Fabian

Pas de nouvelles de mon amant.  Je l′ai un peu fâché, le pauvre, en lui reprochant de mener une vie trop casannière.  Je voulais donc regarder tranquillement Arte qui proposait une émission sur Pauline Réage (histoire d′Ô) suivie d′une autre sur George Bataille – deux écrivains sulfureux et que j′aime énormément – lorsque Fabian m′a téléphoné.  C′est un jeune homme que j′ai rencontré il y a peu de temps chez des amis.  Dès le premier instant, il m′avait plu : grand, très mince, avec un regard ardent, sombre, et un sourire magnifique.  Nous avions sympathisé.  Il m′apprit, ce soir-là, qu′il sortait d′une aventure amoureuse longue de deux ans et qu′il était encore un peu perdu.  Nous avions fini par échanger nos numéros de téléphone en promettant de nous revoir bientôt.  Le voilà qui me demande si je suis d′humeur bavarde.  Malgré son ton enjoué, je le sens triste.  Je fais partie de celles qui sont toujours prêtes à consoler les hommes tristes.  Ils sont tellement mignons lorsqu′ils laissent leur armure de macho au vestiaire.  Je programme donc mon DVD pour enregistrer les émissions qui m′intéressaient, puis je m′apprête un peu et je l′attends.  J′ai décidé que nous nous verrions dans un lieu public.  Sans doute le résultat de mon éducation : je laisse difficilement entrer quelqu′un dans mon petit chez moi.

Il m′emmène dans une brasserie assez connue : le C*de F*.  Confortablement installés dans un coin calme, nous parlons de tout et de rien.  Je m′avance en lui proposant de vider son coeur.  Comme s′il n′attendait que cela, le voilà qui me parle de son ex.  La belle l′a largué pour un fils à papa, une sorte d′affreux frimeur etc.

Certains ne comprennent pas pourquoi j′écoute ainsi les autres, garçons ou filles.  Je ne le sais pas trop moi-même.  J′aime ça, c′est tout.  On apprend plein de choses en écoutant les autres.  L′air de rien, je l′aiguille sur mon sujet préféré : le lit ! (façon de dire, bien-sûr).  Mon beau gosse se montre évasif.  Tandis qu′il parle, je m′imagine à genoux entre ses cuisses, son sexe dans ma bouche.  Je dois rougir parce qu′il me demande si ça va.  J′ai une envie terrible de faire l′amour avec lui, tout d′un coup.  Je suis sûre qu′il doit être beau tout nu.  Son front haut me trouble assez.  J′ai oublié de vous dire qu′il a le crâne soigneusement rasé mais on peut malgré tout deviner qu′il fait cela pour "cacher" une calvitie précoce.  Mon Dieu, qu′est-ce que je le trouve sexy (de plus en plus).  Autre chose que j′aime chez lui : il s′habille avec un goût très sûr.  De toute façon, il pourrait porter absolument tout ce qu′il veut : il est naturellement élégant.

Je sens que je l′attire mais il patauge un peu.  Je ne fais rien pour l′aider.  S′il savait à quel point je suis sur des charbons ardents.  Mais non, le voilà qui regarde sa montre :" il se fait tard, patati patouta couac couac !".  J′ai une envie atroce de le gifler parce que je vois qu′il voudrait bien mais il n′ose pas !  Serait-ce un pleutre ?  Faudra t-il que je lui saute dessus et que je lui roule une pelle de force ? J′en serais très capable !

Et après, je le gifle : vlan !

Dans la voiture, au moment de le quitter, il me retient et, très vite, ses lèvres effleurent les miennes.  Bon !  Si c′est un grand timide, surtout ne pas aller trop vite, il pourrait me faire un "infar" pour cause d′émotions trop fortes.  Je me contente de lui rendre son baiser léger, et je le quitte.  J′espère qu′il se masturbera en pensant à moi, na !

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