janvier 5
J′étudie pour mes partiels. La vie à la "grande Catherine" (de Russie), c′est bien joli mais je ne dois pas oublier que je reste encore une petite chose inculte. Si mes profs lisaient ma prose, je me paierais une note catastrophique.
Allez, Julie, sérieuse !
Mon esprit vagabonde. Au moindre bruit de portière dans la rue, je me rue à la fenêtre.
Tout à fait indigne d′une grande amazone ; juste une midinette de banlieue (quoiqu′il y ait de très jolies banlieues). Mon sang se glace : j′ai cru remarquer la voiture de Lucas. Me voilà encore plus nerveuse, à présent. Si je commence à voir la voiture de tous mes ex amants, il faudra engager un agent de la circulation… pour faire circuler (circulez, circulez, y′a rrrien à voireûû, la peutiteu rousseu, elleu étudieûû ! - version midi de la France).
Alleeeez !!! Boules "quies" et tentures tirées. Mes cours et rien d′autre !
…
Je retire les boules (QUIES !!!), c′est idiot : j′entend ma respiration et ça me déconcentre. Je vais me faire "mofler", c′est sûr !
LA GRANDE PERDANTE DU JOUR : JULIE LA ROUSSE !!! POUR CAUSE DE RUT PERMANENT !
(la foule) :
AU PILORI ! AU PILORI ! AU PILORI !!!
On sonne ! Je tressaute. Angoissée, je vais voir à l′oeilleton. Un inconnu me regarde, l′air bonasse, avec un gros bouquet de fleurs. Moi, très à propos :
- Qu′est c′que c′est ? (le premier qui parle de plombier…)
- Inter****, j′ai des fleurs pour mademoiselle B***
- Un instant !
J′ouvre, reçoit les fleurs. Le livreur a un air mi-attendri, mi-goguenard. Je lui fait mon plus beau sourire et referme la porte.
Sur la carte, il y a : "devine !"
Malin, ça : "devine !!!". Mon petit coeur me dit "Claude", ma parano, elle, me dit n′importe quoi. Elles sont magnifiques ! Je vais prendre un grand vase et les installe sur une table basse.
Une demi-heure plus tard, on sonne encore. Nouvelle crise :
- Qui c′eeeest ? (idem que plus haut)
- La société inter ragnagna, des fleurs…
J′ouvre, reçoit, dis merci, courbette et tout. Le (même) type sourit, franchement goguenard. Quéquiveutlui ? Coup d′boule ?
20 minutes plus tard, même scénario. Je commence à m′énerver en regardant la carte qui me dit toujours : "devine !" J′apostrophe le pauvre livreur :
- Vous en livrez combien, des devinettes dans la journée ? Parce que si vous en avez un plein camion, montez les toutes d′un coup !
Lui, très pragmatique :
- J′aimerais autant, parce que c′est pas avec vos pourboires que je vais me faire riche, mademoiselle !
- Z′avez qu′à demander à l′envoyeur. Suis étudiante, moi, et je voudrais bien étudier ! Les étudiantes, c′est fait pour étudier !
- brlmlbrmmm d′caractère. L′a de la patience, le gars. Pas l′air d′être un cadeau, vous ! J′y peux rien, moi, j′fais mon boulot : j′suis livreur et un livreur, c′est fait pour livrer, v′voyez ?
Bien envoyé. Je me retiens de rire et lui allonge un pourliche. Je n′ai plus de vase mais je finis par dégoter un mignon petit seau de plage en plastique qui fait l′affaire.
10 minutes plus tard, nouveau coup de sonnette. Je commence vraiment à perdre mon sang froid. J′annonce à travers le battant de porte :
- Inter**** ? J′ai plus de vase !
Une voix roulante et grave me répond :
- C′est les dernières, ma p′tite dame, le client a dit que c′était les dernières, j′vous jure !
J′ouvre la porte à la volée, me sent poussée contre le mur de mon corridor, embrassée dans le cou. Je n′ai pas de voix, impossible de hurler. Mon assaillant répète sans arrêt :
- j′t′aime, toi, mais qu′est c′que j′t′aime !
Je me rends soudain compte que c′est Claude. Il lève la tête vers moi, ses beaux yeux tout rieurs, comme un sale gosse. Je murmure : "salaud", l′enlace, me love contre lui. Il glisse le long de mon corps, sa tête s′enfouit entre mes cuisses. Il respire bruyamment, à la façon du chien de chasse qui aurait trouvé une piste. Je deviens toute liquide. C′est à ce moment que je croise le regard ébahi de madame F**, mon autre voisine de palier, un bien gentille vieille dame, au demeurant, dont le dentier est prêt à rouler par terre tant elle ouvre une grande bouche. Je gémis :
- La porte, Claude, ferme la porte, s′il te plaît !
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