Orgies and Co.

 J’avais 15 ans et je vivais ma première liaison véritablement torride avec un amant, de dix ans mon aîné, que je prénommerai Georges 1er.

Mes anciens amants, les grands obsédés, s’appellent tous Georges en mémoire de lui – le premier qui me fit hurler de douleur après m’avoir convaincue d’ouvrir mes petites fesses aux assauts son engin sondeur.  Souvenir atroce s’il en est, et qui me fit longtemps frémir dès qu’un homme passait derrière moi.

(Les choses se sont améliorées depuis mais ce n’est toujours pas le grand amour entre cette pratique et moi.)

Bref, j’avais 15 ans et donc, comme de juste, je refaisais le monde à chaque nouvelle expérience.

 

Tant de certitudes et si peu de réflexion !

 

Georges 1er , outre la sodomie, me faisait découvrir Florence Dugas et son outrageant « Dolorosa Soror » (il est fort probable que j’en reparlerai plus tard, de celle-là).

Et ce soir là, Carole, mon amie d’enfance, sortit une cassette vidéo de son sac en ricanant  :

 

marre des maths !  Goûtons plutôt à ceci ! 

 

Confortablement installées sur mon lit, porte fermée à double tour :

 

«play »

 

 

 

Bienvenue monsieur Kubrick.

 

Le maître nous proposait sa dernière fable : « Eyes wide shut ».

Je dois bien avouer que, d’entrée de jeu, j’avais un a priori défavorable pour ce film.  Stanley K : oui, sans réserve, mais Cruise, le petit scientologue américain avec son jeu convenu et ses grandes dents trop blanches et presque trop saines,

bof !

C’était compter sans le génie de feu Monsieur Kubrick : transformer deux pots de yaourt maigre en un savoureux sabayon, il n’y avait que lui pour réussir ce tour de force.

 J’insiste sur mes 15 ans parce que, lors de cette première vision, la finesse du chef d’œuvre me passa sous le nez, en pertes sans profits, du début à la fin.  Je préférai me perdre corps et âme dans l’ambiance fantasmatique, les décors, les costumes et les dorures. 

Que voulez-vous ! 

Mes galipettes avec Georges, mes lectures du moment aidant… bref !

Toute mon attention se focalisa donc – à tort – autour de la somptueuse partouze au château.

 

 

Avec Carole, je me permettais de tout dire, même les pires idioties.  Dès l’apparition du mot « fin », je soupirai, exaltée comme jamais :

 

-          Tu vois, je veux connaître des expériences comme celles là ; je veux griller ma vie, me pâmer de bras en bras, de queues en queues, devenir la plus grande catin de la terre, me perdre dans les interdits, tous !  Mais je veux le faire comme dans ce film !  Je refuse l’avenir terne que m’offre la société : je veux vivre, m’enflammer, souffrir s’il le faut mais vivre !  Je ferai rougir les charretiers ; les mères changeront de trottoir à mon approche ; mon nom deviendra synonyme de luxure.  Je serai la reine de Saba, Lucrèce Borgia, Théodora et Valéria Messalina réunies !  L’amour au singulier m’emmerde !

 

Carole, dont l’imagination ne s’enflammait qu’en se frottant à la mienne, se contenta ce soir là d’un : « Oh ? » pragmatique, au goût de coca light.

 

 

 

Nous sommes trois autour de la table.  Cuisine délicieuse, tout comme le vin.

Claude est notre invité.

Entre poire et café, je relate ce souvenir parce que la conversation s’est orientée sur l’œuvre de  Stanley Kubrick.

Mon amant ironise :

 

-          Et tu en as vécu beaucoup, des partouzes ?

-          Hum, ben… aucune !  J’ai failli, note bien, un soir.  Ça ne s’est pas goupillé.

-          Raconte !

-          Y’a rien à raconter.  Et maintenant, je ne sais plus…

-          Quoi ?

-          Je ne sais pas si j’ai encore envie.  C’est un fantasme, la partouze, mais je ne suis pas sûre de vouloir le vivre.  Voir, oui !  J’aimerais bien voir !

 

Je me tourne vers Marina :

 

-          Et toi, tu as déjà essayé ?

 

Elle baisse la tête, noie son visage dans sa longue chevelure sombre :

 

-          Une fois, avec mon premier concubin (elle n’en a eu que deux mais parle toujours de « ses hommes ») et un autre couple.  Nous avons fait l’amour tous ensemble mais je n’ai pas voulu changer de partenaire.  J’avais 18 ans.

-          Toi, Claude, pas besoin de te demander !  Des toutes grosses partouzes aussi ?

-          En effet !  J’en ai usé et abusé durant un certain temps.  J’en garde peu de réels bons souvenirs.  Beaucoup de petits matins amers, sans trop savoir pourquoi.  Des images de corps, pas de visages.  À refaire, j’ai des doutes !  C’est moins excitant qu’on l’imagine généralement ; et puis il y a souvent des fausses notes qui gâchent tout.  Le pire, c’est quand ça devient routinier.  L’horreur !

 

Je m’obstine :

 

-          Je voudrais quand même voir au moins une fois, pour ne pas mourir idiote !  Pas pour me mélanger mais pour voir !

 

Claude hausse les épaules :

 

-          il suffit d’aller une fois dans une boîte à partouzes, mais tu seras déçue !

-          Et les grosses partouzes privées, ça n’existe plus ?

-          Bien sûr que si !  Quelques unes sont renommées dans le milieu libertin.  Elles reviennent en saison, un peu comme le festival de Cannes.  Il faut connaître… et être introduit.  Le meilleur, ce sont les soirées normales qui dégénèrent.  C’est plus… épicé, plus surprenant.

-          Et si tu nous emmenais visiter un de ces clubs ; quelque chose de bien, hein !  Tu pourrais faire ça ?  Mais pas question d’être obligée de…

-          Dans ces endroits, personne n’oblige personne.  L’idée n’est pas mauvaise, que tu en finisses avec cette envie plus alléchante sur le papier que dans la réalité !  On laisse toujours une part de soi dans ces idioties ; la meilleure part !  C’est un peu comme cette chanson d’Alain Souchon (il se met à chantonner) :

 

Passez notre amour à la machine,

Faites le bouillir

Pour voir si les couleurs d’origine

Peuvent revenir

Est-ce qu’on peut ravoir à l’eau de Javel

Des sentiments

La blancheur qu’on croyait éternelle,

Avant ?

 

Je fais ma reine des dindes, sachant toutefois qu’il a parfaitement raison :

 

-          Philosophie musicale ?

-          Tu comprends très bien ce que je veux dire !

-          Je ne veux pas me compromettre, je veux…

-          … voir, oui, j’avais bien entendu !  Eh bien, d’accord !

 

Je me tourne vers Marina :

 

-          Toi aussi, d’accord ?

-          Eh !  Tu crois vraiment que je vais te laisser aller dans ces endroits-là sans moi ?

 

Sortie programmée entre la fin des examens et les vacances en Italie !

Mes souliers s’étrécissent tout à coup.

Hé !  Même pas peur !

22 réactions à “ Orgies and Co.”

  1. chArlespArle dit :

    CONTENT:
    Oh ?Des vacances épicées à suivre !La découverte (ou la nouveauté) aura au moins cet intérêt que la routine émousse.. Bon plaisir !

  2. peanuts dit :

    CONTENT:
    Hé bien !! je sens que tu ne va pas t′ennuyer…Perso, ce genre de truc ne me tenterais pas trop… tu me raconteras Sacrée Julie !!

  3. madrilene dit :

    CONTENT:
    j′adoooooore la paire de raquettes (en provenance directe de Roland Georges Garros ??) a gauche sur les 2 photo où la dame nous montre ses fesses :-))

  4. marilou dit :

    CONTENT:
    J′ai découvert ton blog il y a quelques mois (peut-être deux) et je prends toujours autant de plaisir à te lire alors merci .Et merci également pour les lectures conseillées !

  5. AmandeDouce dit :

    CONTENT:
    Oh les partouzes ! lol Moi ça ne me tente pas, je suppose que ça ressemble plus à une boucherie de chair qu′à un nid d′amour ! Tu m′en diras des nouvelles ^^ Bises

  6. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Il faut que je vous dise cher Madame, votre blog est un pur joyaux, je vous admire, vos mots sont un peu comme ceux de ma tête, plus vous parlez plus je me sens et je suis légère.vous êtes tellement…atypiquement normale.comme un rendez vous avec moi même, je vous adore.

  7. Anonyme dit :

    CONTENT:
    **Préférez-vous le mélange du corps ou le mélange du corp et de l′esprit ?**

  8. madrilene dit :

    CONTENT:
    Glamrock, si je puis me permettre, (et si Madame Julie m′autorise) la préférence est impossible puisque l′esprit est chevillé au corps et réciproquement…on a jamais vu l′un sans l′autre…de mémoire d′humain

  9. Melie dit :

    CONTENT:
    Oh, c′est donc cela ce que l′on appelle « se lâcher après les examens » ? ;-)

  10. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Charles > Dois-je en déduire que mon blog devient routinier et vous ennuie ? Bah ! De toute façon, sa vie est limitée dans le temps et sa fin programmée.Peanuts > Il s′agit juste d′aller voir comment ça se passe.Mad > la dadame, c′est l′australienne, l′ancienne femme de Tom Cruise. Les photos sont tirées du film. Sais pas pourquoi, je ne la vois pas jouer au tennis, elle.Marilou > tout le plaisir est pour moi si tu aimes ! Parfois, je me demande si je ne vais pas transformer ce blog en compte rendu de mes lectures.Amande > comme je disais à Peanuts !! Sans plus !Absainte > Que de compliments ! Je ne vais cependant pas bouder mon plaisir : merci !Glamrock > Pour l′instant, je suis juste pour le mélange du lait et d′un peu de sucre dans mon café !Mad > mon artisan chevilleuse, que ferais-je sans toi ?Mélie > Pour l′instant, je ne lâche rien du tout, hélas ! La fatigue commence à se faire sentir et mes nerfs se roulent en boule. Je ne supporte même plus de me relire !

  11. Melie dit :

    CONTENT:
    Ah, si tu étais plus proche de moi (ou moi de toi, selon le point de vue), je t′aurais invité à boire un verre pour que nous fétions dignement la fin de nos examens/concours… !

  12. chArlespArle dit :

    CONTENT:
    Mais pas du tout, Julie ! (J′avoue qu′en relisant ça prend cet air de reproche..) Je parlais, d′une façon plus générale, de ces petites expériences qui, par leur nouveauté, pimentent l′existence en élargissant le champ de nos connaissances.Limité dans le temps ? Une fin programmée ? Souhaitons tout de même qu′on puisse te lire encore longtemps, sous quelque forme que ce soit.

  13. madrilene dit :

    CONTENT:
    Zulie, j′ma doutais bien que les fesses et la dame sortaient du film suscité lol…mais les raquettes de tennis ne servent pas seulement à jouer au tennis ;-)A mon avis c′est les manches qu′ont interessé Stanley le lubrick, faudrait pouvoir demander au chef deco si c′est pas négligence qu′il a laissé 2 manches trainer (ca me rappelle les forums de Mullohand drive où on s eprenait la tete pendant 1234334324 post pour analyser la forme du cendrier mdr…): elle va coucher avec 2 mecs dans la scene ? (z′ai pas vu le film)ps : faut m′excuser c′est compulsif, des fois je peux pas m′empecher de répondre y compris quand c′est pas à moi qu′on parle, faut juste me le dire et j′essaye de faire des efforts (d′un autre côté je me suis systematiquement fait appelée pendant l′enfance par le prénom de ma soeur par mes parents qui se gouraient souvent pffff 20 ans de divans ne suffiront pas, bon ben je vais me faire un petit match sur terre battue…:-))ps 2: Mélie la fete de la biere a Munich ca peut etre un point de rencontre équidistant, zut !! j′ai craqué !

  14. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Si je comprends bien, tu aimerais oser ce que nous décrivons ici…..Tom

  15. ralphy dit :

    CONTENT:
    Oui, mais comme chez vous, sur Eyes-Wide-Shut, le blog semble mort… On vient se « rincer » chez Julie.

  16. Anonyme dit :

    CONTENT:
    J′en voudrai une comme toi dans ma vie merveilleuse !

  17. CONTENT:
    Sois prudente belle Julie, si tu y vas juste « pour voir », tu as toutes les chances d′être tentée d′y participer; or n′oublie pas ça: »On laisse toujours une part de soi dans ces idioties ; la meilleure part ! »

  18. madrilene dit :

    CONTENT:
    mais enfin si finalement elle a envie d′y participer, elle est assez grande non la Julie !(ca me rappelle la plus belle petite preuve d′amour que j′ai vu sur un post it laissé par sa « copine-amante-femme » à sa «  »copine-amante-femme » qui partait en vacances sans elle : « ne sois pas sage », c′estr ty pas beau ca !!)

  19. Prunelle verte dit :

    CONTENT:
    Mais oui, elle est grande, Julie…Dès qu′on donne un avis qui contraste un peu avec les autres, on se fait lyncher, c′est un plaisir.

  20. madrilene dit :

    CONTENT:
    Mais Prunelle comment voulez vous que je vous « lynch » ?Je ne suis pas sûre d′ailleurs que votre avis contrastait tant que ca avec les autres, par exemple peanut était plutôt circonspect, mais peu importe…Pour ma part et je ne le cache pas, mon mouvement d′agassement vient plutôt du ton sur lequel ce « conseil » semblait donné. Par exemple personnellement, je pense que je n′aurais pas trop envie de participer, même pour voir, à une partouze, ce n′est pas un fantasme pour moi mais je n′ai pas a mettre en garde qui que ce soit, on est plus aux temps de notre enfance où y avait toujours quelqu′un(e) pour dire « attention tu vas te faire mal », « attention tu vas tomber », même si très souvent il s′agit des meilleures intentions du monde, en revanche on peut dire il mesemble : » moi j′ai vécu ca de telle maniere et pour moi ca n′a pas été une expérience positive, » ca oui…Bon ben Prunelle j′espere que vous etes pas fachée faute d′etre lynchée…

  21. CONTENT:
    Okok, « lyncher », j′ai exagéré.Et bien sûr que c′est pénible de se voir toujours toujours mis en garde contre les voitures quand on traverse et puis attention ya le fer qu′est encore chaud et ne laisse pas le congélo ouvert. C′est même franchement gonflant.Simplement, mon optique était plus personnelle. J′ai lu ça, et j′ai vu qu′un proche, lui-même, disait cette phrase qui reflétait mon instinctive, première réaction. J′allais pas me forcer à jouer les enthousiastes, et refouler ce qui d′ailleurs n′était même pas un conseil, si? Mais sans rancune, naturellement.

  22. Anonyme dit :

    CONTENT:
    ton georges 1er, il eut fallu lui apprendre le mot « lubrifiant »!