Conclusion ferroviaire
"Service régional de billeterie
Momentanément indisponible"
Dans un soupir, je laisse tomber mon sac. Le quai sent la pisse et l′impatience. Il est plus de 17h et la chaleur m′écrase, comme elle écrase les trois pequenots égarés comme moi entre départ et arrivée. Basta, j′achèterai un billet au contrôleur si je le croise. En attendant, je gruge.
Tout en attachant mes cheveux pour éviter d′entretenir la transpiration de mon dos, je lis déchiffre les horaires. Encore presque vingt minutes, huh? Et je n′ai même pas une bouteille d′eau. Puis c′est pas dans cette petite gare lyophilisée qu′on trouve des distributeurs. Je vais me dessécher, je vais crever là, et les vautours me boufferont en commençant par les yeux.
L′endroit est désert ou presque, cerné de grillages et de hautes herbes sèches. S′il n′y avait pas le village autour, les voyageurs en transit deviendraient fous de solitude brûlante.
Les rails s′éloignent en ligne droite jusqu′à l′horizon qui tremble, vaporeux. Pas l′ombre d′un train.
Je fais lentement les cent pas au bord du quai, fantasmant sur ma prochaine douche. A quelques mètres, une gosse et son père jouent aux devinettes pour que l′attente semble moins longue:
"- Allez, ma puce? C′est gros, ça a quatre pattes, une carapace grise, et deux cornes. De taille différente, les cornes!
– Un loup ?"
Non, un rhino, mais c′est pas grave.
Alors je commence à repenser à hier soir, puis à la nuit blanche, puis à cette journée. Aux différents lieux. Aux conversations. Aux gens.
Mais rapidement je me focalise sur quelqu′un. Sur lui. Il y a vingt-quatre heures encore, je ne le connaissais pas.
Me reviennent des images subliminales que je ne contrôle pas, de son sourire, de ses yeux clairs, de ses cheveux fonçés; le son de sa voix aussi, son accent. Sa poignée de main puis sa bise. Sa démarche sur les galets, et son fou-rire nocturne sur le canapé. Son détachement et son élégante nonchalance. Puis quand il a refusé de nous montrer son nombril. Quand il m′a dit où étaient les toilettes, deux fois. Son avis sur les régimes totalitaires. Son air faussement choqué quand je disais des grossièretés. La façon dont il m′a apporté, successivement, une vodka-red bull, puis une autre, puis deux verres d′eau, un jus d′orange, et aussi le café qu′il m′a préparé. Dans un mug rouge. Et des petits gâteaux qui n′avaient de dégueulasse que l′apparence et qui ont bien calmé mes crampes d′estomac de 3h30 du matin.
Le genre d′escapade week-endesque entre potes et inconnus, que l′on aborde sans a priori et dont on ressort en se disant que bordel, c′était vraiment génial. Une parenthèse volée, un sursis inattendu. C′est de la veine, c′est tout. Quelques heures chanceuses, durant lesquelles on parle beaucoup, on rit encore plus, on s′engueule un peu, on se séduit doucement, et à peine rapprochés il est l′heure de se quitter.
Encore un peu, s′il vous plaît, madame Vie, monsieur Temps. Laissez nous encore un peu être ensemble, maintenant que vous nous avez menés là.
Puis je me rappelle qu′on a prévu de se revoir bientôt. Alors je souris…
…
" Puce, le train arrive! C′est pas trop tôt, ils se foutent du monde quand même."
Nom de dieu, j′ai pensé à lui et le temps a filé comme un voleur ?
Coup d′oeil à ma montre, une demi-heure est passée, c′est vrai qu′ils exagèrent, à la SNCF.
Mais là, tout de suite, je m′en contrefout.
Ce temps, il n′a pas été gâché.
Je l′ai utilisé à me souvenir, à analyser.
Puis à ne pas nier l′évidente conclusion.
Je crois que je suis amoureuse.
Allez, chuis pas chienne. Certains d′entre vous ont l′air de se perdre dans mes histoires et leur chronologie franchement pas claire. Alors je vais bientôt vous bricoler un post explicatif.
En attendant ce grand jour, n′vous posez pas trop de questions :)
De toutes façons, il fait trop chaud pour se poser des questions. Je note juste au passage que cette note est vachement bien écrite. Je sais, c′est plat comme comm′, mais j′ai trop chaud.
Tsss, et voila, j′ai encore laissé le pseudo de ma fille. Pfff, chaleur…
Je suis en train de te lire sur « Angie », des Stones, qui passe à la radio.
Sais pas pourquoi, ta note prend une autre dimension, quelque chose que je ne peux pas trop expliquer.
La mélancolie de la chanson, les rails vers l′infini ; les rails qui montrent le chemin vers d′autres lieux, toujours plus beaux dans la tête qu′en réalité…
Et l′amour…
Bizzzz, bellissima
Ju
Pour s′en tenir à l′essentiel, disons que j′aime bien aussi les quais, les gares… ce qu′on y rumine… Et puis, longue vie au mug rouge et à celui qui le portait…
Sourire.
Merci de nous rappeler que grace aux retards de la sncf, on voyage en pays délicieux…
Papillllon > tu sais, « note vachement bien écrite », on s′en fout si c′est plat, du moment que ça fait chanter le coeur de celle qui a « vachement bien écrit ».
Julie > et moi dès que j′arrive sur ton blog, ya un piano puis la voix de David Surkamp qui m′attrapent au dépourvu. Ca fait un peu la même chose…
Balthus > normal, tu es un contemplateur… Et merci pour le mug rouge et lui ;)
Bé. > pas d′quoi, c′est toujours un plaisir :)
Très joliement écrit, très touchant. Merci, et puis… encore merci.
« Je crois que je suis amoureuse. »
Merde ! C′est pas de moi… :-)
BPD > Mais merci à toi !
bonbonze > eh non, mon petit bonze chéri, mais tu sais bien que toi je t′adore :)
TU fantasmes sur TA douche? Y′a comme un léger souci de syntaxe là… Enfin j′me comprends.