Maussade marâtre !

Ma victime favorite, c’est ma (belle)-mère !

Sa victime favorite, c’est moi !!

Elle me pourrit la vie et je pourrit la sienne.  Echange de bons sentiments oblige.

Comme ce matin, par exemple, tiens, lorsqu’elle vient nous réveiller.  Elle entre dans la chambre, hurle, secoue, gesticule, insiste, resort.  Fière, sans doute, de nous avoir foutu de mauvaise humeur pour la hournée.

Je me lève et vais claquer la porte derrière elle, avec fracas.

Non mais !

Je m′habille, mini-pouce (c’est ma petite soeur) aussi. 

Ensuite, nous attendons de l’entendre monter les escaliers qui mènent vers son antre (sa chambre ou, comme elle le dit si bien : "ses appartements" => bieeen ouvrîîîr la boûûûche pour le prononcé svp.), pour montrer le bout notre museau.

Personne à gauche, personne à droite ?

Lets go pour le chassé croisé !

Quand elle est dans sa chambre, nous sommes dans le salon ; quand elle revient dans le salon, nous évacuons vers notre chambre etc. Fin de matinée, je décide, pour faire mes petits devoirs, de m′installer dans la mezzanine.  

De là, donc, je peux : converser avec les anges (ça change de la cave où je me tiens habituellement quand je suis chez mon père), respirer les effluves en provenance de la cuisine (sans p’tit dej’ dans l′estomac c′est une torture raffinée), et … écouter mon adorable "belle-mère".

Et voilà ce que j’entends :

(Mon père entre dans la cuisine.  Elle, d′une voix innocente)

- Tu as vu les filles, ce matin ?  Non, parce que moi…

- Ben oui, pourquoi ? Elles ne sont pas venues te dire bonjour ?

- Peuh !  Je l’attends toujours ! 

En fond sonore, le bruit des casseroles qui s’entrechoquent violemment, preuve de son énervement croissant.

Mon père, preux chevalier toujours aux ordres, va voir mini-pouce qui est retournée dans la chambre et l′envoie "illico subito presto" présenter ses bons voeux matinaux (enfin, vu l′heure, "matinaux" c′est vite dit).  Toute penaude, ma pauvre soeur :

- heu… Bonjour !

Le dragon explose (je suis sûre qu′un volcan fait moins de bruit):

- C′est maintenant que tu viens dire bonjour ? Alors que moi je me tue à préparer ton repas d′anniversaire ! Ce n′est même pas pour moi (!!!) Non mais franchement ! Et en plus tu ne demandes même pas s′il faut aider ni rien !!"
Mini-pouce, blasée, se retire, non sans entendre une dernière pique: "Comme ça tu sera contente de l′accueil !"

Fin du premier round.

Mon père comprend (comme quoi il est capable de compréhension) que sa dame est de fort méchante humeur. Plus chevalier servant que jamais, il décide de pourfendre la "malbête" (c′est à dire moi) afin que justice et hommages soient rendus à sa noble et tendre dame ("noble et tendre" c′est juste pour le lyrisme).

Je l’entends venir.

Houla, ça va barder pour mon matricule ! Je fais semblant de me concentrer sur mon espagnol.
Il prend, lui aussi, un air innocent pour me demander :

- Tu a dit bonjour à ***, ce matin ?

Difficile de ne pas dire non. Il continue, sa voix monte dangereusement dans les aiguës :

- Alors, qu′est-ce que tu attends ? Pose ça tout de suite et vas lui dire bonjour !

Dans la lancée, il se met à crier :

Non mais, c′est incroyable !! A ce stade ce n′est plus de la simple politesse mais de l′é-du-ca-tion !!  Alors, tu y vas immédiatement, lui dire bonjour !!  Alleeez !

 
J′y vais, mais alors très très très lentement, me demandant, à chaque pas, ce que je risque (elle n′a, bien sûr, rien perdu de l′engueulade paternelle). Et bien, là,  vous me croirez ou pas mais elle m’a sciée, la garce.  Jamais vu autant de mauvaise foi.  J’arrive dans la cuisine :

- Bonjour"

Elle lit je sais pas trop quoi, lève la tête, me fait un sourire grand comme une demi-lune et ouvre grand les bras pour m’accueillir dans le plus pur style "cage aux folles" :

- Bonjouuurr !! Bien dormi ?

Même un aveugle verrait qu′elle se fout de moi comme pas permis.

J′ai dit oui, me suis mordue la lèvre jusqu′au sang pour pas lui coller un coup de tête et suis repartie à mon espagnol.

J’en ai encore des douleurs au ventre.

Une réaction à “ Maussade marâtre !”

  1. Anonyme dit :

    J′y crois, pour l′avoir vecu, mais qu′est ce que je rigole a chaque fois en te lisant, du talent, si si, du talent; Suce un bonbec pour te remettre de tes emotions, cadeau