Composition en Sol majeur
Ecrire les mots sur le papier, comme un compositeur sème ses notes sur les portées.
Sans précipitation, avec la satisfaction de savoir où aller et comment y aller. Avec la certitude d’un chemin bien défini, sans risque de fausses notes.
Continuer à alterner, les virgules et les points comme il alterne les croches et les silences sur sa portée. Composer une ode à la vie comme ses notes incarnent la vie.
Le rythme monte et descend, le tempo s’accélère, et au point ultime reprend son cours. Doux balancement de rythmes qui se croisent et s’emmêlent dans une avalanche de notes. Dans sa tête tout les instruments sont déjà en place et ils jouent la mélodie que lui seul entend pour l’instant. Il est pour un moment le Créateur, il transcrit pour les mortels la musique des anges.
Il se balance sur sa chaise, et le stylo continue à courir de portée en portées Blanches, noirs, doubles, triples croches. Pattes de mouches qui se métamorphosent en fils d’araignées pour tisser la trame de sa musique.
Tout comme mes mots s’emmêlent pour former un ronronnement dans l’imagination de celui qui les lit. Lentement un paysage se met en place, une histoire se dessine. Tout comme ses notes forment le creuset pour l’imagination, pour d’autres histoires.
Et puis il s’arrête. Le stylo reprend sa place à côté de la feuille et le ménestrel qu’il est, égrène ses notes à la guitare. Ou au violon suivant son envie du moment.
Sans hésitation, sans tremblement. La musique est déjà là, tout autour. Elle n’attend que le moment de s’exprimer sous ses doigts. Elle n’attend que sa transcription pour les oreilles humaines.
Alors il reprend son stylo et se remet diligemment au travail. La musique est une maîtresse exigeante, pleine de fantaisie et qui n’attend pas.
Cette nuit encore elle le retiendra à sa table, à la lumière d’une lampe. Il continuera à égrener ses notes comme les secondes que moi je compte dans le lit en l’attendant.
L’inspiration est une amante sauvage, elle donne et prend. Elle prend le temps et la patience des proches. Elle accapare l’attention de celui sur qui elle jette son dévolue. Et elle se donne sans compter, jusqu’au moment où elle décide que s’en est assez.
Quand je compte les secondes toute seule, je le comprend lui et ses notes. Je me rappelle que moi aussi j’en ai fait des taches d’encres sur les feuilles blanches. Que j’en ai tracé des lignes et des lignes de mots. Pour former la mélodie que moi seule entendais. Pour pouvoir la partager. Pour qu’elle cesse de m’obséder et qu’elle prenne une incarnation.
C’est pour tout ça que je le comprends. Pour tout ça que j’attends dans le noir que sa muse lui permette un peu de repos dans mes bras.
Mais encore une fois j’entends un instrument gémir des notes. Je souris en l’imaginant concentrer sur son archet, battant la mesure du pied, et murmurant tout doucement les notes à peine sèches sur le papier et qui pourtant l’obsèdent depuis longtemps déjà.
L’inspiration est une maîtresse exigeante.
Je repense à tout ça quand je reprends mon stylo et que de ma table je le vois endormi sur son fauteuil.

en voila un bien beau retour miss Jul’s, je me maintenant me coucher tranquil avec votre rythme et vos images en tête.merci a vous belle demoiselle
Un très beau texte, très inspiré.