Les recettes de tante Julie

Je l’attendais, bien sûr, mais pas si tôt. La rouée, pour mieux me séduire, s’affiche en pute amoureuse sous un long manteau sage : jupette en daim bleu sur bas à couture et porte-jarretelles (tiens, je ne lui connaissais pas ces accessoires : elle m’avoue les avoir achetés hier) ; bustier lamé or garni de fine dentelles, décolleté profond. Seul bémol, ses chaussures : de simples trotteurs classiques. Comme j’attarde mon regard sur eux, elle me confie détester les talons hauts qui déforment le pied.

Ayant prévu un programme un peu spécial pour notre journée, je me montre plutôt nerveuse – ce qu’elle sent immédiatement :

- Tu n’as pas envie de me voir ?

Réflexion abracadabrante : depuis dimanche, je ne pense qu’à elle.

Sur la pointe des pieds, un peu, je l’embrasse.

Y a t-il meilleure réponse ?

Monsieur P**, mon voisin, choisit cet instant pour passer, tout sourire. Maintenant il ne s’étonne plus de rien, le pauvre. Juste un :

- Bonjour mademoiselle Julie, ça va ?

- Très bien, m’sieur René, et vous ?

Noter dans mon grand calepin : arrêter les effusions sur le pas de la porte.

L’immeuble jase à gros chuchotis fielleux.

Marina me suit dans le salon, m’attire dans le divan, se laisse peloter avec une bonne volonté évidente. Ses seins lourds, libres sous le bustier, m’affolent, elle ne le sait que trop. J’hésite pourtant à la dénuder, la trouvant attirante en diable dans ces vêtements outranciers. Elle, en revanche, n’hésite pas une seconde. À la façon directe des hommes, sa main s’approprie mon sexe, le caresse, s’introduit, me chahute.

Elle se couche sur le dos, m’attire sur son visage, me renifle bruyamment au travers du tissu, l’écarte, m’aime. Et la tendresse ? merde !

…Un bon moment plus tard.

Moi, sachant où je voulais en venir : tu manges avec moi ?

Elle, innocente et enthousiaste : ouiii !

- J’ai prévu une ratatouille niçoise…

- Pourquoi pas faire venir quelque chose ?

- Non non ! Touille, touille et ratatouille ! J’ai dit !

Elle hausse les épaules :

- Bon, si tu veux !

- (câline) tu n’aimes pas partager les petites choses avec moi ?

- (m’attire sur elle) j’aime mieux les choses chaudes !

- (me refusant) maaaais… la cuisine peut être source de bien des surprises ! Tu ne connais pas mes fameuses recettes spéciales ?

- (sourcil en accent circonflexe, petit sourire hésitant) N…non !

- (triomphante) AAAH !!! Pour commencer, il faut une Marina de bonne volonté, belle et gorgée de jus à souhait ! Je n’en veux qu’une docile, prête à toutes les folies !

- (oeil allumé) J’en ai justement une !

- (risque tout) Il la faut tendrement liée sur une table adéquate… cette jolie table basse, par exemple…

- (rieuse-nerveuse) mais… quel rapport avec…

- sur la jolie table basse !!!

 

J’avais tout bien apprêté à l’avance. Sans résistance, elle s’est laissée déshabiller, étendre, lier poignets et chevilles. Je la contemple longuement, troublée. L’excitation de la voir à ma merci, sans défense, offerte, écartelée sans être vraiment obscène.

Pas encore.

Elle me fixe. Son regard a changé : de mutin, il est devenu neutre, soumis avec une pointe d’attente anxieuse. Elle déglutit.

Je me penche, l’embrasse :

- Tu es à moi ?

- Oui !

- Dis-le !

- Je suis à toi !

Je jubile intérieurement :

- Alors, pour la seconde partie de la recette, prenez deux belles courgettes, pas trop grosses ni trop petites, et de l’huile d’olive vierge première pression à froid !

Elle me voit venir, sourit :

- Oh, comme tu sais bien choisir, ma Julie !

- Et une superbe aubergine : longue, à l’extrémité bien ronde, épaisse et un peu courbée !

Ses yeux s’arrondissent au vu de la taille :

- heuuu ! C’est un sacré morceau ! J’ai des doutes !

- Tutuut ! Donnez-moi une aubergine et je soulèverai des fesses ! Faisons mariner les cucurbitacées en la Marina !

Je fais couler l’huile en abondance et procède :

- Petit raffinement : vous aurez fait tiédir légumes et huile d’olive sur votre radiateur un certain temps, de façon qu’ils soient agréablement tièdes.

Le ventre de ma belle italienne ne tarde guère à se liquéfier. L’heure n’est plus aux minauderies. Une courgette suit l’autre, par ordre croissant de taille. Ma bouche la butine un peu partout ; ma main libre la palpe, la pétrit, l’agresse, s’insinue par l’arrière. La voilà toute chose, ma chose, à se tortiller, se mordiller les lèvres, de soupirs en feulements. Par intermittence, son bassin se soulève, s’offre au va et vient.

Un majeur bien au chaud dans son entre fesse.

Lorsque je la sens bien démontée, j’interromps tout pour amener dame aubergine que j’oins d’abondance. Quoique massif, ce gode naturel n’est pas impossible. En quelques patientes minutes, je le prouve à mon amante. Par un charmant mimétisme, sa bouche se plisse en un "O" du plus bel effet. Je manie, d’abord avec délicatesse, puis de plus en plus franchement.

Jusqu’à sa jouissance.

 

Elle fait quelques exercices d’assouplissements, viens m’embrasser, hésite, rougit :

- Tu sais… tu aurais pu… aller beaucoup plus loin…

Je la fixe intensément, sérieuse :

- C’est bien mon intention mais le plaisir tient aussi dans la gradation.

Elle enfouit sa tête dans mon cou. Nos longs cheveux s’emmêlent. J’aime ses petits tressaillement nerveux .

Elle s’exclame :

- Julie ! Tu ne laves pas les légumes ?

- Et puis quoi encore ! Riz ou pâtes avec ça ?

10 réactions à “ Les recettes de tante Julie”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Délicieux moment… la gastronomie sans lourdeur, un régal ! L′Ho.

  2. Anonyme dit :

    CONTENT:
    et quelle gastronomie, j′en salive deja

  3. Hell dit :

    CONTENT:
    saliver n′est pas le verbe…d′ailleurs aucun ne convient n′est ce pas? pourquoi s′alourdir de mots…je m′incline devant l′ephemere et devant la magie de ce moment inexprimable. Pauvre sotte tu es une fée

  4. Anonyme dit :

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    Woaaa un salade épicurienne à souhait ! J′amène le vin la prochaine fois ?

  5. Raoul dit :

    CONTENT:
    Rien à dire, c′est de la belle ouvrage ! On regrette que ce soit déjà fini, mais comme chacun sait les meilleures choses… :-D

  6. Ralphy dit :

    CONTENT:
    Tu as pris un gros risque, ′selle Juliette : l′aubergine et m′huile d′olive risquent de te coller à la peau longtemps ! ;-)

  7. CONTENT:
    J′aime quand un blog respire l′eudémonisme… Dommage que je n′aime pas les aubergines

  8. [...] Terminés les cris de tarzanes lorsque nous jouissons ! Terminées, les courses poursuites dans la maison, entièrement nues et les grosses partouzes (on n’en a jamais fait, d’accord, mais on pourrait) !Et puis encore : vous me voyez ligoter Marina sur la table du salon pendant que la petite fait ses devoirs dans sa chambre ?Non, bien sûr !Notre plaisir, désormais, doit s’accommoder de l’ombre et du silence. [...]

  9. Canicule dit :

    [...] Deux heures du mat’ et la chaleur reste écrasante.Sur notre fameuse table de salon, Dominique.Liée, offerte, consentante, elle semble ne jamais devoir débander.  Marina la chevauche avec une rage peu commune, dégoulinante de sueur.Magnifique.Ses yeux restent rivés aux miens tandis qu’elle chemine vers sa jouissance, visage fermé, presque dur.Elle crache son orgasme en un cri guttural, bref, rauque, venu du fond de son ventre empli par la majestueuse et infatigable queue de notre transgouine préférée.  [...]

  10. [...] accepté ma relation avec Marina, sachant très bien ce qu’il en était quant à la nature de nos sentiments.Mon oeil acéré repère quelques pots de crème vanille mis à [...]