Mise au point avec Claude
Le Glaude (il ne supporte pas quand je l′appelle ainsi) avait donc reçu deux bons seaux de flotte sur sa jolie tête de vieux dragueur. Après avoir réparé les dégâts, il est entré et nous avons mis les choses au point. La discussion dura … un certain temps, et même un temps certain ; je n′en relate qu′une partie. (Ne riez pas, je prenais quelques notes pendant qu′il "penaudait", assis dans le fauteuil en face de moi. Il faudra que je pense à m′acheter un enregistreur de poche pour me souvenir de mes conversations avec plus d′exactitude.)
Ses vêtements sèchent devant le grand radiateur tandis que lui, pas trop à l′aise, installé dans un fauteuil, me fait face, vêtu d′une simple serviette de bain provenant de mes armoires. J′aurais pu lui prêter un peignoir de bain, c′est vrai - j′en ai un tout beau provenant d′un grand hôtel irlandais (patrie des roux, je m′y sens un peu chez moi) mais je n′avais tout simplement pas envie. D′abord, je l′avoue bien volontiers, par voyeurisme vu qu′il est vraiment trognon, puis aussi par rancune. Il ne voudrait pas, aussi, que je lui achète des charentaises et une brosse à dent, le monsieur, non ?
Pas un mot, je le fixe, lève un peu la tête en signe d′attente, sourcils en arrondi, candide comme le serait un vieux cabot de la comédie française attendant sa réplique. Il soupire, se passe la main dans les cheveux, tente un sourire que je ne lui rends pas ; ce n′est pourtant pas l′envie qui me manque. Lorsque je me montre un peu vive, j′ai toujours une tendance à regretter après, c′est plus fort que moi.
Il se lance :
- C′est vrai que je vis avec Roxane. Plus exactement, je devrais dire : j′ai vécu…enfin… compliqué…elle dort encore chez moi, par intermittence, mais elle va partir. Elle a quelqu′un d′autre. Personne ne sait que notre couple est fini et…
Je l′interromps :
- Alors, reviens me voir lorsque tu seras tout à fait libre. Je ne suis pas du style "gentille petite maîtresse qui attend durant des années que monsieur se décide", comme dans les films. D′ailleurs, je n′ai pas envie de vivre avec toi.
- Ca me conviendrait assez, chacun chez soi…
- Je ne sais pas si nous avons un avenir, je ne crois pas ; je n′aime pas les menteurs.
- J′aurais dû me douter que Michael te raconterait. Je me suis fourvoyé en lui parlant ainsi.
- Il est mon ami depuis des années. Il a agi comme tel. J′aurais fait la même chose pour lui
- Tu vois, j′aurais préféré, pour Roxane, que ça soit vraiment du passé, que je puisse t′en parler comme d′une relation terminée et pas ainsi, alors qu′elle a toujours des affaires chez moi, qu′elle va, qu′elle vient. Je voulais quelque chose de net, de bien séparé…
Je hoche la tête, agacée :
- Peur qu′elle me voie peut-être, qu′elle me parle des partouzes, des clubs et autres petits "bonheurs" ? Note bien que je ne juge pas, loin de là, mais c′est trop facile d′user un couple jusqu′à la trame puis de chercher à en refaire un autre comme si de rien n′était…
- Non, tu te trompes. Je ne renie pas ce que j′ai fait, ce que nous avons fait, parce que nous étions deux à aimer partouzer. Je l′ai quand même rencontrée dans une de ces soirées, elle y participait avant de me connaître. Il y a tant de gens qui le font et s′en cachent, pas nous. Ce n′est pas à cause de cela que nous nous séparons, c′est juste… l′usure, le temps, une certaine indifférence l′un envers l′autre. Nous restons bons amis, elle et moi… écoute, si tu veux, je te la présenterai, vous discuterez. Je lui ai déjà parlé de toi.
- Mais en quels termes, ça je ne le saurai jamais ! Suis-je la jeune petite conne que tu vas déposer dans ton lit, dans l′empreinte encore tiède de son corps ? c′est ainsi que tu lui as parlé de moi ? Ou juste quelques mots pressés entre deux portes : "hé, à propos ! J′ai une nouvelle maîtresse, toute jeune, la bonne chaudasse du mois !"
Il semble sincèrement choqué :
- Mais non ! non, non et non ! Je ne suis pas un cynique ! Je ne l′ai jamais été !
- cynique ? ha ! (je voudrais ricaner mais pas moyen) Tu ne dirais que la vérité, après tout. C′est vrai que j′aime les hommes, c′est vrai que j′aime faire l′amour, j′aime baiser ! J′adore et je ne m′en cache pas, et je ne suis pas spécialement jalouse non plus ! J′ai juste horreur qu′on me mente, point ! C′est ça qui m′a blessée.
- Je ne crois pas t′avoir menti. malhabile, oui, pire qu′un collégien… Je t′en prie, allons voir Roxane, parle-lui ; je t′emmène si tu veux, tout de suite, enfin… quand mes vêtements seront un peu plus secs.
Je me rencogne dans mon fauteuil, muette. J′ai envie de le croire, j′en ai envie comme pas permis, parce qu′il me plaît et parce que ses mains, ses yeux, son corps, sa voix, sa chaleur, sa façon. Au fond de moi, je sais que je suis déjà vaincue, trahie par mes petits atomes en folie. Je sais que, déjà, mes yeux brillent trop. La convoitise de lui ! Ne pas le regarder. J′aurais dû lui donner le peignoir de bain et non cette serviette qui met son physique en valeur. Il profite de mon silence pour s′approcher. Sa main se pose sur ma cuisse. Je proteste :
- Hé, sale mec ! Bouge tes pattes !
Il sourit :
- sale petite chieuse !
Peut pas vous dire quand ni comment nous nous sommes retrouvés sur le (faux) tapis persan, enlacés. Dieu que c′est bon.
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