Orgies modernes

 

Encore une note à rallonge.  Décidément, je deviens  logorrhéique, derrière mon clavier.  Donc, l’entrée maintenant et la suite dans deux jours.

  

Le P*** se situe dans une large ruelle piétonne, passage entre l’arrière de belles maisons anciennes et le haut mur d’une propriété.  J’ai la délicieuse impression de retourner quelques siècles en arrière.

L’entrée se résume à une simple porte rustique, une plaque de cuivre et une sonnette.  Pas de néons ni de panneaux criards.  Sobre.

 

Claude nous explique :

-          Le P*** n’est pas extrêmement grand, contrairement à certains clubs qui donnent dans le gigantesque avec piscine intérieure de 15 mètres, cascades, deux pistes de danse, labyrinthes à thèmes, etc. mais on y gagne en ambiance et c’est très bien tenu, d’une propreté irréprochable.  Pour la petite histoire, ce sont d’anciennes caves à vin.  L’architecte a choisi de laisser la brique apparente en beaucoup d’endroits.  Vous allez voir…

 

Drelin drelin !

Par le petit judas grillagé, un œil nous observe.

 Nous devons avoir bonne mine parce que la porte s’ouvre immédiatement.  Un bonhomme jovial surgit et saute dans les bras de mon amant :

 

-          Claude !  Ma canaille, depuis le temps ! (smack smack)  Ah, si je m’attendais …

 

Serrées l’une contre l’autre, étonnées, Marina et moi attendons que ces messieurs achèvent leurs effusions. 

Claude finit quand même par se rappeler de notre présence :

-          Louis, je te présente deux jeunes femmes qui m’affolent comme nulles autres passées, présentes ou à venir : Julie – la rousse, et Marina – la ténébreuse.

-          Mesdemoiselles, tortillonne le gus en nous serrant la paluche, faut nous excuser mais depuis le temps…l’émotion, les souvenirs, et quels souvenirs…

 

Je zappe la pommade extatique dont il nous tartine – un peu à cause de ma modestie naturelle (quoiiii !) mais surtout parce que ses compliments ont un relent de numéro commercial à rentabilité directe.

 Nous pénétrons (verbe à forte connotation masculine dans sa forme active).

 Claude n’a pas menti : le lieu possède un charme particulier, tout en voûtes larges, avec de joyeux îlots de verdure intelligemment répartis ça et là.  Je dois me mettre le nez sur une plante pour comprendre qu’elle est fausse, ce qui fait bien marrer le Glaude et son copain. 

Ce dernier nous dirige vers le vestiaire où nous déposons nos sacs dans un petit casier individuel fermant à clef. 

Je planque celle-ci entre les somptueux seins de Marina. 

Louis (le proprio, vous l’aurez sans doute compris) tient à nous faire voir la salle d’eau qui vient, dit-il, d’être complètement rénovée. 

Je prends donc le temps d’admirer ce grand espace aux murs couverts de dalles à la texture et au vert somptueux.  Le fond n’est qu’un immense miroir artistement nervuré de bronze.  Tous les deux mètres, un pommeau doré jaillit du mur. 

Robinetterie en style ancien, haut de gamme, précise fièrement notre guide.

Une porte donne sur un petit sauna en cours d’installation.

 En réalité, ces considérations architecturales m’indiffèrent assez.  La fierté volubile de ce patron-paon me permet simplement de raisonner le mélange de crainte et d’excitation qui m’oppresse.

 

Direction : le bar.

Il y a du monde ; beaucoup d’hommes seuls.  Deux superbes filles opèrent derrière le comptoir où nous prenons place.  Marina assise à mes côtés et Claude debout entre nous deux, dos à la salle. 

 Bravache, je l’apostrophe :

-          ça ne fornique pas beaucoup !

Il m’indique une lourde tenture :

-          Le véritable baisodrome se trouve là.  Interdit aux hommes seuls sauf invitation d’une dame ou d’un couple.  Bien entendu, les femmes seules peuvent aller partout, sans restriction.

-          Il y a des femmes seules ?

-          Oui, assez souvent.

-          Etonnant !

-          Pas vraiment.  Elles sont plus en sécurité ici que dans n’importe quel bar de la ville.  Il faut comprendre une chose : la femme, dans ce genre d′endroit, a tous les droits ou presque.  Pas question de l’importuner.  La majorité des hommes jouent parfaitement le jeu et tant pis pour ceux qui ne le font pas : ils sont virés manu militari avec interdiction de revenir…

-          T’as déjà une touche !

-          Hein ?

 

Face au long comptoir, il y a une série de mini coins salons, confortables, où quelques couples (coincés entre les loups solitaires) sirotent leurs verres en matant la faune qui va et vient, sans doute à la recherche d’un partenaire occasionnel qui plaira à la dame.  Une ravissante brunette, la trentaine, accompagnée d’un homme plutôt commun, dévore littéralement Claude des yeux. 

 

Ce dernier ne se retourne même pas :

-          Et si nous allions boire notre verre du côté chaud, histoire de tâter l’ambiance, non ?

-          Mais Claude, elle va être déçue, cette belle dévergondée !  Regarde-la au moins !

-          Julie, tu m’emm… !

-          Et Augustin, son mari, qui me fait plein de bonjours et de sourires !

-          Tu le connais ?

-          Non, il a juste une tête à s’appeler Augustin !

Avec un sourire sadique :

-          Si j’offre mes hommages à sa femme, vous devrez vous occuper d’Augustin !  Hé hé ! Sans aucun doute LA soirée de sa vie, au gars !

(Glub !)

Je change illico de sujet :

-          C’est bien beau tout ça mais on va le voir, ce deuxième cercle des enfers ?  J’ai hâte d’affronter le terrible regard de Minos !

-          Et Augustin ?

-          Claude ?  tu m’emm… !

 

Sur le chemin de la luxure, nous croisons Louis portant un plateau débordant de verres vides :

-          Zallez pas être déçus du voyage, les enfants !  Super chaud ce soir, malgré la clim’ à fond les manettes !  ça roucoule ferme dans tous les coins !

Ouah ha ha ha ha !

 

Minos est absent, il s’est fait remplacer par Asmodée !

 

 

-          Purééééée !  Il se ruine pas en éclairage, le Louis !

-          (Claude) N’exagère pas !  Puis il faut que les yeux s’habituent ; avance vers le fond

-          Marinaaa !

-          Je suis là, mon amour !

 

Au pif, il doit y avoir une bonne cinquantaine de personnes ; sans doute plus.  Difficile de se rendre compte.

Ça gesticule dans tous les coins et pas pour danser, croyez-moi.

La première chose qui me frappe est l’odeur.  Ça sent le rut et le parfum.  Pas fort, pas tout à fait désagréable mais presque. 

 

L’odeur de Marina m’excite - elle pourrait rester deux jours à ne pas se laver sans que cela me gêne ; l’odeur de Claude m’excite – mais son odeur fraîche, du jour, sans plus.

Par contre, les effluves (le terme « remugle » me titille) distillées par tous ces inconnus ont tendance à m’écoeurer. 

Un peu.

 

Le rire haut perché d’une femme, directement accompagné par les graves de plusieurs hommes ; les vocalises d’une ou quelques autres et, un peu partout, ces ahanements caractéristiques qui copinent avec le ronron des conversations ambiantes sur fond musical discret.

 

J’l’ai voulu, j’y suis !

 

Fixé à l’un des murs, un écran grand format, muet, propose du porno en boucle.

Au premier tiers de cette longue salle (toujours voûtée) se trouve une modeste piscine – pas plus de trois mètres sur quatre, creusée dans le sol.  Quelques jeunes couples nus s’y ébattent.  Issue des parois, une forte lumière sous-marine, entre vert et bleu des mers du sud, très science fiction, donne des allures radioactives au spectacle.

 

Un peu plus loin, une sorte de scène centrale, ronde, couverte d’un fin matelassage, permet à deux couples exhibitionnistes de s’offrir en spectacle, leurs corps sculptés par l’éclairage cru de spots fixés au plafond.

Lorsque nous dépassons cet autel païen, une des femmes me fixe, l’œil vitreux, perdue dans le cinéma de son plaisir, secouée par la vigueur de son amant.

 

Se connaissent-ils ou est-ce la première fois qu’ils s’enlacent ?

 

Nous nous installons dans des fauteuils bas, semblables à ceux de la zone soft.

Au mur, une affichette : « Prière de respecter les fauteuils S.V.P. »

Du coup, j’inspecte le mien.

Pas loin de nous, à même le sol et le long du mur, un grand matelas carré garni d’une housse en tissu épais.  Deux hommes et une femme le quittent, aussitôt remplacés par un couple grassouillet à la quarantaine bien sonnée.

Loin des canons de beauté.

 

Je me suis spontanément installée entre Marina et Claude. 

Des regards indéfinis fouillent directement sous nos courtes jupes (mais non, Claude n’est pas en jupette !).

Les fauteuils et leurs occupants restent dans une relative pénombre, pas assez cependant pour diluer les visages.

Beaucoup sont nus.  Quelques uns (dont nous) ont conservés leurs habits. 

Serait-ce le distinguo entre voyeurs et acteurs ?

 

Il y a assez peu de laids(des) tout compte fait, mais pas beaucoup de vraiment beaux non plus.  Plutôt une foule d’anodins… nus.  Je constate que la plupart des femmes entre (+/-) 35 et 50 ans sont plus attrayantes que les hommes, plus minces, plus « soignées ».

 

L’une de nos voisines, une grande blonde mince, épilée intégrale, n’ayant que bas, porte jarretelles et escarpins pour tout vêtements, se lève et danse de manière suggestive sur « I want your sex » de George Michael, encouragée par ses compagnons de tablée.  Ses  petits seins tressautent au gré du rythme.

Elle effleure Claude de quelques regards aussi fugaces qu’intenses ; invite muette, explicite.

Logique : ce délicieux salaud est sans conteste l’un des plus beaux mâles de la soirée.

 

Imperturbable, il se penche vers nous :

-          Hé, vous avez perdu votre langue, toutes les deux ?

-          (moi) Ben, laisse-nous le temps d’arriver, si tu le veux bien !

-          Et toi, Marina… ça va ?

-          J’accompagne Julie en tant que soumise ; je ferai ce qu’elle désire mais si tu veux connaître ce que je ressens…

-          … Ah !  C’est donc ça, ce collier clouté à ton cou !…  Bien sûr que je voudrais savoir ce que tu ressens !  Après tout, vous êtes là pour ça, non ?

-          Rien !  Tout ceci ne m’excite absolument pas !

 

un temps

Intrigué :

-          Elle me bluffe toujours, votre histoire de maîtresse et de soumise !  ça me plairait vraiment d’en parler un peu, … c’est intriguant, je trouve, et assez excitant aussi !

 

Je soupire :

-          Là aussi, laisse-nous un peu de temps.  Si tu crois que c’est simple !  Il y a tant de choses à définir, tant d’amour à traduire aussi.  Ils me font bien rire, tous ces grands maîtres « expérimentés » – hommes et femmes confondus, qui assènent du « j’ordonne » au gré de leurs fantasmes inassouvis et qui pondent du texte masturbatoire pour mieux tenter de convaincre d’hypothétiques esclââves… c’est bien plus complexe que cela… et en même temps, terriblement jouissif, c′est vrai !  Je n’ai jamais rien connu de tel, on y prend vite goût.  Nous avons notre façon de faire… ah, bah !

-          Tu pourras donc écrire sur le sujet avec plus… d’autorité que d’autres !

-          Oh non !  Je suis SA dominante, et encore, à mi-temps… mais je ne suis pas UNE dominante !  Quoique !  La fonction créant l’organe… Dis voir, elle t’excite pas, la grande tige blonde qui danse ?

-          Si, un peu, j’avoue ! 

-          Ben, vas-y !  Qu’est-ce que tu attends ?  Elle frémit de partout !

-          Ne me pousse pas au crime, s’il te plaît !

13 réactions à “ Orgies modernes”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    vous avez persévéré dans la découverte de ce club ? (si oui, bravo je suis admiratif, car ça à l′air plutot glauque au départ). Pas évident, ces fameuses et excitantes relations BDSM !

  2. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Décidément, tu as choisi de nous faire des notes à épisodes, cet été ! ;-)

  3. Anonyme dit :

    CONTENT:
    et puis ? …

  4. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Tu fais dans le teesing maintenant julie ? Tu appate le lecteur pour la note suivante ;-) ps: fait pas vraiment envie comme trip

  5. Anonyme dit :

    CONTENT:
    merci pr ton mail!!!C′est nikel comme ça bises

  6. Madrilene dit :

    CONTENT:
    Euh…il me semble que j′avais envoyé un commentaire et là je le vois plus…Mme Julie c′est vous qui le fîtes disparute ???

  7. Madrilene dit :

    CONTENT:
    Arg maintenant ce commentaire ce dédouble c′est dia-bolique !

  8. janys21 dit :

    CONTENT:
    Hummm.. Alors la suite c pour quand ???

  9. madrilene dit :

    CONTENT:
    ben la suite (test) :les rideaux s′entre ouvrent et débarquent entourée d′une esquadrille de martiennes oestrogennisées, une bombe de déodorisant « Suisgeneris Killer » (but Ozone safe) à la main, KATE !!Tadadada(ce message s′autodétruira peut etre dans quelques minutes)

  10. Olivier dit :

    CONTENT:
    Je suis arrivé ici par un blog ami et je te lis depuis quelques jours : j′ai franchi le pas, je t′ai mis en lien sur mon blog.Amicalement

  11. Mimi91 dit :

    CONTENT:
    Bon reportage, ambiance bien décrite, super !C′est quoi, l′adresse de ce lieu sympa ?Bises

  12. softness dit :

    CONTENT:
    ben moi je crois que je serais ds le meme etat que Marina. Une ambiance est si bien retranscrite et suggérée, qu on imagine tres bien cet entetement du aux odeurs, ces jeux de regard, ce coté prédateur de part et d autre. Pas a l aise en somme. Mais troublee et pas indifferente quand meme:-)

  13. Anonyme dit :

    CONTENT:
    c pas tout ça mais on aimerait bien connaître la suite…C bien toi Julie ça: j′attrape le lecteur (ou la lectrice) et je le fais mijoter…Ah si tu crois que nous nous soumettrons à tes quatre volontés!