Noël 2004

Insomnie.  Je me suis levée sans faire de bruit pour boire un grand verre de lait et écrire ces quelques mots.

Hier, je relatais mon petit bonheur d′une fête familiale réussie  et en cette fin de journée, les choses avaient repris leur cours désespérément vaseux. 

Alors que je sortais voir Aline, mon amie de toujours, ma mère me croise dans le hall d′entrée :

- Tu sors ?  Habillée ainsi ? (je portais une robe tout à fait normale : 10 cm au dessus des genoux et un peu décolletée).  On voit tes seins !

- On ne voit pas mes seins !

- Si tu te penches, on verra tes seins !  Je ne comprends pas ce besoin que tu as de t′exhiber.  Si encore nous étions en été, je comprendrais !

- J′aime cette robe, elle est tout à fait normale, et puis je vais voir Aline, pas une bande de loulous en chaleur.

- Pff ! Cette fille ! (ma mère a le dédain concis)

Flashback :

Aline avait un petit ami de longue date et , bien entendu, ils faisaient l′amour sans retenue.  Malgré la pilule, elle fut enceinte et subit une IVG à 16 ans.  Depuis, elle se traîne une réputation atroce.  Réputation qui ne la gêne absolument pas d′ailleurs.  Elle va déménager dans quelques semaines et nous nous verrons encore moins que maintenant.

Action ! :

J′allai chez Aline.  Pour être plus tranquilles, nous voilà parties en promenade, bras dessus, bras dessous.  Fin d′après midi, nous sommes passées au bistrot du village pour prendre un café bien chaud.  Là, nous avons rencontré Jean-Michel (un ancien amant avec qui je suis restée en excellents termes) et avons discuté tous trois une bonne heure, heureux d′être ensembles.  Rien de bien extraordinaire.

Le soir, à table, mon père attaqua :

- En passant, tout à l′heure, je t′ai vue dans le bistrot… avec Jean-Michel !  Je t′avais pourtant demandé de ne plus voir ce garçon, c′est un petit minable.

La rogne m′embrasa au quart de tour :

- Tu me l′as demandé, et alors ?  Je suis majeure et je fais ce que je veux.  Bien-sûr, tu ne l′aimes pas, il est chômeur, y′a pas de travail par ici.  C′est parce que son père est un simple employé que tu lui en veux ?  Pas assez bien pour ta famille ?

- Un autre ton, je te prie !

- Le ton que je veux ! Je ne suis pas grossière.

Ma mère, dans un soupir :

- Encore des disputes à table !  J′ai perdu mon peu d′appétit, je vais dans le salon.

Mon père, triomphant :

- Là ! Gagné !  Tu ne changeras jamais, Julie !

Je ne perdis pas de temps en discussions vaines, préférant, moi aussi, quitter la table pour me retrouver dans ma chambre, comme avant.

Ma valise est déjà prête.  Je pars tantôt.  Je ne pourrai pas rester une semaine dans cette ambiance.  J′ai téléphoné à Fabian qui viendra me chercher à mon arrivée.  Mes parents, eux, ne sont pas encore informés du fait.  Leur vision de la vie ne correspond vraiment pas avec la mienne.  Ils doivent avoir des crampes aux fesses à force de les serrer.  Ils sont comme leur lait que je suis en train de boire : pasteurisés, écrémés ; conditionnés par leur fameux niveau social, l′étiquette, le "qu′en dira t-on", et – bien entendu – l′argent !  Des gens bien, dans le fond, mais snobs, comme tant d′autres.

D′ailleurs, si j′ai envie de mettre des jupes qui dévoilent le bas de mes fesses, si je veux mettre des décolletés vertigineux, hein ? (pour le décolleté, étant donné la taille de mes seins, les pauvres voyeurs n′auraient pas grand chose à voir).  J′ai toujours rêvé d′avoir une poitrine naturellement généreuse.  Pas de chance.  Si je vous disais tout ce que j′ai fait, adolescente, pour tenter de les faire grossir !  Les hommes sont obnubilés par la taille de leur sexe (qu′est-ce que ça peut les tracasser, les pauvres) et moi, je voulais de gros seins.  Maintenant, je trouve tout cela tellement futile. Quoique…

 En ce qui me concerne, j′ai positivé mes petits lolos : je peux me permettre de ne pas porter de soutien gorge et je n′ai pas mal au dos, comme une certaine fille qui dut se faire opérer pour réduire la taille de ses seins.  Elle avait juste ceux que j′aurais voulu, la vandale !

C′est sans doute à cause de ce petit complexe que je suis attirée sexuellement par les jolies femmes au corps généreux.  Un psy trouverait sans doute, dans ces réflexions - mammaires et autres, matière à étude.  M′en fout : je suis profilée "sport", bisexuelle, vorace et fière de l′être ! Je profite maintenant de toutes les opportunités.  Lorsque je serai vieille et toute ridée, que plus un homme, une femme, ne me regardera, il me restera ainsi des tonnes de souvenirs.  Je déambulerai dans les squares, courbée, insignifiante, et pas un de tous ces fiers jeunes mâles ne pourra deviner quelle majestueuse salope j′étais !

Tiens, une idée : pour mieux m′en souvenir, je vais photographier mes hommes nus, au repos puis en érection, et je placerai leurs photos dans mon journal.  C′est beau, un homme nu, c′est émouvant, je trouve.

bises. Ju.

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Une réaction à “ Noël 2004”

  1. Mechmacha dit :

    J’aime beaucoup ce que tu écris et concernant les seins, je suis tout à fait d’accord… sauf que j’ai rarement eu le courage d’en caresser des génereux :)