrai des herbes qui rendent amoureux, tu verras ! J’ai fait le marché dans mon quartier, ce matin avant de venir.
- Oooh, Pina !
Son grand rire résonne dans tout l’appartement tandis qu’elle se dirige vers la cuisine.
De temps à autres, elle met des lentilles de contact qui lui font les yeux bleus, verts, violets, jaunes. Auparavant, elle prenait des médicaments pour éclaircir sa peau. Je lui avais dit, très méchamment, que je n’aimais pas la version "lait russe". Elle s’était fâchée, bien entendu :
- Ce sont les paysannes, les femmes misérables qui ont la peau très foncée !
- d’abord, t’es pas "très foncée", t’es chocolat… et c’est magnifique. Avant, chaque fois que je te croisais, j’avais envie de goûter ta peau, tu me faisais rêver, fantasmer… tandis que maintenant… je ne te remarque même plus. Tu es.. T’es… t’es banale, c’est ça : banale ! Moi, je ne saurais craquer que pour ma Pina, avec ses yeux sombres et sa peau bien brune. Puis, tant que j’y suis, je vais te dire : quand tu mets des perruques, j’aime pas ça non plus !
- Tu veux que je ressemble à ta femme d’ouvrage, quoi !
- C’est quand tu te déguises que tu ressembles à une femme d’ouvrage, Pina ! Moi, j’adore la superbe jeune femme, très fière, qui est venue sonner chez moi, un jour matin, et qui se dandinait d’un pied sur l’autre en me racontant qu’elle venait pour la place ! Ça t’en coûtait, je le voyais bien, de demander cette place pas très valorisante, mais ce jour là, tu étais merveilleuse… une vraie princesse ! T’es belle, Epiphanie, belle à couper le souffle, t’es le cadeau le plus délicat que la vie m’ait donné !
Elle eut des larmes dans les yeux :
- C’est vrai ce que tu me dis, patron ?
- Et arrête de m’appeler "patron" à tout bout de champ ! Tu sais fort bien… et merde !
Elle n’a plus jamais mis une perruque ni avalé ses saletés de pilules à la Michael Jackson. Le temps lui a rendu sa jolie couleur et elle a opté pour des tresses adorables.
Elle m’appelle encore "patron" mais je sais que c’est juste pour me faire ch…
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Même jour, 13 heures 30.
J’ai ressorti un fatras de vieilles feuilles couvertes de mon écriture d’adolescent, de dessins, de vieux polaroïds altérés par le temps et la lumière. Vers 14 ans, j’avais décidé de tenir un journal intime pour me souvenir de toutes les femmes qui croiseraient mon chemin. Je faisais cela sur des feuilles volantes que j’entassais ensuite dans des grandes boites en carton.
C’est informe. Cela n’a de journal intime que le nom.
Mais… que de souvenirs… oui, que de souvenirs, oubliés ou non, qui soupirent dans la poussière. Toutes ces gamines, ces adolescentes qui bouderaient sans doute l’adulte insensible que je suis devenu.
Je me trouvais commun et j’en souffrais énormément. J’aurais voulu être un héros irrésistible : une tronche à la Delon, les manières de Boggart avec la dégaine de James Dean !
J’avais beau prendre des poses devant mon miroir, je n’y voyais qu’un adolescent maigrichon doté d’un visage torturé par l’acné.
Ephanie regarde par dessus mon épaule :
- t’as ressorti tes souvenirs ? Les vieux de mon village disent que l’homme regarde toujours une dernière fois par dessus son épaule avant de prendre un autre chemin (elle me plaque une grosse bise sur la joue), faut que j’y aille, mon p’tit patron. Demain, il ne doit rien rester dans la casserole, tu as compris ?
- Tu t’es changée ?
- Bien sûr que oui ! Si mon homme voyait dans quelle tenue je travaille ici, il aurait plus à se gêner pour me mettre sur le trottoir !
La porte d’entrée claque. Reste le silence et son parfum. Je fixe le mur en face de moi :
- Et merde ! Pina… pourquoi est-ce que je résiste à cette envie de te foutre dans mon pieu !
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Même jour, le soir.
Téléphone :
- Luc ? C’est Joëlle ! T’as plus envie de m’voir ou quoi ? Dix jours sans nouvelles ! Pourtant, hier, t’étais à la soirée chez R… et d’après ce qu’on m’a dit, t’étais en forme ! T’as pas envie qu’on se fasse quelques petites crasses, ce soir ?
- Genre ?
- La Porte Dauphine peut-être ? Je suis avec une nouvelle copine qu’est partante pour tout. Si t’as envie, on se fait juste un triangle ; elle suce tout ce qui bouge ! Je sais de quoi je cause : elle est en train de me bouffer la motte comme une malade !
- Joëlle, j’ai une expo dans quatre jours et aujourd’hui j’ai rien foutu. Vidé par la partouze d’hier…
- Sous ectasy ?
- Coke ! Je supporte plus. Cette saleté me fout en l’air !
- Moi, je viens de me faire un "speedball" d’enfer qui se passe super bien. J’ai envie de planer en baisant à mort !
- Vas te faire voir ! Avec tes mélanges, on te retrouvera raide froide avant pas longtemps !
- Vas te faire voir toi-même, connard !
Elle me raccroche au nez, fâchée.
bravo à toi, une claque literraire que je me suis pris.
merci, ça faisait longtemps que j’avais pas senti ça en lisant .
bonne continuation
encore!!!
Alors je ne me reconnais pas dans l’homme ici décrit… mais je ne partouze pas non plus avec 30 personnes sur les quais de Seine…J’ai préféré la partie "Femme de ménage" aux autres… Plus vraie dans les rapports humains… même si tout ca est foutrement à hurler de rire…Il manque peut être un petit "cliffhanger" pour nous faire languir de la suite ?…Suite que j’attends toutefois avec curiosité et impatience. Tu es douée dame Julie… Continue ! San Antonio et John Irving ne sont pas loin et te regardent avec bienveillance…
Et bien voilà un début fort prometteur ! Intéressant de lire la sexualité d’un homme écrite par une femme… Et je sens que "Pina" la femme d’ouvrage (mais où as-tu donc trouvé une telle expression ?) va jouer un grand rôle dans cette affaire, la suite, la suite !(tu as fini ou c’est encore en cours d’écriture ?)
une trés bonne partie aussi c’est celle avec le clochard, il est trés fort ce passage.
ton héros va-t-il tenir ça promesse ???
Ted bundy > Le plus délicat, c’est de préparer le terrain, poser les personnages et les premiers jalons de l’intrigue. Cela fait, l’action devient facile à raconter.
Dune > Ben oui, on y travaille. Jour et nuit d’ailleurs parce que, quand on commence un texte de longue durée, il faut s’immerger complètement dedans. Difficulté supplémentaire : parler comme l’autre sexe. Max a une patience d’ange.
Alexandre > Il y a effectivement plus "d’urgence" à écrire une histoire sur un blog. La notion de "passage" journalier nécessite une autre façon d’écrire, comme je l’avais déjà fait remarquer auparavant. Le but restant d’amuser les lecteurs. Je commence à avoir quelques douleurs nerveuses à l’estomac.
Melie > J’ai juste composé une ossature sommaire. Pour le reste, j’écris sans filets, au jour le jour. Aligner les mots pour un manuscrit permet de revenir sur certaines scènes et les changer pour les besoins de l’intrigue. Sans filets, il faut faire avec ses bourdes éventuelles. Bonjour le stress, surtout pour quelqu’un comme moi qui revient sans cesse sur ce que j’écris !
J’accroche assez, je trouve l’écriture excellente. J’attends la suite avec impatience
J’écris une nouvelle aussi Julie, et je l’écris en entier avant de la montrer… mais tout comme toi je reviens toujours sur ce que j’ai écrit. Tu es donc en train d’écrire la suite, bon courage ! (parce que je ne sais pas pour toi, mais moi le début est toujours facile et exaltant, et après ça peut devenir fastidieux, mais on est tellement content quand c’est fini !)
ça promet d’etre un très bon roman !! vivement le prochain chapitre! tu passes très bien dans la peau d’un mec
Bonjour,
Pourriez-vous me dire quand aura lieu la prochaine édition, car je suis mordu par cette fiction.