Linda

 

Course affolée dans les ruelles sombres. Les odeurs pestilentielles, les détritus. Les tags font vivre les murs : un pirate immense à la peau verte surgit des briques pour lui hurler : "ici, c’est le royaume de Tuck le cannibale !"

Les lettres multicolores s’animent, leur coeur bat en relief sur son passage :

FAIS TA PRIÈRE, ÉTRANGÈRE !

Les yeux brûlants de Freddy, les rasoirs de ses doigts. Partout les rires sinistres, dans les murs, sous les pavés, dans les poubelles…

Les rats tournent, excités, entre les pas de sa course désordonnée : – îîîk – îîîk – ils sont là, petite -îîîk – ils vont jouer avec ton joli petit corps de biche – îîîk – puis ils te tailleront en quartiers – îîîk – tu seras notre festin à la fin de la nuit – îîîk !

D’un coup, ils sont devant elle : trois jeunes fauves maigres qui lui barrent la route !

Demi-tour !

Deux autres étaient déjà derrière elle !

L’un d’eux, le plus grand, grand, grand, lui sourit. Il a les yeux de Satan :

- "Alors, petite soeur ! On est venu distraire Tuck et ses amis ?"

Ils rient en tournant autour d’elle, s’apprêtant à la violence facile.

Elle était pourtant si bien chez elle, avec tous ces domestiques en blanc qui la servaient !

C’est bien la faute à ce nouveau si elle est là. Il est entré dans sa chambre en tenant son gros sexe entre ses mains, grimaçant, laid, violent. Après, elle ne sait plus.

Et maintenant eux, dans ce décor inconnu et sordide.

Près d’elle, enfin, la voix amie, tant espérée : "N’aie pas peur, Linda, je vais m’occuper de ces sales gosses ; va te cacher !"

Wanda la guerrière, son amie, toujours près d’elle pour la protéger. Elle a eu tort d’avoir peur.

A la "une" de la presse, ce jeudi :

"CARNAGE DANS LA BANLIEUE SUD DE LA VILLE !

Dans des circonstances encore inexpliquées, Linda P., une malade mentale extrêmement dangereuse, s’est échappée de l’asile, où elle est internée à vie. Après avoir tué l’infirmier de nuit responsable du quartier "haute sécurité" où elle se trouvait, elle se serait directement dirigée vers la down-town. Sa cavale ne dura que quelques heures mais cela lui suffit pour s’attaquer à des adolescents, qu’elle attira vraisemblablement en usant de ses charmes, dans une des ruelles obscures de ce quartier défavorisé. En effet, Linda P. est d’une grande beauté. Dès lors, comment ces malheureux gamins auraient-ils pu résister à l’appel lascif de cette créature à l’aspect si fragile, aux immenses yeux bleus ?

Et comment auraient-ils pu savoir qu’elle est dotée d’une force herculéenne ?

Les enquêteurs sur place, blêmes, ont déclaré n’avoir jamais vu pareille boucherie !"

Dans sa cellule, Linda pleure, mécaniquement. La camisole de force, trop serrée, l’empêche de respirer.

Annette W., médecin psychiatre, chef du département des aliénés dangereux, referme le judas et se tourne vers ses collaborateurs :

- "Personne ne doit savoir que ce con d’infirmier voulait la violer ; faites-en une victime du devoir ; si notre moralité est en cause, nos subsides pour la recherche risquent de sauter !"

Puis avec un sourire étonnamment cruel, très bas, en regardant la porte blindée derrière laquelle se trouve Linda -"Ne t’en fais pas, ma chérie, je veille sur toi !"

Le haut-parleur crachote :

"Le docteur Annette Wanda est demandé à l’accueil !"

Une réaction à “ Linda”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Merci… tes mots portent! et touchent!!!Continue à nous destabiliser de tes « nouvelles »…