Le bal du samedi soir
Un soir d′été. Il y avait bal dans le centre culturel d′une banlieue pourrie. Décors hâtifs, des tables et des chaises pliantes – tubes et tôles cabossées – autour d′une vague piste de danse. Sur une haute estrade noire, un jeune disc-jockey faisait ses premières armes. Elle était venue seule, s′était assurée de ne reconnaître personne. La part obscure de sa personnalité s′accomodait mal d′éventuels témoins qu′elle pourrait croiser le jour, "dans la vie".
Il commençait à se faire tard. Elle était déçue: les hommes étaient trop jeunes, trop timorés ou trop vieux et accompagnés. Enfin, peu avant minuit, elle était tombée sur le dragueur qui ne doute de rien. Beau et très con. De quoi mettre l′eau à la bouche. La bêtise est l′ingrédient obligé des dragueurs forcenés : ils peuvent se faire jeter1000 fois sans jamais douter de leur pouvoir de séduction. Dès la première danse, il avait commencé à lui peloter les fesses et, comme elle ne réagissait pas, il s′enhardit très vite jusqu′à pousser la main dans sa culotte. Ils dansaient mollement, noyés dans la foule indifférente, couple anonyme au milieu d′autres couples trop aveuglés par leur propre libido pour leur prêter attention. Qui se souciait d′un petit zonard qui triturait -mal- une fille à la jupe trop courte ?
A la fin de la série de slows, il lui proposa d′aller faire un petit tour dehors. Elle accepta sans se donner la peine de sourire. Au passage, il s′arrêta pour discuter à voix basse avec quatre types qui semblaient être ses copains. Discrète, elle attendit à quelques pas de distance. Le type revint vers elle et lui demanda si ses amis pouvaient venir aussi. Elle baissa les yeux en haussant les épaules, juste un peu, juste ce qu′il fallait pour lui donner encore plus d′assurance. Elle dit, très bas :
- Si tu veux, pourquoi pas ?
Ils étaient juste comme elle les désirait : de bons petits sauvages habillés sans goût, iconoclastes, sûrs d′eux lorsqu′ils étaient en bande ; cinq jeunes types rassurés par la façon dont une jeune femelle courbait l′échine devant eux.
Elle se retrouva sur la banquette arrière d′une vieille guimbarde puante. Le Roméo de pacotille baissait déjà son pantalon. La politesse exigeait qu′il se serve le premier. Elle le stoppa dans son élan :
-Juste une petite minute !
Ils commençaient déjà à piaffer en fronçant les sourcils (qu′est-ce elle a, la meuf ? elle croit qu′elle va nous monter le patacaisse ?). Elle retira sa culotte (ce qui les rassura) puis fouilla dans son sac et en sortit son diaphragme, bien à l′abri dans son petit étui. Conscienscieusement, elle l′enduisit de spermicide. Ensuite, sous leurs yeux enfiévrés, elle écarta les jambes et se l′introduisit dans le vagin. Ils se bousculaient pour voir. De se donner ainsi en spectacle commença à l′exciter. Elle eut la chair de poule. La tête lui tournait un peu. Elle ouvrit son chemisier, ôta son soutien-gorge et se laissa aller sur la banquette, cuisses bien ouvertes, en position.
Ils se succédèrent une première fois en elle. Juste l′acte, sans paroles inutiles : ils la couvraient, s′introduisaient, forniquaient, sans la moindre attention. Juste des animaux à la recherche de leur plaisir. Elle jouit une seule fois, parce que la situation l′excitait, comme toujours.
Ils étaient autour de la voiture, occupés à fumer et à parler entre eux, sans se soucier d′elle. Elle se redressa et l′un d′eux fit un geste :
- Eh, toi, bouge pas ! On r′prend juste un peu des forces !
Ces types ne connaissaient même pas son nom et ils s′en foutaient éperdument. Elle était la salope de service, celle qui se laissait faire sans chichis, comme dans les pornos, la bonne occase du samedi soir. Pour mieux se complaire dans son fantasme, elle se caressa devant eux. Ils riaient et se poussaient du coude en la regardant faire. Un grand basané est venu mettre son sexe dans sa bouche et elle l′a sucé jusqu′au bout. Il n′en revenait pas : "jusqu′à l′os, les mecs, elle a tout avalé, tout !"
Elle avait détesté le goût de son sperme. Un autre lui mit une gifle sans raison mais les autres lui tombèrent dessus, plutôt mauvais. Il s′excusa, revint sur elle, la retourna et la sodomisa sans la moindre préparation. Douleur terrible, qui lui fit monter les larmes aux yeux. D′un geste, elle calma les autres qui voulaient encore intervenir. D′un voix oppressée, elle dit :
- C′est bon, ça-va, par là aussi, vous pouvez… il y a du lubrifiant dans mon sac !
Ils lui démolirent l′anus. Tout se passait dans sa tête. L′un d′eux se retira de son cul pour jouir dans sa bouche. Elle l′accepta aussi, le coeur au bord des lèvres. Elle le suça pour être conforme à l′image qu′elle voulait se donner d′elle-même. Humiliée, révoltée, bafouée, et pourtant son corps prenait encore du plaisir. Définitivement perdue. Cette pensée lui redonna du coeur à l′ouvrage.
Ces petites frappes n′étaient rien, juste les accessoires de sa libido dénaturée. Leur image se diluait dans les orgasmes qui se succédaient, la secouaient. Après chaque satisfaction, elle demandait pardon à toutes les autres femmes de la terre, à toutes les femmes qui se font battre, violer, égorger, pour le simple fait de posséder un vagin, un orifice, un trou !!!
Titubante, elle s′en fut dans la nuit. Demain, la mère supérieure remarquerait sans doute le bleu sur sa joue, là où le salaud l′avait frappée. Bah ! Elle trouverait bien une histoire, une triste histoire. Mère Angèle avait un coeur d′artichaut.
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Meme aujoud′hui j′aimerais ecrire comme toi à 14 ans…Olivier
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La chute du texte m′a laissé abasourdie… c′est se qu′on appelle ménager le suspence. biz
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De Julie A Justineou JulietteVous feriez la joie d′un moribond face au pretre..Belle page sur la rédemption des femmes par de pieuses génuflexions..C′est bon… .
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Pas mal vu, belle chute, bien écrit… cela dit, la débauche ultime implique-t-elle forcément l′absence de toute tendresse ?on regretterait presque que ça se passe si mal ! mais c′est vrai aussi que les bon sentiments et la bonne littérature… :-)