I HAVE A DREAM (3/4)
Tout est flou autour de moi. Les sons aussi sont à l’ail lointains. Marina se penche, me parle.
Pourquoi est-elle affolée ?
Et pourquoi fait-il si froid ?
Elle me prend dans ses bras, me soulève, m’emporte.
Articuler quelques simples mots me demande un effort énorme :
- Il faut… aller… chez le docteur… Philo !
- Mamma mia ! D’abord rentrer chez nous, la mia povera piccola colomba ! Il faut t’habiller, te réchauffer, boire un alcool fort !
- Pas de schnaps, surtout pas de schnaps ! Rien qui soit allemand, par pitié !
- Che cosa dici : schnaps ! Une bonne grappa, oui !
- Ooooh oui ! Mai-son ! Gra-ppa ! Et aller chez…
- Il dottore Philo, siii !
Tiens ! Notre appartement ! Et voilà le mur que j’ai peint hier ! … mais alors… où fus-je ? Que fis-je ?
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Elle sait si bien s’occuper de moi, me dorloter, m’habiller… me faire picoler !
Peu à peu, l’esprit me revient tandis que nous nous rendons chez le docteur Philo – mais quel malaise résisterait à la façon de conduire, si particulière, tellement… italienne, de Marina ?
Malgré tout, elle doit encore me soutenir pour marcher de la voiture au long corridor sombre qui mène à la porte du scientifique (et très simili) teuton.
Je bavouille :
- Il faut pas sonner, tu vas voir : la porte va s’ouvrir, comme par enchantement !
Après 10 minutes, ma douce compagne se décide quand même à actionner le mécanisme à drelins drelins.
Le satané bonhomme vient nous ouvrir en monocle et caleçon, toujours aussi hirsute… et en se grattant les c…
Ledit monocle tombe dans le caleçon lorsqu′il nous voit :
- Himmel ! Gue venez-vous faire izi à zette heure zi madinale ? Et gu’est t-il arrifé à la temoiselle Chulie ?
Marina l’apostrophe sans façon :
- ça vous dérangerait de nous laisser entrer ?
- Acht ! Pien zûr ! Endrez ! Mais… (il me renifle au passage) elle bue le schnaps !
Nous, en cœur :
- Pas le schnaps, la grappa !
- Za và, za và ! Moi, ze gue j’en disais, hein ! Installez-la zur la taple chynécologique bendant que je m’habille !
Il revient peu après, vêtu de son long cache-poussière blanc.
Marina lui explique :
- Lorsque je me suis réveillée, elle n’était pas dans le lit ni dans l’appartement. Alors, affolée, je suis partie à sa recherche. Elle gisait à quelques encablures de chez nous, nue ; étendue, là, dans l’herbe perlée de rosée matinale… sans connaissance !
Le docteur Philo me regarde avec un mince sourire qui se voudrait rassurant :
- Bedide friponneuuu ! toute nue tans la campagneuu, mit den kleinen vögeln ! Romantiqueuu !
- Je ne me souviens de rien, doc ! Juste ce… ce maudit rêfe – oups, pardon – rêve, qui revenait, encore et toujours, me hanter !
- Touchour le départ ?
- Oui ! Cette fameuse silhouette drapée, évanescente, qui semble vouloir m’entraîner vers l’inconnu !
- Nous allons foir za ! Ch’amène le graphorêve…
- Pas le 380, pitié ! Plus le 380 volts dans les narines ! Un transfo… mon royaume pour un transformateur !
- Acht ! Fous n’aimez pas le drois zent guatre-vingt ? Il fallait le dire ! Mon invenzion vongzionne aussi en 24 Folts !
- HEIN ! Mais alors… pourquoi…
- Parze que z’est plus rog and roll en 380, foyons !!!
La machine, les électrodes, la lumière vive de l’écran et, en toile de fond, l’effrayant visage du docteur fou :
- Aah ! Za ze prézize de plus en plus, REGARTEZ FOUS-MÊME !

Légèrement euphorique à cause du 24 volt (et de la grappa), je m’attendris :
- C’est elle, oui, qui s’en va sur les chemins !
- Tonc, nous bouvons interpréter le manoir gomme un endroit clos gue la mystérieuse zilhouette veut guitter ! La zilhouette est beut-être zymbôligueuu, d’ailleurs ! Nous dirons plutôt gue « Guelgue choze » veut partir, s’enfoler ! Et tant gue nous n’aurons bas troufé, ze guelgue chose fous hantera !
- Vous allez encore me dire de revenir demain ?
- Nein ! Reposez-vous quelques heures, cufez votre mauvais schnaps de l′étrancher et buis nous rebrendrons la zéance ! Pour fous mettre tans l’ampiance adéquateûû, je vais fous passer un peu de Wagneuurh, za ne peut pas fous faire de tort ! Fous aimez le grand Wagneuuurh ?
CONTENT:
Le toubib a de plus en plus d′accent !Moi, j′aurais bien aimé trouver La Julie, nue dormant dans le fraiche rosée du matin Attention tout de même de ne pas attraper froid !