Mais urbaine je reste
« ouvre tes mains j′y noierai mon front je voguerai sur le velours de ta vie »
Non c′est pas de moi, non. Et heureusement, parce que c′est pas terrible-terrible, je vous l′accorde.
Mais de l′âge où j′appris à lire, jusqu′à l′âge où j′eus la curiosité d′ouvrir un vrai livre de prose, cette phrase fut pour moi la plus poétique au monde. Elle ornait, en grandes lettres violettes, cinq mètres d′un mur de mon quartier devant lequel je passais chaque jour pour la bonne raison qu′il était sur le chemin de mon école.
A l′aller, je tenais mon papa d′une main, des deux pieds je sautais dans les feuilles mortes (du moins en automne), et puis je parlais des palpitants évènements communs à la vie quotidienne de tous les gosses. Mais quand j′arrivais à ce mur, plus un mot; je levais le regard, et ma petite voix intérieure récitait les mots en même temps que mes yeux les lisaient. Je me concentrais sûrement plus que pendant n′importe quel cours de ma maîtresse d′alors. Arrivée à la fin de la phrase, qui à l′époque me paraissait longue, siii longue, un éclair de fierté doublé de satisfaction traversait mon petit esprit: « Youp′la! J′la connais par coeur. » Et jamais je ne manquais ma petite récitation, quelque soit l′heure où je passais devant le mur. Et l′inscription y est restée des années, et des années, et des années.
Je crois que c′est à cette époque que j′ai perçu pour la première fois ce qu′il pouvait y avoir de beau et de pétillant dans la Ville. J′étais intiment liée à un graffiti sur un mur urbain. Urbaine j′étais.
Il y a quelques mois, je déambulais, et soudain j′ai repensé à cette phrase, sur ce mur. J′ai fait un effort pour me rappeler des mots et de leur ordre. Je suis mentalement arrivée au bout de la phrase en si peu de temps que j′étais toute dépitée. C′était si court, si simple. J′ai alors décidé de me détourner de mon itinéraire de quelques patés de maison de façon à passer devant le mur. Pour faire un clin d′oeil à la petite fille que je fus.
Rien.
Plus de phrase.
Le mur avait été repeint quelques jours auparavant.
Je crois que c′est il y a quelques mois que j′ai vu pour la première fois que la beauté et le pétillant de la Ville sont tristement éphémères.
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