Cocaïne 7, où je vis mes derniers instants de bonheur

Désolée pour le retard : depuis quelques jours, mon fournisseur d’accès cafouille sérieusement.  De (longues) coupures en (longues) coupures, je râle, mords le clavier, m’arrache les cheveux, rugit de dépit.
De plus, "l’anniversaire d’Agnes", épisode crucial de l’histoire et qui, selon mon estimation, devait faire 5 pages, s’est étoffé de manière incompréhensible jusqu’à 8 / 9 pages !  J’ai donc scindé en deux parties : la mise en ambiance et…. vous lirez !
Toujours le même message de départ : ceux qui veulent lire les épisodes à la suite les uns des autres = colonne de droite (si,si, juste à côté : cocaïne – fiction)

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Agnès – et, accessoirement, son mari – habitent une superbe petite maison dans un quartier calme de la banlieue sud.  Le jour décline en teintes chaudes lorsque je sonne à leur porte, les bras chargés de fleurs et de cadeaux. 
C’est elle qui vient m’ouvrir, radieuse dans une robe lamée or courte comme une nuit de St Jean. 
Je m’en prends plein les mirettes :

     –   Agnès, tu as décidé de me damner ou quoi !  Tu es tout simplement sublime.  Bon anniversaire, ô déesse d’amour !


Elle rit, visiblement flattée :

      –   J’adore quand tu me regardes ainsi, c’est le plus beau cadeau que tu puisses m’offrir !

Plaisir inénarrable de la voir se coller à moi, écarter un peu les fleurs et me donner un léger baiser sur les lèvres.  Nous aimons gentiment flirter de cette façon, conscients de l’attirance mutuelle qui nous lie secrètement.  Il suffirait de peu pour que tout bascule entre nous mais je crois connaître le prix de son consentement et c’est trop cher pour moi.  J’ai toujours aimé baiser les femmes… les femmes des autres, prendre le plaisir mais sans assumer le reste.  Pour garder bonne conscience, je me dis que ma nature infidèle m’empêchera toujours de faire un bon mari ou un bon compagnon.  Pourtant, certains soirs de solitude, je voudrais être de ces hommes qui aiment une seule femme, leurs consacrent une vie entière, la dorlotent, connaissent ses gestes intimes – ceux qu’on ne montre jamais à celui qui ne fait que passer.
Je voudrais être… normal !
Son parfum m’affole.  Je m’emplis les poumons de sa senteur en caressant le haut de ses cuisses.

     –    Arrête ou je ne réponds plus de rien, glousse t-elle.
     –    Et tu es une femme mariée, sérieuse, c’est ça ?

Elle niche sa tête dans mon cou, lèche doucement le lobe de mon oreille :

    –     Salaud !
    –     Tout de suite les lieux communs.  Bien sûr que je suis un salaud !
    –     J’ai toujours aimé les salauds.  Ils sont tellement plus intéressants que les autres… les maris.
    –     En parlant de maris, je suppose que le tien est là ?
    –     Ooh oui !  Et il a invité un de ses collègues, un gros nullard bien beauf qui ne se gêne pas pour me fait du plat.  L’horreur !

    -     Un p’tit soldat de l’extrême droite comme lui ?
    –     Pire que lui si la chose est possible.  Je lui avais pourtant demandé de ne pas l’inviter… mais arrête de me tripoter les fesses bon sang, on pourrait nous surprendre…  Qu’est-ce que tu as ?  On dirait que tu n’es pas dans ton état normal !

    –     C’est la faute de ces sacrées soeurs jumelles, celles du vernissage, tu te rappelles ?  Hier, elles m’ont fait sniffer une sorte de coke et depuis… je bande sans arrêt, impossible de me contrôler… tout se brouille dans ma tête… je ne pense qu’au sexe… je ne parviens pas à refouler mes pulsions libidineuses.
    –     Ben dis donc, c’est pas flatteur pour moi !  Alors je ne suis qu’un quartier de viande pour toi, là ?

Je lâche ce merveilleux corps, fais deux pas en arrière, tête basse :

    -     Noon, mais non !  Désolé, Agnès.  Je te présente mes plus plates excuses et te demande de…

La voix de Bernard, son mari, m’interrompt :

    –     Aaaah mais, il me semblait bien que c’était lui !  De quoi es-tu donc si désolé, beau gosse ?

Douée d’un aplomb peu commun, Agnès joue les indignée :

    -     Bernard, c’est ton ami, dis-lui !
    –     Mais… quoi ?
    –     Ce couillon me raconte qu’il ne peut rester longtemps parce qu’il n’est pas remis de sa soirée d’hier ! Mais enfin !  Dis-lui combien sa présence est importante pour nous…

Voilà l’autre qui embraye illico en me jouant la grande scène du père de famille condescendant :

    –     Elle a raison, Luc.  Tu sais combien on t’apprécie !  Je crois que tu es juste un peu déboussolé parce que toujours célibataire.  Quand tu connaîtras l’amour, le vrai, tu comprendras ce bonheur incomparable de la famille.  La famille, Luc, il n’y a que ça de vrai !  Amour-famille-patrie, ces valeurs nous sauveront du chaos !  D’ailleurs, avec Agnès, nous voulons des enfants et… nous aimerions que tu sois le parrain de notre premier né !

Il se paye même une larmichette entre deux soupirs pater-pathétiques, ce con !  Son laïus sent le bourrage de crâne à plein nez.  S’il savait ce à quoi je rêvais quelques instants auparavant lorsque je serrais sa femme contre moi, le ventre et la tête en feu, il serait moins fier de m’annoncer ses intentions de procréer. 
Mon arrivée tourne décidément à la comédie de boulevard.
Je sais que mon sourire, en cet instant, a quelque chose de méchant :

     –    D’accord, vieux !  C’est vrai que j’ai assurément besoin d’une ambiance familiale.  Tu sais ce que c’est : 35 ans, pas d’attaches, pas de descendance… j’angoisse quoi !

Agnès écarquille ses superbes yeux de biche, bouche ouverte, sciée.  Elle transforme son fou rire en quinte de toux parfaitement convaincante.
Bernard, imperméable à l’ironie, me tapote affectueusement le dos :

    –     Je comprends, je comprends.  Nous sommes tes amis, Luc, et notre porte t’es toujours ouverte quand tu vas mal.  La solidarité n’est pas un vain mot pour nous.  Allez viens qu’on te présente à ceux et celles que tu ne connaîtrais pas encore.
    –     Oui, renchérit Agnes, heureuse de quitter le terrain glissant de sa future maternité, surtout CELLES que tu ne connaîtrais pas encore, pôôôvre artiste déboussolé. Tu verras, j’ai invité mes plus jolies copines… (
tout bas à mon oreille) les plus… hmmm aussi, si tu vois ce que je veux dire !

Les copines d’Agnes, c’est tout un programme.  Cette splendeur n’attire que la crème des libertines.  Chez elle, point de nonnettes, bigotes ou autres adeptes de la triste-fesse.  Ses amies, elle les veut rieuses avec la cuisse alerte, le sein tentateur, la bouche pulpeuse et du caractère.  Elles griffent, mordent, giflent, chevauchent, boivent, dansent sur les tables, shootent dans les valseuses ou les lèchent – suivant le comportement et l’habileté de leurs propriétaires, dans un élan de vie superbe.
Bernard ouvre la voie.  J’en profite pour caresser furtivement la hanche de son épouse avant d’entrer dans le living.

Le collègue de Bernard est plutôt petit, plutôt grassouillet et plutôt moche… mais il est blanc, blanc-Omo (la lessive), blanc… aryen.  Ce dernier point doit, à ses yeux, racheter tout le reste. 
Ah oui, j’oubliais : il est aussi plutôt con. 
Détail aggravant : il bave à chaque fois qu’il pose les yeux sur Agnes.   Dès la première seconde, sans échanger la moindre parole, nous éprouvons une saine exécration l’un pour l’autre.  Je suis artiste, il est fasciste.  D’emblée, nous étions faits pour nous détester.
Agnes, plus subtile que son époux, comprend immédiatement qu’il vaut mieux ne pas nous laisser en tête à tête. Elle me fait circuler de groupe en groupe pour me présenter à tout le monde avant de me parachuter dans la cuisine.

Etrange endroit pour installer un invité diront les plus cérémonieux. 
Je précise donc : dans la cuisine où ses fameuses copines babillent en confectionnant de suaves petits toasts multicolores.
Elle rit de ma mine béate lorsque je découvre cette délicieuse assemblée.  Je dois sans doute ressembler à un (grand) gosse au milieu d’une confiserie impériale.

    –     Les filles, voici Luc, annonce t-elle à la cantonade !
    –     (choeur céleste) Bonjour Luuuc (rires) !
    –     Luc, Adeline que tu connais déjà tout comme Claudia et Delphine.  Et voici Aurélie, Margault, Coralyne, Marion… tiens, où est Nadia ?  Elle fait pipi, d’accord !

Beaucoup d’hommes confondent femmes sexuellement libérées et femmes faciles.  C’est la raison pour laquelle ils rentrent régulièrement seuls avec la bite sous le bras.  Une femme libre peut, certes, se donner à un inconnu en des endroits abracadabrants et sur un coup de tête, mais c’est plutôt rare.  Si elle fait cela, il y a bien souvent une raison qui échappe totalement à celui qui profite de l’aubaine – une déception ou une vengeance envers celui qu’elle désirait initialement, par exemple.  Notre époque est aussi un terrain propitiatoire à ce genre de comportement : solitude, manque de contacts, stress, télévisions et médias qui nous saturent de sexe à toute heure du jour et de la nuit, nous donnent à penser que la normalité fantasmatique devient normalité tout court.  Passer du fantasme à l’acte demeure cependant l’exception.  La femme reste avant tout un… être humain, avec d’énormes besoins d’attentions et de reconnaissance de soi.
Pour leur offrir cela, là, je suis le roi !
Je n’ai pas mon pareil pour écouter, rire, sourire, poser les bonnes questions, celles qu’elles attendent, me passionner pour leur vie et leurs rêves.  Je suis le roi parce que, tout bêtement, j’aime ça.  J’aime les regarder, j’aime les admirer… et elles le sentent.
Tout ce bla-bla afin de vous expliquer pourquoi, dans cette cuisine caquetante, je me retrouve vite avec Marion sur les genoux pendant qu’Aurélie me fait de doux yeux en me racontant son envie de quitter le domicile parental avec peluches et chaîne hi fi pour, enfin, vivre sa vie.
D’accord, un artiste, un vrai, qui expose et qui vend (depuis peu mais est-il nécessaire de le préciser) fait sans doute plus rêver qu’un ouvrier de chez Renault.
Les invités, affamés sont passés au jardin pour mieux profiter des fumeroles odorifères produites par le barbecue géant. Agnes revient dans notre cuisine en coup de vent, s’arrête, me considère :

  -   Beeen, tu t’emmerdes pas, toi !

J’éprouve quelques difficultés à lui répondre étant donné que Margault me gave de toasts :

  –   ‘ein hoi !  On hait ‘ien ‘mal !
  –   Avale !

J’obéis :

  –   Je disais : on ne fait rien de mal !
  –   J’en suis sûre.  Méfie-toi quand même : la jolie garce qui se trémousse sur tes genoux n’a que 16 ans, n’est-ce pas Marion ?
  –   presque 17
, rouscaille la chérie avec une moue soudain boudeuse.  Et puis t’es pas obligée de le claironner sur tous les toits, j’suis plus une gamine, quoi !
  –   Pour la loi, si !  J’ai pas envie d’aller porter des oranges à mon artiste préféré via le parloir crasseux d’une prison rébarbative !

En guise de réponse, l’ardent fruit vert entame un mouvement rotatif du popotin qui affole définitivement mon popaul à col roulé.  Pour ce dernier, 16 ou 18 ansdemeure une finesse juridique abstraite.  Agnes tire sa trop jeune copine par le bras en riant :

  –   Hop !  Fini de jouer les allumeuses avec les vieux pépés pervers, salopiote !  Viens plutôt m’aider
  -   Jalouse !

Nadia en profite pour occuper la place toute chaude, à califourchon et face à moi.

La pièce résonne de rires nerveux, excités.  Faudrait être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte de la connotation purement sexuelle du moment.  Fortes de leur nombre, toutes ces beautés s’enhardissent, m’escagassent la libido avec entrain et bonne humeur.
Je suis loin de me douter que je vis mes tout derniers instants d’insouciance.

9 réactions à “ Cocaïne 7, où je vis mes derniers instants de bonheur”

  1. ted_bundy dit :

    aaah Juliiie, chérie pourquoi post tu toujours tes superbes textes alors que je suis au travail et harceler de toute part ?  je n’ai malheureusement pas le temps de lire et de profiter de ta prose… bon arachage de cheveux a toi, mais laisses s’en quand même quelques un pour marina ^^ 

  2. ted_bundy dit :

    aah etre entouré de jeune femme et fille de tous poil… encore une fois tu réussie a nous faire entré de plein pied dans ton texte et ton travail, famille patrie eurk  il fait froid dans le dosmais ce suspens c’est aaahhhhrrr *mode fanaaa* la suiiiitteee *mode fana off*ps désolé du com, mais pas trop d’inspi, mais je t’avais promi un com, bah le voila

  3. Ouaip sans rire je ne vois pas ce que ça a de long, ce post. T’aurais pu (dû) mettre la suite. …. Vite !!

  4. Mr Jo dit :

    Fantastique Juliiie, mais comme d’habitude tu nous laisse sur notre faim. Faut pas s’étonner si après on te harcèle pour lire la suite ;-)
    Continue comme ca, on attend tous un feu d’artifice, une explosion d’on ne sait quoi! J’attends surtout l’arrivée des jumelles à cet anniversaire et comprendre leur lien avec ton récit du jour!

  5. robertdeniro dit :

    Je suis venus, j’ai lus, et je suis vaincus,…comme d’autres j’attend !!(pour un com intélligent, me faudrait plus de temps… ben oui, … je suis au taf quand même !… )

  6. Alexandre92 dit :

    Raahhh voilà du Cliffhanger, du vrai, du solide…  Tu as prévu combien d’épisodes ?

  7. Juliiie dit :

    Ted > t’es pas obligé de mettre un com’ quand t’es pas inspiré, tu sais !
    Ma Prun’ > avec la suite, ça aurait fait vraiment long puis, avec mes problèmes de net en ce moment, je voulais publier quelque chose tant que je le pouvais.
    Mr Jo > à partir de maintenant, ça va "bouger" beaucoup plus… avec le plaisir de vous envoyer, parfois, sur de fausses pistes !
    Robert > Serais-je la cause d’un certain manque de productivité ???
    Alexandre > On est loin de la fin mais je ne vais pas te dire "combien", hein !  Surprise et suspens !
    Mon fournisseur d’accès vient de m’envoyer une ‘tite bafouille pour expliquer que, durant toute la semaine prochaine, nous aurons des perturbations dues à une série de travaux indispensables sur le réseau.  C’est gentil de le dire !Je me magne donc pour vous mettre la suite en ligne dès demain, vendredi.

  8. ted_bundy dit :

    aaaah fichu fournisseur, beaucoup de probleme de mon coté.si je post c’est que j’aime te lire et faire partager ce qe je ressent a la lecture de tes textes

  9. Isafc70 dit :

    Toujours aussi fan de votre style, je retrouve ce blog avec un grand plaisir. J’en profite pour vous intégrer dans mes liens. Une nouvelle étape dans mes ballades quotidiennes