Course contre la montre

« Cours ! »
Ce cri avait claqué dans l’air comme un ordre et m’avais fouetté le sang. Je ne sais pas où je suis, ni où je vais, je fais juste ce que l’on m’ordonne : courir.
Très vite et très loin.
Pour échapper à quelque chose de monstrueux qui, je le savais, me poursuivait nuit après nuit depuis quelques années maintenant.
La vérité est, que longtemps après avoir entendu le hurlement, j’ai continué à courir  de toute mes forces. Pour échapper à cette menace, invisible et latente, qui résonne en moi comme ce cri.
« Cours ! »
Et j’ai couru, sans me soucier de ce qu’il pouvait y avoir devant moi, ne me préoccupant que de ce qu’il pourrait y avoir derrière. Curieusement je ne tombe pas malgré l’obscurité, malgré mon ignorance sur ce lieu étrange. Dans cette nuit perpétuelle, je vole pardessus les obstacles.
J’ai pendant un instant l’impression de chevaucher le vent, qu’une force invisible guide mes pas loin des obstacles. Les obstacles, ce ne sont pas eux qui me rattrapent, c’est moi qui file à leur rencontre. Une racine, une pierre, une branche, instinctivement je les évite, je feinte et continue ma fuite en avant. Une chute et c’est le trou noir, longue descente dans un puit sans fond.
Je me suis réveillée avec un mal de crâne atroce, une sonnerie persistante dans les oreilles. Et toujours cet ordre imprimé dans la moindre fibre de mon corps :
« Cours ! »
Ma main est partie vers la source du bruit pour l’envoyer sonner le plus loin possible de mes oreilles.
Et c’est à ce moment là que le reste de la phrase a traversé les brumes de mon esprit pour s’y imprimer en lettres de feu: « T’es en retard pour tes cours ! »

Le clignotant 10h30 à l’envers dans l’obscurité de ma chambre confirme la sentence, et merde, encore une journée qui commence en retard.