(O)rages et (dé)sespoirs 1
Je remets un peu d′ordre dans mon appartement. Entre mes amours avec Claude, mes révisions et le web, le surmenage me guette. Chaque partie de mon corps est délicieusement douloureuse et mon cerveau flotte dans une sorte de langueur confortable. L′arrivée de Michael m′oblige à passer des vêtements. Mon frère d′armes semble soucieux, ou plus exactement gêné.
Je le connais trop bien : sa visite a un but. Il tourne, tâte le terrain, l′air de rien, ce qui a pour résultat de m′agacer :
- Qu′est-ce que tu as ? Raconte, allez, traîne pas la patte ainsi, tu m′énerves !
Il pose son cul sur la table et me considère longuement, puis :
- ça en est où, ta petite aventure avec Claude ? je sais que tu pourrais m′envoyer sur les roses mais j′ai besoin de savoir.
Interloquée, je ne sais trop quoi répondre :
- On peut dire que… ça va très bien… pourquoi dis-tu : petite aventure ?
- Je crois qu′il vaudrait mieux que cela reste une petite aventure… j′suis mal, là
- explique ?
- C′est moi qui te l′ai présenté et je l′ai fait parce que tu es Julie la croqueuse…
- Comprends pas !
- Oh la la ! Dur ! Claude est un dragueur invétéré, un libertin comme il se qualifie. Je parle souvent de toi, trop souvent peut être, et c′est ce qui lui a mis l′eau à la bouche, après qu′il t′ait vue bien sûr. Etant donné que vous vous ressemblez point de vue caractère, j′ai trouvé ça cool, je me suis dis : ils vont fricoter un peu, puis voilà…
- Accouche !!!
- Aujourd′hui, il m′a posé des questions, il voulait savoir ce que je t′avais dit sur lui. J′ai dit : rien ! Puis il m′a demandé… de ne pas parler de…
- De quoi, merde !
- … de Roxane, sa concubine. Ils sont ensemble depuis quelques années… elle est un peu plus vieille que toi – 24, 25 peut-être, et ils s′entendent comme larrons en foire : partouzes, clubs… tu vois le genre. C′est sa demande qui m′a alerté. Moi, je croyais qu′il te parlerait d′elle, qu′il serait franc. C′est pas clair, tout ça, pas net. Je ne sais pas trop ce qu′il a dans la tête mais je ne veux pas qu′il te fasse du mal, ni lui ni personne.
Je me laisse tomber dans le sofa. Il y a le bordel dans mon crane. Je ne comprends qu′une chose : à partir du moment où un mec fait des cachotteries : danger ! Ringard à portée de tir. Bon, j′aurais pas vraiment aimé qu′il me dise, badin, entre deux séances de badaboum : tiens, à propos, je vis avec une autre femme ! mais merde, j′aurais préféré cela à son mensonge : Je suis libre comme l′air, un coeur à prendre !
J′ai du mal à réfléchir. Michael respecte mon silence. Puis ça éclate, d′un coup :
- MAIS QUEL SALE CON !!! S′il veut se foutre de ma gueule, on va jouer à deux ! S′il croit que la petite dinde va glousser dans sa basse cour en attendant Noël prochain, il se trompe ! Pourquoi m′avoir menti, je m′en foutais, moi ! J′aurais partouzé avec sa (j′imite le chanteur de Police) Reuxââân ! Pas un problème ! Mais pas ça ! Pas me mentir ! Je vais lui couper les couilles à ce… veau ! Non mais ! Quelle conne je fais ! Je gobais, je gobais ! Glou-glou-glou, faisait la dinde ! Oh oui, je vais lui couper ses coucouilles, les faire dégorger, les bouffer avec une petite sauce moutarde, les digérer et les ch… ! Y′en a pas un pour rattraper l′autre ! J′ai le pompom, moi : un erszat d′esclave puis le marquis de Sade, tout ça en moins de quinze jours ! ′l′est marqué "toy" sur mon front ou quoi ? Jamais baisser ta garde, Julie, ja-mais ! Tu devrais savoir ça, pourtant, p′tite conne ! JE HAIS LES MENTEURS A BITE !
Michael me suit du regard, même pas surpris.
—–