Le coup de l’autobus.
Bien sûr, nous avons eu quelques aventures techniques avant d’aboutir "ici et maintenant".
Mais… je suis un peu fautive aussi. Enfin… fautive.
(Novembre. La fin d’après midi tourne au sombre. Ca sent la neige)
En compagnie d’Alice, une copine d’unif’, je presse le pas en sortant des cours.
Elle, un peu ronde, râle derrière moi :
- Julie, m… ralentis, on n’est pas aux pièces !
- Siii ! Je dois acheter la bouffe du soir - Marina finit à 19 heures, et puis passer chez ma mère pour qu’elle me conduise au garage. Notre voiture est à l’entretien ! Grouille !
- Tu pourras me reconduire avant 6 heures ?
- Mais oui !
Nous empruntons la rue Charles Magnette et traversons la place Cathédrale pour nous diriger vers le boulevard de la Sauvenière – une des artères principales du centre ville. La signalisation est au rouge pour les piétons. Je m’arrête, un peu hors d’haleine. Alice me rejoint, de plus en plus bougonne.
Elle est fumeuse et cette marche forcée la fait tousser :
- Keuuuuf keuf ! argh ! Merci feu rouge, je t’adore ! Julie, pitié !
Je souris en la contemplant, presque verte d’asphyxie. J’l'aime bien, Alice. Elle se fout éperdument que je partage ma vie avec une autre fille. Ses quelques kilos superflus lui vont bien. Elle est faite pour être ronde.
Regard en coin de sa part :
- Pourquoi tu rigoles en me regardant ? J’suis pas sportive, NON, et alors ? Tout le monde ne peut pas ressembler à Marina, hein !
- T’arrêterais déjà de fumer !
- Oui maman ! J’y penserai, j’te jure… l’année prochaine !
- Ce que j’en dis, hein ! Chacun sa merde ! Tu vis ta vie comme tu l’entends, je ne suis pas ta mère, justement ! Feu vert : on y va !
Pour les quelques (très rares) personnes qui ne connaîtraient pas ce boulevard, je décris très sommairement : deux bandes de circulation dans un sens, deux bandes de circulation dans l’autre. Au centre, encore, deux bandes réservées aux bus.
En m’engageant, je déplace un peu la bandouillère de mon portable qui me scie l’épaule :
- Je vais faire autrement ! D’abord passer chez maman, c’est plus simple. Elle nous arr…
- JULIIIIE !!
Ce cri, je m’en rappelle fort bien. Puis aussi les grands yeux d’Alice, tout écarquillés. J’ai le temps de tourner un petit peu la tête pour voir un immeeeense bus à quelques centimètres de moi. Un choc (même pas mal, hé), le décor qui valdingue dans tous les sens, une sorte de grand flash blanc… et puis rien !
Rien !!!
Je reviens à moi dans l’ambulance. Un type, très loin, très vague, me dit : "ne bougez pas !". J’obéis.
L’hôpital. Des têtes, encore des têtes. Des phrases que je ne comprends pas bien. Des gens blancs, verts, bleus, des machines, de la lumière.
Tout est flou autour de moi, EN moi ! Dormir. Je me sens fatiguée, là, tout à coup. Une emmerdeuse me crie dans les oreilles : "Ne dormez pas, ouvrez les yeux, regardez-moi ! Vous m’entendez ?"
Bien sûr que je t’entends, hé !
Plus tard.
Je sais que je ne suis pas morte. Les grosses machines l’ont dit.
Et puis, surtout, dans le corridor, il y a la voix hystérique de Marina :
- Je veux la voir. Où est-elle ? Je veux la voir !!!
- Mademoiselle, calmez-vous, elle va bien. Elle se repose en attendant d’être transférée dans une chambre…
- Où est elle ?
(à suivre)…
Haa merde, d’ou le silence radio. Rien de trop grave ?
Fiction ?
Réalité ?
Réalité fictionnelle ?
Fiction réalité ?
Sheepyr > Non, rien de trop grave, heureusement ; merci. Ce n’est pas une note mélo, je raconte juste ce qui s’est passé durant ces quelques mois.
Derufin > Rien que du vrai ! J’essaie de transcrire au mieux ce que j’ai ressenti. Que vas-tu dire quand je parlerai de mon bref séjour en chambre commune… parce que, là, la réalité dépasse la fiction !
Et bien ça commence fort !
Cette affaire me renvoie à la mienne, quand j’ai été renversée – un peu de la même façon, en regardant partout sauf vers un danger potentiel – par un scooter, qui m’a envoyé dans un coma fort sympathique. On dirait que comme moi tu t’en es sortie sans séquelles :)
j’ai ressenti la même chose à moto en renversant un vieux monsieur qui a traversé au rouge sans regarder… La valdingue, le décor qui tourne et les lumières bleues…
Comment ça me fout en rogne,… sur ce boulevard, le nombre de gens qui se prennent un bus de face,… (m’interesserait de savoir, par an, combien y en a , tiens…! )
je vais me mettre a la cigarette..,
moi j’ai pas eu le flash , j avais juste l’impression de rever… mais bon c’est moi qui m’etais renversé tout seul sur le sol. comme un grand….
Pffffffffff et ces autobus aussi qui ne regardent pas où ils vont….sont vraiment trop distraits ;-)
Et bien alors content que tu t’en sois bien sorti……
Et donc je m’accroche pour la suite ! ;o)
aarg… mes entrailles se sont tordues quand j’ai lu ca… on a faillit perdre Lajulie……. surement ne meme pas le savoir !
Terriblement heureuse que tu t’en sois sortie sans trop de degats… j’attends la suite !
Moi aussi, j’aime bien les rondes…
Remets-toi bien, Julie !
J’ai adoré ton site de la Rouquine, silencieuse lectrice.
Je continuerai à te suivre, maintenant accompagnée ; bonne idée…
ça va super vite ce genre de chose! enfin si tout va bien c’est le plus important! comme quoi alice fume mais regarde avant de traverser! lol
suis tenue en haleine. vivement la suite :-)
viens de passer un joyeux apres-midi a lire toutes aventures, heureusement que je t ai decouvert un samedi !
bravo et a bientot pour te lire.
Sympa cette histoire. Bien romancée, parce qu’on imagine très bien lês personnages. On leur donne un visage, une voix. Tu as du talent. Bravo ! Ca vaut le coup de se faire dégager par un bus juste pour nous en faire profiter.
reflexion d’une prof voyant le retour d’une eleve ayant ete victime d’un chauffeur de bus pressé :
« la plupart des gens cours apres leur bus, ils ne se mettent pas devant »