Mon premier soupir de fruit (trop) vert

Nous quittons le manège pour nous rendre au bar du cercle.
Personne en vue.
Marina m’enlace et me file un patin. Mais alors : THE patin !
L’explorateur turbo à labiales folichonneuse, quoi !

oh, ce baiser passionné !

Patin-paluche aussi : sa main pétrit mes fesses pendant que sa langue caresse ma luette.
Après 4 minutes 76 secondes, au bord de l’asphyxie, je me débats pour survivre.
Reprends mon souffle :

- Waw ! Mais qué qu’el’m’fait là, ma sublîme ? Une fièvre fornicateuse ?

Elle, se drapant dans une dignité plus qu’incertaine vu la situation :

- Ben… quoi ? J’ai plus le droit ? C’est juste que je t’aime, si tu le savais pas encore !
- Aaah m
aaais ! Rev’nez z’y donc voir ma belle dame ; c’est que j’suis point contre, moi, faut pas croire, hola, hé, hein !
-
Et puis, pour une fois que c’est moi qui…
- Ouéééé ! C’est juste que tu m’as surprise. Une telle fougue, sans préavis, hein ! Viens par là, nous serons plus tranquille. Puisque t’en veux, j’m’en vas t’en donner, moué !

 

Je l’entraîne dans le mini verger, bordé de hauts épineux très denses, jouxtant les cuisines. Son oeil s’allume :

- F’rait pas un peu frisquet pour une totale dans la nature ?
-
Ah mais ! Cet endroit jouit d’un micro-climat équatorial ! Si tu savais ce que ces pommiers et ces poiriers ont vu défiler comme amants – aussi furtifs et illégitimes que bouillants-bouillavants-bavants-éructants, certains soirs de fêtes !
- Et… ces pommiers, ils ont vu… une jeune Julie en folie aussi ?
- Je n’ai pas envie d’attiser ta jalousie – quoique, je sais, tu affirmes haut et fort n’être point jalouse, bien entendu !
- Oh, le coup bas ! Tant que tes maîtresses ne surgissent pas de l’ombre pour te serrer contre elles, ça va ! Après tout, j’ai eu ma part d’expériences aussi, avant toi. Ça serait ridicule d’être… enfin bref ! Alors, ce verger, que pourrait-il me raconter ?
- Une délicieuse première expérience ?
- Mi fai friggere a piccoli fuochi ? Basta, il mio amore ! Dite tutto !

J’incline ma tête contre la sienne et me laisse envahir par les souvenirs

* * *

Juillet.
Il faisait chaud cet été-là.
Très très chaud.
Je finissais ma première année de lycée –
donc je n’étais plus une petite fille !
C’est du moins ce que je me répétais chaque jour lorsque je regardais Arnaud, 18 ans, une gueule d’ange avec des yeux d’aventurier, le torse avantageusement musclé (pas trop), bronzé. Le cul… un de ces p’tits culs qui bougeait si bien dans le feu de la salsa (chantée par Lavillier).

Je l’aimais, mais je l’aimais, ce mec !
Avec le recul, je me dis maintenant que mes glandes me berluraient dans les grandes largeurs : je le désirais, surtout !

Quand t’as 13 ans, t’es sûre de rien mais tu ne doutes de rien non plus.
Le privilège de cet âge où garçons et filles se retrouvent sur un pied d’égalité : ils rient comme diabolo (rappelez-vous : satanas et diabolo, le dessin animé) tandis qu’elles gloussent à tout va sur fond d’acné juvénile.

C’était juillet, donc, et nous participions à un camp équestre.
Quinze jours sans les parents, livrés (ées) à nous-mêmes ou presque. J’aurais pu rentrer chez moi tous les jours mais je trouvais bien plus marrant de dormir, avec six autres filles insipides, sur un mauvais lit de camp, au premier étage du cercle.

Arnaud, lui, avait planté sa tente – une belle tente canadienne, orange et bleue – dans le fameux verger aux amoureux.
Il débutait dans l’art équestre – c’est à dire qu’il tentait désespérément de ne pas abîmer ses attributs familiaux en apprenant le trot assis, alors que j’évoluais déjà dans les "confirmées" depuis un très long moment.

* * *

Marina me regarde en coin, goguenarde :

- Hé, je le sais, que tu es excellente cavalière, pas besoin de me le redire !
-
Je ne dis pas cela pour me faire reluire l’ego mais bien parce que cela a une importance certaine dans l’histoire, femme !! Et si tu m’interromps encore, je te mets sur le dos de braveheart, sans selle et sans rênes, pour une demi-heure de trot enlevé !
- ho,
sadique !
-
C’est ainsi que j’ai appris, moi ! Donc, Arnaud avait des problèmes d’assiette : un vrai (beau) p’tit bouchon pris dans la tourmente d’un hipposhaker. J’avais la technique, il avait la beauté que je convoitais ; j’étais chatouilleuse… et il chatouillait avec un grand talent !
-
Qu’est-ce que ça veut dire, ça ?
-
Il aimait m’escagasser ! Tu vois, j
e n’étais qu’un fil de fer surmonté de cette tignasse… que tu aimes tant,
et pourtant, il me tournait autour. Il ne faisait cela qu’avec moi.
Je te dis pas ma fierté : ce "bogoss" de 18 balais, et moi avec mes 13, sans nichons ni rien ! C’était confus mais je sentais son excitation. Pas encore femme, non… mais l’instinct féminin, ça, oui ! Cette façon qu’avaient ses mains de s’attarder sur ma hanche, des fois ; ses regards, ses sourires…
-
quand même, un garçon de 18 ans et une fille de 13, c’est pas très net !
-
Bah, je crois que ça se passe plus souvent qu’on ne le pense.
-
Et tu voulais coucher avec lui ?
-
Pas coucher, non… ou oui, peut-être. Je n’avais aucune expérience en la matière. Je connaissais bien tout le côté technique, j’avais vu des films pornos chez une copine, on parlait des garçons, de leur sexe, de… enfin, merde, t’as eu 13 / 14 ans, toi aussi !
-
C’est vrai que c’est une période très indécise.
-
Ouais ! On joue avec les allumettes en ayant une peur bleue des flammes. C’est d’ailleurs pour cela que je me retrouvai, ce superbe matin d’été, dans sa tente. Il faisait tellement chaud… la température n’était supportable qu’entre 4 heures et 8 heures du matin. Après, c’était la fournaise.
-
Qu’est-ce que tu faisais dans sa tente ???
- Cette question ! Je voulais qu’il m’embrasse, tiens ! Et lui, il me parlait d’équitation… la vie est mal faite, parfois.

Quoique !

* * *

J’enrageais un peu. Malgré nos jeux-papouilles, il n’y avait que cette tendresse agaçante dans ses yeux. Un p’tit pétillement aussi, oui, mais tellement discret. Il était étendu sur le dos, vêtu d’un simple short, les mains derrière la tête :

- J’te jure, j’ai mal aux fesses comme pas permis !
-
C’est le métier qui rentre. Nous passons tous et toutes par là !
-
Pas moyen de trouver le… truc pour accompagner les mouvements du cheval…
-
Tu es trop tendu. Ton bassin doit être comme monté sur roulements à billes !
-
Et mon galop d’hier, tu as vu le désastre ? J’ai failli valdinguer !
-
Et pourtant, c’est d’un confortable, le petit galop ! Tu glisses dans ta selle d’arrière en avant, souple !
- Facile à dire !

L’idée jaillit de mes neurones comme un arc électrique :

- Tu veux que je te montre ? C’est tout simple. Toi, tu es le cheval et moi la cavalière !

Sans lui laisser le temps de réagir, je l’enjambai. Me voilà… à cheval sur lui,
sur son short :

- Impulsion de la jambe pour demander le galop, rênes relâchées !
-
Hééooooo, Julie ! Arrête ! Si on nous voyait !

Moi, impassible :

- Tout est dans le mouvement, tu sens le mouvement ?

Mon bassin s’anima, d’avant en arrière, en un mouvement coulé.

- Glub… s’il te plaît, Julie !
-
C’est le galop du cheval qui te renvoie sur l’arrière de la selle, tu dois juste te laisser glisser vers l’avant, de cette façon !

Entre nos deux sexes, il y avait si peu de tissu.
En quelques secondes, sa barre gonfla entre mes cuisses, prit de l’ampleur, me porta. Nous arrêtâmes de parler parce qu’il n’y avait plus rien à dire. La tendresse de son regard avait fait place à une sorte de fixité anxieuse.

L’odeur de cet instant aussi. Son odeur !

Sa respiration qui se faisait plus courte.
Sans vraiment savoir pourquoi, je me sentais… fière.
Mon coeur battait la chamade – je savais parfaitement qu’il s’agissait d’un autre genre de galop.
Je m’appliquai.

Son corps se durcit, s’arqua ; ses mains vinrent à ma rencontre pour m’immobiliser tandis qu’il poussait une sorte de plainte étouffée.
Ses yeux fouillèrent ma chair, me brûlèrent, l’espace de quelques pauvres secondes.

Ensuite, tout alla très vite.
Il se dégonfla, tourna la tête de côté, m’abandonnant dans mon triomphe ; avec juste cette petite plainte débile :

- Julie, oh… petite Julie…

Première frustration féminine devant l’homme soudain lointain, l’homme qui venait de…
Première pirouette de femme aussi :

- Voilà ! C’était la première leçon. Demain, démonstration avec les éperons !

10 réactions à “ Mon premier soupir de fruit (trop) vert”

  1. Big dit :

    Enormissime ! Je ne peux rien dire. J’aime, c’est tout. Pointalaligne.

  2. sheepyr dit :

    Toujour aussi frais :)

  3. bregman dit :

    Superbe, cette écriture ! ça sent la jeunesse et l’air frais ! On se croirait avec toi sous la tente !
    Terrible !

    (tiens … d’ailleurs, je ne l’ai pas un peu montée, la tente ?!)

    ;)

  4. Derufin dit :

    Si ce n’est pas du vécu, ça sent le vrai, bravo, c’est ça aussi le style (d’un romancier oups) d’une romancière !

  5. Juliiie dit :

    Big, Sheepyr, Bregman => ça fait plaisir de se sentir appréciée (qui, mais qui a dit que j’étais modeste, bon sang !)
    Derufin => Un peu marre des « ce n’est sûrement pas vrai mais bravo ! » (en plus, le « romancier / romancière » : ha ha !)
    Je viens donc de décider l’arrêt de la narration/réalité au profit de la fiction pure, ce qui me permettra dorénavant de dire : ce que vous lisez est de la pure fiction… ou…
    De toute façon, les gens heureux n’ont pas d’histoire, et je suis heureuse avec Marina. Donc, je ne parlerai plus ouvertement d’elle et de moi.
    Je pense plutôt commencer une sorte de feuilleton truculent, sans aucun plan de travail.
    Juste me laisser porter par mon imagination.
    Ce qui me permettra d’écrire plus hard, peut-être, je ne sais pas encore. La description clinique, c’est pas mon truc.

  6. biowoman dit :

    quoâ ??????
    plus de toi et Marina ?
    ben merde alors ! c’est con, non ?

  7. Juliiie dit :

    biowoman > Il y aura toujours ma vie avec Marina, bien entendu mais je vais la mélanger avec la fiction parce que j’en ai un peu marre d’entendre, depuis que je blogue, les mêmes réflexions à propos de la véracité de mes textes.
    D’abord, certains ont douté de mon âge, d’autres ont douté de mon sexe, beaucoup ont douté de tout.
    Eh bien… doutez avec raison parce que maintenant, tous les coups me sont permis.
    Je me revendique désormais menteuse.
    Ce qui est réel se mélangera avec ce qui ne l’est pas.
    Et j’aurai le plaisir de voir ma chérie, enfin, rire de tout ce que je narre sans inquiétudes.

  8. Derufin dit :

    Ne te méprend pas petite Juliiie. Mon post n’était nullement une critique bien au contraire.
    Car d’une part je me contrefous que ce soit réel ou pas, ce que je voulais relever c’est que ça semble réel et ça c’est fort, beau, et je pensais que cela méritait d’être souligné. (désolé de la méprise)

    Pour faire un parallèle, c’est comme voir au cinéma un bon acteur qui joue un rôle, et un « acteur » qui récite un texte (style BB).

    En tout cas, une seule chose, continue (et de la manière dont tu le souhaite qu’importe), perso j’adore.

  9. Dyne dit :

    Si les gens doutent sur l’authenticité de tes propos c’est pitetre parce que ce que tu vis n’est pas commun, dans le sens où (toujours {peut-être}… Car après tout je ne sais rien !) tu sais jouir des moments qui te sont offerts et que tu ‘provoques’ les rencontres etc. Tu vis ‘mieux’ que le commun des mortels, donc c’est plutôt un compliment ;)) Moi je lis juste que tu es quelqu’un de bien, et que tu es une très bonne écrivaine ! Tout ça n’était que mon {petit} point de vue, que peut-être je n’aurais pas dû donner (je me même trop de la vie des gens parfois ! Désolée !) Bonne continuation en tout cas ! Bisous THE Rousse !

  10. Flo dit :

    Superbe. Un histoire "fraiche". Oui, c’est effectivement le mot !On a presque l’impression de sentir l’odeur de l’herbe… entre autres Petite remarque technique : je trouve la police italique utilisée (celle en noir, narrant le présent) peu lisible. C’est dommage ;)