Nocturne à deux.

Les deux combattants se regardent dans les yeux.

La fille a un drôle de sourire tandis que lui cherche, mine de rien, quelle prise la fera tomber plus rapidement.

Dans un bel ensemble les deux s’empoignent encore une fois, leur souffle s’accélère.  On peut entendre le tissu de leurs vêtements déchiré par l’assaut.

 

Blanche, à demi dénudée, la couleur de ma peau, aux étoiles, offre le reste de sa clarté.
Tiens, c’est étrange ! On dirait presque un ange tombé du ciel.
Presque
.

 

Le garçon prend le dessus sur la fille qui se retrouve à terre.

De tout son poids, il comprime sa frêle poitrine.  Elle entend ses os craquer, regarde le ciel et hurle - silencieusement, vers les étoiles.

Le répit n’existe pas dans un combat.  Leur corps à corps reprend de plus belle.

Elle se débat de sorte qu’il lui cède un peu de terrain. Dans un effort démesuré, elle se retrouve à califourchon sur lui et, pour une fois, domine la situation. 
Avec son drôle de sourire, elle plonge ses yeux dans les siens,
pour l’effrayer.
Il s’agite, renverse la tête de côté pour échapper à ce regard trop intense.
Tout doucement elle lui assène des vérités, sur le ton de la confidence.  Comme si cette situation était banale, ils rient tous deux d’une plaisanterie.

Elle fait courir ses mains sur son visage, les laisse s’égarer sur sa gorge.
Un regard, un sourire, la prise se resserre.
Il ne sourcille même pas.

D’un formidable coup de reins, il se dégage, la retourne.  Elle se retrouve à nouveau le dos sur la terre et le regard perdu dans les étoiles.

 

Je suis le ciel, il est la terre. Je suis par terre et il devient mon ciel.

 

Les constellations brillent.  Les étoiles s’allument et s’éteignent au gré des nuages qui passent.  Monde de silence et de quiétude.
En bas, deux volontés s’opposent.

Elle enfonce ses ongles dans la terre pour avoir une prise fixe, pour avoir une chose concrète sur laquelle se défouler.  Les corps s’arquent, se défendent contre les assauts ou, au contraire, attaquent de plus belle, tous muscles tendus.  Elle sent venir la crampe qui, bientôt, remonte le long de son mollet.
Il s’arrête, se redresse légèrement pour observer, surpris, cette grimace de douleur. Elle en profite, creuse les  reins, le repousse pour se relever et tenter de retrouver l’usage de sa jambe.

Debout, elle titube, manque de tomber.
Alors il la reprend dans ses bras et la colle contre lui. Ses mains semblent se démultiplier pour la caresser de partout.  Dans l’étau de ces bras, trop puissants de désir, son dos craque à nouveau.

 

Je me tortille, le repousse, gronde. Il n’y a rien à faire, comme un papillon épinglé à un tableau, je suis coincée. Pourtant, avec le secret espoir de le repousser j’essaye encore, j’essayerai toujours d’avoir le dessus.

 

A nouveau, ils roulent ensemble sur le sol.  Elle se tord, rue, se soulève, grogne tandis qu’il rit de ses efforts. 
Il la retourne et sa main épaisse, sa main de brute, lui plaque la tête dans l’herbe humide. Elle sent la terre griffer sa peau tendre.  Les petits cailloux s’enfoncent douloureusement dans sa joue.
Il tente les supplications, la ruse, puis, excédé, la brutalité afin d’obtenir ce qu’il veut.
Sans résultat.

 

Que la peste l’étouffe !  Il est plus obsédé que le diable en personne !

 

Ce n’est pas simplement une fille qui se retrouve ainsi allongée, face contre terre ; c’est aussi une force vive pétrie de désirs et de volonté.  Dans l’arrogance de son adversaire elle puise encore les quelques forces nécessaires pour lui résister. 
Ce pugilat nocturne semble ne jamais devoir se terminer.
Les muscles fatiguent et des tremblements irrépressibles annoncent de nouvelles crampes. 
Douleur et épuisement sont tellement présents qu’ils ne sentent presque plus rien.

Tout à coup, après un énième refus, leurs corps se séparent enfin.
Tous désirs bridés.
De gagnant ou de perdant, il n’y eut point.

 

Sous le ciel sans lune, un duo nocturne s’est joué sur un air de violence et de mépris mutuel.

 

Un jour il tombera, et à ce moment je serai là pour le regarder.