Métro …

Comment suis-je morte ? Je ne m’en rappelle pas…

Enfin, si, mais j’ai assisté à tellement de choses et j’ai vu tant d’autres mourir que tout se confond dans mon esprit.

Tout se télescope ; ces drames qui n’ont rien avoir avec moi, je me les approprie en rejetant ma propre histoire.

C’est difficile, si vous saviez !  Depuis le temps que je suis là, je m’y perd un peu. Les bagarres de voyous, le reflet d’une lame, de la pièce qui tombe dans une main tendue, suppliante.

Les portes automatiques s’ouvrent et se ferment dans une chuintement ; le léger à coup au départ et à l’arrivée.

« Vous êtes au terminus, tout les passagers sont priés de descendre ».

Les bousculades, le petit bruit de la poinçonneuse, la musique d’annonce, les carreaux blanc-sale des couloirs. Les toilettes mal nettoyées, occupées par les petits dealers ou les clochards.

Des cartons, une forme couchée en dessous.

 

Et puis les quais, envoûtants et effrayants à la fois. Ce gouffre béant qui s’ouvre - fissure nette séparant les gens du quai gauche de celui de droite, garni de rails, promesse d’un moyen de locomotion rapide pour aller d’un bout à l’autre de la capitale.

On se penche un peu pour voir la rame arriver. Deux lumières brillantes déchirent l’obscurité du tunnel,

la locomotive ! 

Elle arrive, tractant des wagons aux banquettes défoncées, aux fauteuils en plastique constellés de vieux chewing-gums mâchouillés .

Les portes s’ouvrent, on se presse vite, vite ! Monter coûte que coûte ! 

Moi aussi je voulais monter vite-vite ! Je ne me rappelle plus de cette fameuse raison qui me poussait à être la première.

L’esprit de compétition sûrement.

Penchée, j’entends le sifflement habituel.

Les phares, suivis par la masse sombre de la locomotive, se profilent à l’entrée du tunnel.

La foule qui s’avance, se presse, se compresse.  Peur de ne pas avoir sa place, de devoir attendre le prochain métro.

 

Un mouvement de cette foule et le gouffre, devant moi, devient ma roche Tarpéienne, mon saut de l’ange.

Ceux qui ont vu la mort et qui en sont revenus disent avoir vu un long tunnel puis une lumière au bout. Pour ma part, j’ai d’abord rencontré la lumière.

Celle des phares !  Et puis mes os ont fait connaissance avec les roues d’acier tandis que la voie absorbait le sang du sacrifice.

Mon sang ! Le sacrifice de la communauté pour arriver à l’heure, pour ne pas attendre.

Oui, j’en ai vu des drames ! Les descentes de police, les virus passant d’un individu à un autre,  les overdoses, les cris de clochards avinés,. Eux, comme moi, sacrifiés à la société.

Je cherche toujours la sortie, j’attend ma rame. Celle qui me sortira des entrailles de la ville…

 

Mais… excusez-moi, n’est-ce pas votre rame qui arrive là ?

2 réactions à “ Métro …”

  1. Anonyme dit :

    Ca me plaît encore et toujours ! Absolument délicieux. N′oublie pas de stocker ces perles dans un tiroir de ton Word ! J′t′adore ! Ju