Miel aux fesses et moutarde au nez !
Pour faire un "sucré-salé impérial", c’est très simple. Tout d’abord, vous prenez un bon miel frais, liquide, que vous faites tiédir à feu très doux dans un petit poêlon. Cinq centilitres suffisent.
Ensuite, vous prenez une Marina en amour que vous couchez sur la table, offerte. Vous tripotez travaillez au corps jusqu’à écoulement d’un petit jus d’amour goûteux. Il vous suffit alors de verser le miel clarifié sur son bas ventre (de préférence soigneusement épilé).
C’est prêt, bon appétit !

Je suis donc en train de déguster mon plat favori – qui soupire de plus en plus fort, lorsqu’on sonne à notre porte. Il n’est pas loin de minuit et dehors il pleut comme vache qui pisse pleure. En toute logique, il ne peut donc s’agir d’un courageux représentant de commerce ni du curé venu nous exorciser pour nos turpitudes.
Les témoins de Jéhovah ? Feraient-ils les trois poses, ceux-là, maintenant ?
Je risque un regard par la fenêtre. Dans la cour, un taxi attend.
À Marina :
- Tu as demandé un taxi ? Tu veux me quitter ?
Trop brutalement redescendue sur terre, insatisfaite, elle bougonne :
- Et j’attendrais de goûter au paradis pour partir ? Merde ! Je suis toute collante maintenant ! Pour rien !!
- On pourrait faire comme si on n’était pas là ?
- Julie !!! C’est peut-être quelque chose de grave. Passe un peignoir et va aux renseignements pendant que je me débarbouille en vitesse. Sois quand même prudente !
Pas vraiment de bonne humeur, je me dirige vers l’entrée :
- Qu’est-ce que c’est ?
De l’autre côté du battant, une voix connue me répond :
- Tante Julie, c’est moi, Aurélie !
Qué qu’elle fout là, celle là ?
Aurélie n’est pas ma nièce mais ma jeune cousine, la fille de ma marraine – 13 ans (Aurélie, pas ma marraine, hé !), chieuse comme pas permis… enfin… comme on peut l’être à 13 ans quoi !
- Aurélie ? Mais… qu’est-ce que…
- Tante Julie, tu veux bien ouvrir, je suis trempée et j’ai froid !
Ouvrir ? Ah oui, bien sûr, ouvrir. Je.
Elle me lance un regard pitoyable, trempée, les larmes aux yeux. Je me fais bourrue pour cacher mon serrement de coeur :
- Ben entre, quoi ! T’attends qu’il cesse de pleuvoir ? Tu veux profiter de l’averse jusqu’à la dernière goutte ?
- Tu… tu pourrais payer le taxi ?
- Payer le… tu viens d’où ? De Bruxelles, de Paris, Bangkok, le Caire, Tel Aviv, Pékin ?
- De Liège-centre !
- Ah ouais ! C’est raisonnable. Monte te réchauffer pendant que je négocie une ristourne avec le chauffeur en lui montrant mes fesses ! Et ne vas pas dans la salle de bain, TANTE Marina (basse vengeance, je sais) prend son bain !
Lorsque je remonte, ma chérie a déjà pris la chose en main, l’obligeant à se déshabiller, se sécher et passer un pyjama sec.
J’attaque bille en tête :
- Tu peux m’expliquer ce que tu fais dehors, à minuit, par ce temps de cochon ?
- Je suis en fugue !
(Vlan, deux tonnes sur le coin de la tronche)
- En fu… gue ! C’est vrai qu’en posant des questions idiotes, j’ai…
Elle, comme une mitraillette :
- Non ! Je suis vraiment en fugue, depuis trois jours ! J’avais plus de sous, plus d’endroit où dormir et une bande de louch’mecs me tournait autour, je savais plus quoi faire, j’avais peur…
- Stoooop ! Et pourquoi cette fugue ?
- À cause de mon père ! J’peux plus le supporter, il est sur mon dos toute la journée à me gu… dessus parce que je vais louper mon année scolaire ! (Elle monte dans les aiguës) si tu lui téléphones, je fiche le camp tout de suite, je veux plus le voir !
- D’accord, d’aaaaccord ! Tu as faim ? On va déjà te faire un lait chaud avec du miel, c’est boooon, le miel (scrogneugneu)
- Et du nesquik dedans ?
- Si tu veux ! Puis au lit. On avisera demain matin.
Elle s’est endormie en quelques minutes.
Je referme la porte de la chambre d’amis. Un étrange sentiment de culpabilité me tenaille sans que je sache pourquoi. Marina me tend le téléphone :
- Préviens au moins ta mère, elle arrangera les choses au mieux.
- Tu as raison ! Elle connaît ma marraine mieux que personne vu que c’est sa soeur.
Je vous passe les grands cris, les larmes de soulagement et l’interminable discussion.
Paix aux âmes de bonne volonté !Vive la famille !Mort au ados !
Je ne sais plus qui disait "Les adolescents sont la punition divine pour avoir croqué le fruit défendu une quinzaine d’années auparavant"…
ouf, la gamine a eu le bon reflexe.
Moi qui espérais venir me rincer l’oeil, me voici tout trempé ! ;-)
La photo est superbe ! C’est du fait maison ?
Le texte est bien aussi, évidemment dirais-je…