En direct de ma campagne
Petit intermède dans le feuilleton.
Il faut que je l’explique pour me défouler parce que, là, je bous littéralement !
Les cheveux roux et le visage violet, j’vous dis pas !
Ceux qui nous connaissent depuis un certain temps savent que nous habitons, Marina et moi, un véritable petit paradis au milieu des prés, des bosquets et des petits bois. Pour parvenir à notre maison, il faut descendre un tout petit chemin d’une centaine de mètres en contrebas d’une route communale. Le côté droit de la voie est, en fait, une prairie qui se trouve quelque 2,5 mètres plus haut que le chemin. De nombreux arbres aux racines profondes maintenaient autrefois la terre.
Je dis bien : maintenaient !
Au début de l’été, le fermier qui utilise ce terrain eut la bonne idée d’élaguer ces arbres – n’en laissant qu’une portion plus que congrue.
Et il pleut depuis un mois chez nous !
Un mois, tous les jours – au choix : fortes averses ou orages à répétition, très intenses !
Hier, en milieu d’après midi, une partie de la prairie s’effondra sur notre petit chemin mignon tandis qu’un torrent d’eau venu de la route communale transformait toute cette terre en torrent de boue qui déferla sur les six maisons – dont la nôtre, plus bas.

(photo prise l’année passée, quand il faisait beau et bon)
- C’est la campagne, ça arrive, me dis-je, "pas niquée" mais presque.
Un voisin téléphone à la maison communale (la mairie pour les français) qui répond froidement, après examen du problème, que la portion de chemin où s’est déroulé l’effondrement est privé.
- Quinze mètres plus haut, c’était la commune, déclare un docte responsable moustachu.
Comme il pleuvait toujours (pourquoi changer une équipe qui gagne, hein ?), je fais remarquer au monsieur savant que le torrent d’eau qui déboule sur notre chemin privé provient de la route communale dont les avaloirs n’ont pas été entretenus depuis des mois. Lui, flegmatique :
- Nos ouvriers vont venir les déboucher !
Je téléphone à Môman (à qui appartiennent trois six des maisons – les trois qui n’ont pas de dégâts si ce n’est un peu de boue dans les caves) :
- ô’s'cour, m’man, viens vite !
Arrivée de supermôman.
Contacts avec le fermier, aussi cynique que la commune :
- Cé point mon ch’min, ma foué. Cé même point ma prairie, j’la loue à une société !
- Mais vous avez élagué les arbres, il y a quelques mois !
- Hooola, ma bonne dame, faudrait point me prendre pour un pigeon, hein !
Môman fait venir un huissier d’ugence (race à part, des super huissiers quoi) qui constate tout bien scrupuleusement puis elle se débrouille pour trouver une entreprise privée qui viendra déblayer demain. Elle appelle aussi son avocat qui prend aussitôt l’affaire en main (c’est un manuel).
Sous l’emprise d’une inspiration subite, je vais trouver le neveu du fermier, qui n’habite pas loin et le hait sans demi-mesure pour de sombres histoires familiales. Quand j’explique, le voilà qui se marre comme un baleineau en rut :
- Mon oncle vous roule dans la farine (il l’a dit autrement mais je suis polie) depuis le début : en réalité, le pré lui appartient parce que la société qui loue toutes ces terres lui appartient. Elle est basée dans un paradis fiscal. Dans le patelin, tout le monde le sait mais personne ne peut le prouver !
Affaire à suivre, et elle va suivre, j’vous l’dis !!!
Je retourne une heure dans le frigo pour me r’froidir un peu : j’ai la haine !
Fiou, la casse-tête commence !
pas marrant tout ça bon courage !
Le bon sens rural peut se muer en mauvaise foi donnant des envies de meurtres… !
[...] En direct de ma campagne 3 robertdeniro, coquelinette, Dyne [...]
Ca devient dur d’avoir 3 maisons, un huissier, un avocat et une supermôman…
J’devrais pas m’moquer, parce que j’aime bien tes histoires en fait :).