La bonne, la brute et l’amante
Maman, aidée de sa sœur (chez qui elle campait ces dernières semaines), emménage enfin dans son appartement.
Toute la famille se mobilise (sauf mon père, bien entendu)
Je suis chargée d’aller faire des courses dans l’hypermarché régional afin de nantir son nouveau frigo des denrées de premier secours.
Façon de parler : elle m’a remis une liste longue comme le bras !
Vas, petite soldate, et que la force soit avec toi (c’est la période, hein !)
Dans la "jeep" maternelle, je fonce vers mon QG afin de réquisitionner l’agent spécial Marina qui se la coulait douce. Drillée à la perfection, cette dernière salue mon arrivée, dans un gardavous impeccable, par un retentissant :
- Yes Madam, yes ! Recrue Marina en attente de votre badine, Madam ! (ouéé bon, j’exagère un peu, d’accord, mais à force de regarder n’importe quoi à la télé, je commence à savonner du bulbe)
En treillis « la Redoute, page 138bis », nous voilà donc parties en mission.
Les « hypers », moi je hais ! Comme beaucoup de monde je crois ; comme la plupart des gens qui s’y trouvent – au vu de ces trombines maussades et harassées que je croise.
Heureusement, il y a la musique pour nous détendre :
« Quand j’étais petit garçon… DINGDONG – madame Lapoule pour sa caisse s’il vous plaît… je repassais mes leçons… DINGDONG – une responsable textile au centre d’accueil… en chantaaant, et bien des années plus tard… DINGDONG – à votre rayon poissonnerie, chers clients, ce jour, les filets de truite saumonée… et c’est tellement plus mign… DINGDONG – madame Lapoule, deuxième appel… de se faire traiter de con… DINGDONG – monsieur Dupèze, manager, est demandé… en chansoooooon !
Consom′ consom′…
Notre charrette (capacité : 1.5 tonnes avec roues totalement indépendantes et de traviole) remplie à ras bord, nous nous dirigeons vers les caisses, les files infinies, l’attente improductive, raffinement absurde de notre société de consommation.
Nous sommes moulues mais fières de nous : mission quasi accomplie ! Juste passer l′ultime check point en brandissant le laisser passer magique super-goldo- platine de maman et nous pourrons revoir le soleil, les oiseaux, le tarmac puant du parking.
Comment occuper son temps dans l’attente ?
Certains lisent le « Voici-voilà-voilou », amoureusement sélectionné au rayon librairie (Canne : Sophie Marceau monte les marches – les photos) ; quelques uns terminent l’engueulade amorcée chez eux au moment du départ ; d’autres, en pleine crise de stress ou de boulimie, bouffent des provisions qui ne leur appartiennent pas encore.
Les femmes papotent, les hommes soupirent, les enfants braillent, les chiens aboient et la caravane ne passe pas.
Marina, sourcils froncés, s’inquiète :
- Qui c’est celle-là, qui te regarde tout le temps ?
- Hein ? Qui ? Où ?
- Dans la file, à droite, la fausse blonde avec des repousses comme mon doigt ! Non pas là : là, avec son mioche qui déborde par les trous de nez !
- Avec le… Ooooh… Carine !
Carine ! Ex caricature de mode. Souvenir-lycée de mes 15 ans : mon premier patin profond à une nana, dans les toilettes, à l’intercours ! Elle, doublante, deux ans de plus que moi, toujours fringuée mode, belle, snobissime aux neurones tellement aérés qu’elle en devenait idole mystique pour beaucoup d’entre nous.
Elle m’intimidait et m’attirait tout à la fois.
Certains souvenirs vieillissent mal.
L’icône de mon adolescence a bien changé. Cette fille, autrefois si soignée, fine et racée, a pris 15 bons kilos. Tout son être transpire (au « propre » comme au figuré) de fatigue et de laisser aller. Cheveux filasse, limite gras, la peau luisante, des cernes à n’en plus finir, sombres comme cet abattement qui la courbe déjà.
Elle m’observe, avec le regard fuyant des vaincus par la vie, qui le savent et en éprouvent toujours une honte – dernière étape avant la résignation définitive.
Certainement habillée « soldes-à-tout-petit-prix-au-bon-goût-absent », dans cette grande surface qui nous réunis après tant d′années.
Elle capte ma stupeur, voudrait visiblement se trouver autre part, loin, s’échapper.
Je me reprends, souris :
- Saluuut ! ça va ? Dis donc, quelle surprise ! T’es devenue maman, je vois ! (transcendant, je sais)
- Ouais ! Et toi ? Toujours fringante ! (à son môme qui pleurniche) Oh, Kevin, tu te tais un peu ! Maman parle !
- Ah, c’est Kevin (mais pourquoi Kevin bon sang, pauvre gosse ; avec notre accent régional) ! Bonjour Kevin !
Lui aussi doit m’en vouloir d’être là puisqu’il tourne la tête de l’autre côté, maussade. Carine lève les yeux au ciel :
- Il est fatigué, il a soif et il a faim. Les courses, c’est la plaie avec un enfant.
- Heu… ben oui, sûrement (moi, d’habitude si bavarde, je ne trouve rien à dire, tout d’un coup)… tu as arrêté les études alors ?
- Bah ! Les études… pour faire quoi ? Le chômage est le même pour tout le monde hein ? Et toi ?
- Je suis à l’université… en première année, ça marche bien !
Elle ne peut s’empêcher d’une pointe de méchanceté, comme autrefois :
- Ah, universitaire ! Et dire qu’à une époque, personne n’aurait misé un centime sur toi !
- Oh ?
- Ben oui quoi ! Toujours révoltée, fugueuse. C’est vrai que t’avais facile d’apprendre. Tu t’en sortais toujours quand même, hein ? Moi, je suis mariée… mon homme est chômeur aussi… c’est dur ! – Ah, ça avance quand même (sa file)… et madame ? Une amie ?
- Marina, ma compagne !
- ??…
- Ma compagne, ma concubine, ma femme, ma dulcinée, mon amante quoi !
Regards outrés ou amusés des gens autour de nous. Carine digère l’info :
- ho ! Alors tu as… tu es… hum… hi hi hi ! Toujours aussi provoc, je vois !
- Ben non : amoureuse ! D’un homme ou d’une femme, quelle importance, pas vrai, hein, Carine ?
La voilà encore plus mal à l’aise. Manquerait plus que je raconte notre petite aventure du bon vieux temps : combien elle s’excitait en me poussant une langue énorme dans la bouche, comment elle se frottait, fourrait ma main, d’autorité, dans sa culotte. Comment elle m’a soigneusement évitée, ensuite.
Elle, c’était la « grande », celle qui profitait de la « petite » (consentante il est vrai) en catimini, en cachette.
Bizarre, cette façon trop répandue d’occulter certains souvenirs encombrants, compromettants.
Cacher, toujours cacher.
Trucider l’animus antisocial.

Retour à l’air libre.
Nous avons vu, au loin, Carine charger courses et enfant dans une voiture jaune canari super tuning, surbaissée, avec des chromes partout ; un de ces engins qui fait : « BOOOM BOOOM BOOOM » en super stéréo, de l’intérieur.
Etrange, ce véhicule - certainement très coûteux, pour des chômeurs qui ont dur de joindre les deux bouts.
Au volant, "petit monsieur insignifiant" attends en reluquant les autres nanas.
Frimeur.
Ma douce et moi poussons la charrette de concert.
Mon bras s’enroule autour du sien :
- Je t’en supplie : dis-moi que je ne serai jamais comme elle ; que nous ne serons jamais comme eux ! J’t’en supplie, dis-le !!!
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T′inquiete y′a bien quelqu′un pour te mettre une balle dans la tête avant la déchéance. Enfin j′espere tu le vaux bien.
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Sourire, Julie angoisse, un appercu d′un futur beaufisant au possible, non, je ne pense pas que tu vireras comme cela… mais ca se travaille
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A en juger par l′intelligence et l′intransigeance du verbe, et l′anticonformisme revendiqué qui sont les tiens, a priori, tu es plutôt mal barrée pour finir comme elle… on peut seulement lui souhaiter que cette retrouvaillle inopinée avec son passé la fera réfléchir et qu′elle changera !
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J ai decouvert ce blog hier. Tu es excellente! Rires, excitations, reflexions : voila ce que procurent ces mots, ces petits tiens posés ici. Ravie aujourd hui de trouver le commandant chef aux commandes! La lecture des blogs est addictante… Pourquoi encore acheter des bouquins? :-)
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non on finiras pas comme ca …. enfin j′espere .. ca fais peur … allez c bon je vais faire des cauchemar . un mari devant la television regardant un macht de foot cir,nat pour demander un biere a la sage et compltement timbrée de femme quie je saurais avec la robe de menage de chez la redoute habillant toute femme bof ! pizza biere foot ! oua ! kel bonheur ! perso c mon cauchemar mais je lutte .. j′ai abolit la television de mes locaux et j′ai choisi un jeune homme preferant le bateau et faisant pas de foot il me semble .. vais aller lui demander on sais jamais …..
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Toi ? Devenir comme ça ? Ca se peut en effet, si tu laisses ton coeur et ton désir de vivre se ternir… Comme le dit Loupiot, ça s′entretient, il faut juste trouver la force pour puiser un peu d′énergie… Dommage pr Carine, belle perspective d′avenir gaché ? Pas si sûr. Le libre-arbitre je vous dis…
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un petit bonbon, car c′ est vraiment mon weblog favori, je passe tout le temps voir si il n′y a pas de nouvelles choses .ce qui concerne la Carine ,m′etonnerai que tu change, tu aime trop la vie, pour t enliser dans le monde dans lequel elle est..; enfin je te le souhaite, je te fais un gros kissou..; et continue a faire vivre ton blog qui est simplement génial…
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Même si les études ne protègent pas de « ça », c′est quand même une formidable chance…Allez, personne ne s′inquiète pour toi Julie
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Tu ne seras jamais comme elle, vous ne serez jamais comme eux…enfin, j′espère pour vous Ben non, chsuis pas morte, kestu croyais??? juste liseuse silencieuse
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Kévin, fils d′une fausse blonde, bas de plafond et d′un jacky-beauf …Pov′ gosse, il n′a rien fait pour arriver là … ou alors il avait un très mauvais karma dans sa précédente vie. :/
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« Kevin…. »"AAAllleeezzzz, Nathalie, mange ton boudiiiin !! » on devient ce qu′ on mange !!!ouais… pas toujours drôle la vie.
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J′adore ton blog. Quelle version du Phoque en alaska tu écoutais? La version de BEau Dommage ou bien la super version de Felix?