La colère des amazone – première partie.

Lorsque Marina m’ouvre la porte, je sens ma bonne humeur chavirer : elle a sa tête des mauvais jours et semble être sous pression. En quelques mots abrupts, elle me raconte la dispute du jour avec sa coloc, sans doute la plus sanglante. Ma chérie étant vraiment démontée (et c’est une sportive dans une forme éblouissante), la noceuse a préféré aller prendre l’air, prélude prudent à son déménagement tout proche.

Bien au chaud sur ma petite planète de bonheur, je me dis que c’est plutôt une bonne nouvelle.

Je le dis !

Comme d’hab’, j’aurais mieux fait de fermer ma… hum !

Y’a des jours, franchement, je ne suis pas d’une finesse extraordinaire.

Marina reste silencieuse, face à la fenêtre. On pourrait croire qu’elle contemple les péniches qui passent sur le fleuve, cinq étages plus bas.

Et bien, pas du tout !

Lorsqu’elle se retourne, c’est moi qui devient la cible ; une cible qui n’a rien vu venir :

- Ed allora ! È facile applaudire ma io, eh ! Io ! Je suis dans la merde ! Tu sais combien ça coûte, cet appart ‘ ? È troppo costoso per me ! Trop cher, tu comprends ? Je sais, j’aurais dû réfléchir, en signant le bail et encore plus lorsque j’ai sous-loué à cette… puttana ! Mais pourquoi est-ce que je t’ai roulé une pelle, aussi, quand elle était là !

Moi, toujours ingénue :

- écoute, on va trouver une solution… je t’aiderai comme je peux…

- je veux pas de ton aide ! Je veux pas de tes quelques billets ! Tu m’énerves avec tes mots qui ne veulent rien dire, tu m’énerves quand tu joues les petites perverses, quand tu…

Je reçois sa colère de plein fouet, décontenancée, abasourdie. Je voulais vraiment l’aider, la soutenir, quitte à me serrer la ceinture de plusieurs crans.

… 

Et elle, qui continue sur sa lancée, de plus en plus agitée.

Pour mon malheur, ma mère ne m’a pas équipée de l’option "placide" à la naissance, alors j’embraye aussi sec. Le ton monte, les mots fusent de part et d’autre, affreux, assassins, d’une cruauté impensable.

Je finis par quitter l’appartement en claquant la porte, livide, vide.

Vide !

Avec cette douleur physique qui me perfore la poitrine.

Je sillonne la ville d’un pas décidé… sans le moindre but. Ferait beau voir tiens, qu’un mec me colle aux basques, là, pour me demander si je ne serais pas Julie, l’idiote de Julie, l’hétéro ! Parce que, hein, fini les femmes au pieu ! Donnez-moi des mecs, des vrais, des marins, des cow-boys, des motards tatoués – hé m… c’était pas un groupe gay des années 70, ça ? Tous ces types déguisés, moustachus, qui chantaient… j’ai oublié leur nom.

Pas question de rentrer chez moi (un comble) dans cet état, avec ma mère qui me poserait des tas de questions, affolée. Me voilà de retour à la case "ado".

Peu après, je me retrouve devant l’établissement de Claude. Mon corps (ma tête ?) crie vengeance : oui, je vais me faire sauter dans les grandes longueurs, tiens ! Par devant, par derrière, par dessus et par dessous. Je suis là pour ça, j’veux pas d’l’amour, non, j’veux d’la…

Du monde, ni trop ni trop peu ; des étudiants surtout, futurs artistes venus chercher l’inspiration dans l’alcool avant de rentrer chez papa-maman.

Claude, en grande discussion avec un gars ventru, me regarde venir du coin de son comptoir, la mine réjouie.

Je me fais joviale, rieuse, un rien trop exubérante peut-être. Bisou avec la langue, d’entrée de jeu. L’autre, qui mesurait déjà mon petit corps au calorimètre de ses envies refoulées, replonge dans son verre, déçu.

Mon homme, ravi, s’extasie :

- Hé, dis-donc, pour une surprise !

Il m’attire dans ses bras, cherche ma bouche, encore. Je la lui cède volontiers, désireuse de l’enflammer vite et fort, pour ne plus penser. Il répond "présent" au quart de tour, c’est magique ! Je me pends à son cou pour mieux le bécoter, lui susurrer à l’oreille : j’ai enviiiie de toi !

Il rit et ne trouve rien de mieux à faire que de m’installer sur un haut tabouret, près de lui :

- Doucement, je travaille, moi, dit-il à voix haute, avec dans les yeux cette fatuité banale du bô mec désiré.

Autant monter sur le comptoir pour proclamer : ma poule est en chaleur, venez voir le coq à l’oeuvre ! Mais je m’en fous : tant qu’il ne me veut pas pondeuse, je suis cliente.

Le garçon annonce une commande. Claude s’éloigne, revient avec un vin blanc-cassis qu’il pose devant moi, repart.

Le gros type cherche malgré tout à se placer :

- Je me présente : machin-chose, mais appelez moi machin ! Je possède un club privé, le ***

- en chantier, monsieur chose !

- Vous êtes l’amie de Claude ? (sagace, le machin)

- Non ! Juste sa soumise !

- Ah ? frétille t-il du bulbe et du cul (dodu redondant), adepte DS ?

- SM ! Je suis venue chercher ma correction !

En bon carnassier basique, pêcheur d′infortunes, il avale – par un juste retour des choses - l’hameçon, la ligne et la canne :

- Quel délice ! Si je m’attendais… (à Claude qui revient) dis donc, je ne savais pas que tu aimais le sado-maso, cachottier !

J’ai droit à un regard ironico-interrogatif, sourcils hésitants :

Pas obligé de tout dire, que je sache, hasarde t-il, intrigué mais adroit dans l’urgence.

L’autre s’esclaffe :

- Sacré Claude, tu ne finiras jamais de m’étonner !

Je montre mon verre (déjà) vide d’un petit mouvement de tête :

- Tu pourrais pas me servir un cécémel-cognac, plutôt ?

C’est à ce moment, je crois, qu’il a tilté, mon bonhomme.

25 réactions à “ La colère des amazone – première partie.”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Les village People je croit que c′est leur nom!!!sinon bon courage pour ta coloc et le moustachu SM!!!ciao

  2. hybou dit :

    CONTENT:
    Me permettez-vous de vous faire un bisouJe viens de découvrir votre blog, pas encore tout lu, mais je vous trouve du talent de journaliste, si si

  3. Sylva1n dit :

    CONTENT:
    Ah … le tempérament volcanique des Latin(e)s.Tel le Stromboli, Marina te fait une petite coulée, est-ce une raison pour fermer tes bras câlins à la moitié de l′Humanité ? (tu sauras apprécier à sa juste valeur ce cliché à trois dixièmes d′Euros ^_^)

  4. FABI89 dit :

    CONTENT:
    surperbe delicieu exitant!ce blog est une reponse a bon nombre de mes questions.Je vous en remercie l envie de vous suivre est croissante de jours en jours.

  5. hugues dit :

    CONTENT:
    comme quoi homo hetero ou bi, quand ça chie dans la colle ça chie dans la colle comme on dis.Ceci dis, sugestion simple :1. Elle demenage pour un studio plus dans ses moyens.2. Vous amenagez avec elle et assumez vos appetis carnaux une bonne fois.Moi c′que j′en dis.

  6. ohpizob dit :

    CONTENT:
    Je suis moi-même un motard pompier tatoué mais bizarrement tout sauf un stéréotype…Je suis à quelque part rassuré de voir que même une femme peut être décontenancée par une femme.Je vis d′expériences italiennes et plus précisément siciliennes et je ne connais que trop les voltes-faces assassins que ces demoiselles nous font parfois subir.Mais elles savent se rendrent indispensable à nos coeurs, et c′est là une bien jolie maladie.Courage, leur amour est à la hauteur de leurs colères.

  7. ralphy dit :

    CONTENT:
    Je tenterai une petite remarque d′ordre pratique : les hommes ont l′avantage d′être plus souvent « disponibles » que ces dames. Je me suis souvent demandé si les femmes se rendaient compte de l′influence de leurs hormones sur leur comportement, en particulier les « mauvais jours » et les « jours calins. » Cette prise de conscience est-elle :- immédiate et les femmes choisissent de l′ignorer ;- immédiate et les femmes ne peuvent s′empêcher de subir leur influence ;- retardée (une fois la « période » en question passée) et les femmes réfléchissent à leur prochain changement d′humeur (à l′opposé de celui qui vient de se terminer) : elles décident de s′opposer contre l′influence des hormones ? elles décident de ne pas lutter ? elles décident de ne rien changer ?) ;- inexistante, les femmes ne s′en rendent pas compte et ont une attitude négationiste face à l′existance de l′influence de leurs hormones sur les femmes en général ou bien sur leur cas en particulier.Des témoignages ?

  8. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Et la fin de l′histoire ?

  9. Anonyme dit :

    CONTENT:
    tomtom62 > Merciii ! Je ne me rappelais plus du nom. C′est pas MA coloc, heureusement !hybou > merci pour le bisou, je prends. Journaliste ? pas trop mon truc, pour des raisons que je préfère garder.Sylvain > heuuu, oui, ben oui ! Mais : non ! Rassurez-vous.Fabi89 > je transmets vos remerciements au nègre (littéraire) que je fais bosser dans ma cave tel un esclave slave. il adore le knout.hugues > merci des conseils, nous y pensions déjà voyez-vous. quant à mes appétits « carnaux »… (un carnal des carnaux ?)ohpizob > Waaah ! Un homme un vrai, enfin ! Nous sommes tous et toutes désarçonnés par une colère lorsque nous ne croyons pas la mériter, ce n′est pas une question de sexe. Je ne peux que vous souhaiter de joyeux moments torrides en compagnie de votre amie !Ralphy > si tu désirais connaître mes dates d′ovulation, tu n′avais qu′à me les demander hier sur MSN, non ?Sheepyr > Avant de vous raconter ma petite vie, je commence par la vivre, logique ! ensuite, ce que vous lisez en deux minutes me demande une bonne heure de travail pour la mise en forme – enfin, c′est selon la longueur de la note.

  10. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Je le sais, c′est juste un encouragement (hopless boy)

  11. CONTENT:
    C′est clair que les caractères sanguins c′est difficile à vivre parfois… J′ai la chance d′avoir réussi à ne plus m′énerver vraiment depuis des années, alors ça aide à calmer le jeu assez souvent (quoique des fois ça empire… J′ai connu une ex qui passait par la case « mais putain en plus tu t′énerves même pas ! T′en as rien à foutre qu′on s′engueule ! », etc, etc, etc… En même temps si les relations humaines étaient plus simples, qu′est-ce qu′on s′embêterait….

  12. madrilene dit :

    CONTENT:
    une autre solution plus rock and roll, suggérée déjà y a quelque temps par Dame Archet, la mere de Julie devient la co-locataire de Marine, oh yeahhhhhhhhhhhh ;-)ps : est ce que les hommes feignent d′ignorer, luttent ou « biaisent » avec le fait qu′ils sont soumis 24h sur 24 à des secrétion de testostérone, hormone de l′agressivité et des prédateurs ? Dans le prochain post on parlera surement de l′andropause ;-)

  13. CONTENT:
    Madrilène>Pardonne moi, mais ta dernière remarque est un peu bête… Hommes et femmes sont également soumis 24h/24 aux sécrétions de phéromones des gens que tu croises, c′est pas pour ça que tu te mets à nu pour batifoler avec chaque personne croisée… L′esprit est plus fort que la matière… En tout cas chez les gens de bon goût

  14. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Merci baron

  15. madrilene dit :

    CONTENT:
    Cher baronje me doutais bien qu′en cherchant à faire l′ange j′allais tomber sur la bete (à deux dos)! Mais ca ne se soigne pas.Ceci étant dit c′était sur le même ton « béta  » un post symé-trique au sieur Ralphy qui étudiait au terme d′une causuistique hasardeuse la psychologie féminine et son combat avec les oestrogenes et autre progesterone.Sur ce je m′en vais ovuler .Bien a vous cher Baron de la tour qui penche sans penser à mâle

  16. Anonyme dit :

    CONTENT:
    tilter sans se tirer !

  17. CONTENT:
    Pour être franc j′aurais fait le même genre de remarque au sieur Ralphy, mais la maîtresse de ces lieux s′étant déjà acquittée au préalable d′une petite boutade à son encontre, j′ai jugé une telle intervention redondante

  18. madrilene dit :

    CONTENT:
    Ceci dit en la matiere le mieux restera sans doutedes travaux pratiques,j′encourage donc vivement tous les ami(e)s du bon goût a se faire un injection de l′hormone de leur choix et d′en mesurer eux même l′effet sur leur psychisme.Ralphy c′est à vous de nous dire comment vous avez réglé à coup de seringue le pic prémenstruel et toutes les complications post-ovulatoires, les autres peuvent aussi témoigner si elles ont cassé la gueule du mec qui était dans les bouchons dans la voiture d′a coté etc… La collection de clichés sera exposée au centre d′étude hormonale du saint esprit oeucuménique…Je me souviens qu′un ami transexuel, passé de femme à homme, pendant sa période de transformation a vécu l′enfer de l′asservissemnt au désir sexuel, ne pouvant pas se défaire d′une irrépressible et continue envie de biaiser jusqu′à ce qu′on diminue son taux de testostérone !Et pour ne pas tomber dans l′éternel dichotomie esprit-âme selon moi ils sont intimement chevillés l′un et l′autres (« l′un est l′autre »), les hormones ne sont pas tout certes, mais Baron n′avez-vous donc jamais succombé à une poussé d′hormones qui vous ôtent ces facultés rationnelles si précises et vous précipite dans le coeur tourbillonaire d′impulsions et d′obsessions térrassantes, harassantes ? N′avez vous point traversé cette période adolescente voué à la masturbation effrénée contre laquelle on ne peut mais ? Enfin, pour ne pas donner completement tord à Ralphy, j′ajouterai (et pour mon cas seul) que ma libido est significativement plus forte juste avant l′évolution et mon esprit ne peut rien contre « ça ».Pour finir, je me souviens avoir lu sous la plume du philosophe Michel Serre, qu′un bon bateau est un bateau qui tangue et peut faire du « rouli » et que c′était toute la différence entre les deux systemes hormonaux féminin et masculin, ceci dit evitons l′écueil d′une bete guerre des sexes.Sur ce bon soir à tous et toutes

  19. CONTENT:
    J′ai un bon compromis avec mes pulsions : j′ai appris à les déclencher moi même, dans la situation que je désire, au moment où je le veux… Du coup, elles ressentent moins le besoin de se faire connaitre aux moments inopportuns et me demandent donc moins de travail… Quand à la période masturbatoire, frénétique, jamais, vraiment, pour la non frénétique j′ai déjà répondu au questionnaire de Solveig à ce propos sur mon blog…

  20. madrilene dit :

    CONTENT:
    Baron laissez vous un peu aller (c′est un délicieux travail) Les pulsions en liberté sont aussi des forces de propulsion !ps : Tout décider (l′heure, le moment et le mobile) ce n′est pas vraiment ce que j′appelle un compromis !

  21. CONTENT:
    Ah mais justement, relis : je ne décide pas tout … Simplement, quand je le décide, je le peux… Ce qui (si je le veux) m′aide à mieux contrôler les dites pulsions quand elles ne sont pas déclenchées par moi et que je VEUX les contrôler (ce qui n′est pas toujours le cas)… Déesse m′en préserve, je ne suis pas un robot, hu hu hu

  22. ralphy dit :

    CONTENT:
    Ayant connu une (pas très) joyeuse période sous anti-dépresseurs, j′ai pu constater une baisse spectaculaire de la libido. La conséquence : un meilleur contrôle de mes « pulsions sexuelles de mâle en ruth », ainsi qu′une prolongation du rapport sexuel, « venir » devenant plus long à… venir, voire même parfois l′anorgasmie (au bout d′une heure de va et vient, on s′en lasse un peu…)Ma copine de l′époque, cependant, au lieu de se réjouire de tant d′attention, d′écoute et de communication, craignait me déplaire, en l′absence de harcèlements sexuels permanents que tout mâle se doit de faire pour suivre le stéréotype lui étant attribué.Il va de soi qu′en l′absence de médication, je ne peux sauter sur la première venue à portée de braguette, allant jusqu′à éviter de sortir de chez moi !;-)Plus sérieusement, je confirme, j′ai _vraiment_ l′impression de penser plus au sexe du fait de ma condition d′un homme que des femmes, du fait de leur condition de femme. Mais… cet endroit n′est peut être pas le meilleur pour parler de choses barbantes, la propriétaire des lieux risquant de nous bannir jusqu′à la dernière génération ! ;-)

  23. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Moi ? Je tiens le bar ! Vous êtes juste priés de ne pas salir. Si ça dure encore un peu, je vous laisse les clés, vous fermerez en sortant.

  24. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Ce qui me console devant ces désidératas féminins c′est la seconde partie à lire sans doute aussi sympa que la première. En même temps pas de drame, dans un lit quand il y a de la place pour un y a de la place pour deux…

  25. madrilene dit :

    CONTENT:
    Barmaid tournée de Cognac pour tout le monde !! ;-)