J la maudite

Max sort son portable et l’installe à la place où se trouvait le mien deux jours auparavant. Mon coeur se serre. J’ai l’impression de cocufier ma vaillante petite machine.

- Mais arrête de t’énerver ainsi, me dit-il, goguenard.
- J’te dis que je suis maudite !
- Baaah, conneries !
- Ah tu trouves ! D’abord, il y a mon fournisseur d’accès qui me fournit quand il le désire mais n’oublie pas de me faire payer le mois plein…
- Mais… tu payes suivant ce que tu consommes, non ?
- Avec une base fixe, oui ; bref ! Ensuite, le serveur sur lequel se trouve mon blog se retrouve en rade durant quelques jours…
- Ce genre de chose peut toujours arriver, tu sais…
- Mais ouiii, tout à fait d’accord, c’est pas très grave en soi…
- Ben alors !
- Et puis mon p’tit portable vaillant qui refuse obstinément de s’allumer un vendredi en fin d’après-midi !
- Et mon copain électronicien qui l’a ausculté gratos, t’as affirmé que c’est pas grave et que tu retrouveras ta machine en parfait état de marche lundi soir au plus tard, c’est plutôt une bonne nouvelle, je trouve !
- Grumph !

Marina vient derrière moi et m’enlace tendrement :

- Et Max te prête son ordi pour que tu puisses mettre une petite note d’excuse sur ton blog, c’est gentil, non ?
- oui, oui, oui, cent fois oui… mais j’ai l’impression d’être maudite de l’informatique ces temps-ci, faut comprendre quoi !
- Pôôôv bébé chérie, sans son ordi !
- Sans Titine ! Mon ordi est féminin et il a un nom : Titine ! Max, si tu continues à te gondoler ainsi, je renverse ma tasse de café sur TON mécréant d’ordinateur !!!

Adieux…

Le jeune flic tendit un méchant bout de papier à l’inspecteur qui venait d’entrer :
- On a trouvé ça sur la table.  C’est la voisine qui a téléphoné parce que le gosse braillait depuis des heures !
Le vieux limier chaussa une paire d’invraisemblables lunettes qui avaient vu des jours meilleurs et lut.

Hello mon ange,
 
J’imagine ce que tu vas entendre toute ta vie, toutes les horreurs, la pitié que tu vas devoir supporter à cause de moi. Tu vas surement me haïr pour ça.  On va te dire que j’étais égoïste, que je n’ai jamais pensé qu’à moi.
Peut être aussi qu’il y aura quelques personnes charitables pour entretenir mon bon souvenir auprès de toi et panser tes plaies d’enfant déçu.  Et te dire que j’étais pas… comme ça.
Oh, bon sang !
Au début, tu vois, j’étais juste une meuf un peu paumée, qui voulait être sage et bien obéir à ses vieux ; une fille qui rentrait ses devoirs à temps, qui sortait pas. Une vrai petite sainte à bon Dieu.
Si tu savais combien j’aimerai te dire que j’ai rencontré le prince charmant, que c’était l’homme de mes rêves, qu’on s’est aimé et que, comme dans toutes les belles et tragiques histoires de princesses, il est mort dans un accident ou une autre connerie du genre.
J’aurais voulu construire, rien que pour toi, un conte de fée, une de ces magnifiques histoires qui t’aurait permis d’être l’orphelin courageux qu’on ne trouve que dans Dickens.
Il y a un énorme fossé entre mon rêve, et la réalité, pas vrai mon ange ?
Et puis, de toute façon, les contes, ce n’est bien que dans les bouquins.
La réalité, elle est pas et elle sera jamais comme ça. T’auras jamais tout ça.
T’auras jamais de mère non plus.
T’auras juste l’ombre d’un souvenir fait de mauvais racontars.  A peine quelques méchants bruits de couloirs… sur moi, celle qui a mal tourné.
Tu sais, que tu me détestes pour ce que je t’ai fait subir ou que tu m’aimes simplement pour avoir été ta mère, je n’ai jamais été qu’une pauvre fille - une gourde pas assez futée pour prendre la pilule ou trop conne pour pas avoir exigé la capote.
C’est pas une lettre pour te demander pardon.
Parce que ça, je peux pas. Je peux pas te demander pardon pour t’avoir fait exister.
J’ai voulu t’écrire cette lettre pour te montrer une autre vérité. Pas celle des rabats-joie  ou des assistantes sociales qui vont tourner autour de toi.  Des femmes, oui… mais pas des mères !
Je voulais te dire que je t’ai aimé et que je t’aime toujours. Et d’en bas, aux enfers, si je peux te regarder, je me dirai que j’ai pas eu tort de faire le grand saut  parce que, quelle que soit ta vie, tu seras mieux sans moi.
J’aurais voulu te parler de ton père aussi, parce que t’as le droit de savoir mais bon…
La mescaline était mon petit péché mignon alors je sais plus trop quand ni où… ni qui.
Je me rappelle de magnifiques yeux verts. Un effet de la drogue peut-être, je ne sais pas, je ne sais plus.
            Tu vois, tu ne perds pas grand chose : une fille-mère, une junkie, et une conne. Je ne veux pas que tu me pardonnes ou que tu me prenne en pitié.
Comme toujours je vais agir en égoïste et en lâche.
Tu dors tranquillement dans ton berceau et je vais te laisser en espérant qu’on te place dans une famille qui t’aimera, qui te rendra heureux et tout le baratin habituel.
Je ne regrette pas ma vie, je ne regrette pas mes choix alors toi, je t’en prie, ne tente pas de porter les remords à ma place.
 Tu sais mon cœur, tu en douteras toute ta vie mais je t’aime vraiment.
Là je peux pas, je peux plus ; j’en peux plus. C’est trop difficile. Je préfère aspirer ma dernière ligne et oublier que tu vas souffrir à cause de moi.
 
                                                            A+
Le jeune flic fut surpris de voir le vieil inspecteur essuyer une larme furtive.  L’homme l’apostropha sans ménagement :
- Qu’est-ce t’as, p’tit gars ?  Tu crois que je devrais être blindé contre tout ce merdier, hein ?
- Je… j’ai rien dit…
- Ma mère, c’était aussi une junkie.  Un soir, elle a cru qu’elle était un… ange.  Trente étages sans parachute… et sans ailes !  Putain de merde de vie.
 
 

Cocaïne 8, et le diable ouvrit le bal.

Long, le présent épisode.  C’est pour compenser le fait que la semaine prochaine, je risque fort de ne rien pouvoir poster vu que mon fournisseur d’accès a prévenu que nous aurions de nombreuses coupures.
Mais vous aurez une petite perle de Juls !

Même remarque que d’hab’ : pour avoir les épisodes au complet, cliquez sur : "cocaïne fiction, à droite dans la colonne.  Bizz

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Le barbecue embaume à tout va.
Au menu : quelques merguez, quelques côtes de porc, beaucoup de patates braisées et un vin rouge bon marché assez ignoble. La salade est réduite à la portion congrue. Je grignote pour faire comme les autres mais le coeur n’y est pas. Agnes le remarque assez vite :

- Pas terrible, hein, me glisse t-elle à l’oreille. J’ai laissé Bernard passer commande chez le boucher. Je m’occupe de tout qu’il disait. Gênée comme pas deux, je suis. Par contre, côté bière, il a vu grand.
- Je déteste la bière !
- Désolée !
- Pas grave ! Je suis venu pour te voir et te fêter. Le reste n’a aucune importance.
- Mais qu’est-ce qui m’a pris de me marier avec ce balourd.
- Excellente question !
- J’étais acculée : des dettes, pas de travail, les huissiers… Il m’a présenté notre union comme une simple cohabitation financière. Puis on a baisé. De ce côté là, j’suis plutôt délurée. J’invitais toutes mes copines dans notre lit et il aimait ça, tu penses. Seulement, lorsque j’ai voulu convier un autre mec dans l’arène : pas question ! En plus, il baise mal, j’te jure. Je ne dis pas ça par mesquinerie mais il baise vraiment, vraiment mal ! Et maintenant, pour couronner le tout, il joue les guignols d’extrême droite.
- Mais… tu savais quand même qu’il était raciste !
- Au début, non, franchement ; il n’abordait pas le sujet. Puis il a trouvé ce boulot de vigile où il a rencontré des mecs qui affichaient ouvertement ce genre d’opinions. Il est en train de plonger à fond dans cette merde.
- Que vas-tu faire ?
- Le quitter ! J’ai pris ma décision aujourd’hui. En plus, tu connais son amour pour les armes. J’avais réussi à lui faire revendre celles pour lesquelles il risquait des ennuis avec la justice…
- Ses fusils d’assaut semi-automatiques ?
- ouais, plus deux gros revolvers mais depuis qu’il fréquente ses copains nazis, il en a racheté. Avec son gros porc de copain, ils ont construit une petite pièce secrète dans la cave. J’ai la trouille, Luc. Tous ces types sont de vrais fêlés.
- De plus, il est fort probable que la police les a déjà à l’oeil !
- Tu rigoles ? Bernard m’a dit que leur groupe comptait beaucoup de flics et de militaires.
- Oh ? Ben, je trouve que t’as raison de vouloir te barrer, il ne mérite pas une somptuosité telle que toi. Ton mari finira par avoir de très gros problèmes.

Nadia atterrit sur mes genoux et interrompt notre conversation :

- Luuuc, fais-moi danser, j’adore ce slow !
- Euuh, je…

Agnes m’adresse un clin d’oeil accompagné d’une mimique plutôt fataliste signifiant "t’en fais pas, vas-y".

- Alleeez, s’impatiente la belle.
- D’accord maaais… tant pis pour toi, je danse très mal !

De piétinements malhabiles en frottis-frottas langoureux, nous finissons par échouer près du divan occupé par Bernard et son copain que j’ai rebaptisé "il duce" dans ma tête malgré l’ignoble moustache hirsute qui orne sa lèvre supérieure.
La bière aidant, il duce a le postillon plus que conquérant – pour le plus grand malheur de ses voisins du moment. Un pauvre jeune homme à l’allure timide a eu le malheur d’aborder le sujet des attentats islamistes un peu partout dans le monde. Aussitôt, notre sac à bière entame un discours des plus décousus sur la question :

- Si la France avait conservé ses frontières souveraines, nous serions bien plus tranquilles. Et maintenant que tous ces terroristes ont envahis villes et campagnes françaises, nos femmes et nos enfants sont leurs otages potentiels. Bien malin qui pourrait dire que tel bou… est terroriste et tel autre non ! La France aux français et que ces salauds aillent faire péter leurs bombes chez eux ! De toute façon, y’a pas de boulot chez nous pour tous les pique-assiettes du monde entier ; et après une première expulsion, s’ils reviennent : pan pan ! C’est ça la solution ! On est trop bon avec eux et puis…

En temps normal, j’aurai haussé les épaules et entraîné ma cavalière vers d’autres lieux plus calmes mais, pour je ne sais quelle raison, une sourde colère monte en moi. J’ai soudain l’irrépressible envie d’éclater la tronche de ce primate, que son sang éclabousse les murs.

- … façon, il est scientifiquement prouvé que ces gens sont inférieurs…

Ma voix tremble du fait de l’intense effort que je suis obligé de fournir pour contrôler la violence qui s’est emparée de moi :

- Pauvre con ! Sous la peau, si mince de ces gens, il y a le même cerveau que le nôtre, la même chair rouge, les mêmes organes ! Par contre, toi et tes semblables, si on vous écorchait, on trouverait de la pourriture verdâtre et puante ! Pourquoi craches-tu sur les terroristes islamistes, d’abord, hein ? Ils sont de ton espèce "extrême-droitiste" !

Un éclair de bonheur sadique illumine brièvement ses petits yeux en boutons de culotte :

- Attention, mesdames et messieurs, le grand artiste parle ! Môssieur l’inutile voudrait nous donner des leçons, à nous les français ! Parce que, comme tout dégénéré, je parierais que ce type a du sang de youpin dans ses veines, hein ?
- Si c’était le cas, j’en serais fier ! Et toi, es-tu bien sûr que tes ancêtres sont tous… aryens, pauvre tache ! Ton arrière grand-mère a peut-être soupiré entre les bras d’un juif ou d’un africain ? Nous sommes tous métissés, tous !

Il se lève en caressant son poing :

- J’attendais cela, mon salaud ! Je vais t’apprendre à respecter tes maîtres !
- Dans tes rêves
, dis-je en écartant Nadia.
- Nous sommes puissants, maintenant. Bientôt nous prendrons le pouvoir dans ce pays de moutons bêlants et, crois-moi, à ce moment là, je m’occuperai personnellement de toi !

J’évite aisément le coup qu’il veut me donner. À cet instant, ma haine pour lui atteint son paroxysme, me submerge. Un voile rouge m’aveugle avant cette terrible déchirure – la même que celle ressentie hier soir au "road to 666".
Je tombe à nouveau dans le gouffre infini, me retrouve dans la même cave, face à la femme torturée. Elle gît maintenant sur le sol, dépecée, dans une immense flaque de sang.
Noir qui m’aspire.

- Luc, Luc arrête, tu vas le tuer, arrêêête !

Fin brutale de la vision. Je suis à nouveau chez Agnes.
Au bout de mon bras, "il duce" gigote, la face violette, les pieds à 30 cm du sol. Ma main gauche serre son cou jusqu’à l’étouffer.
Tout devient confus ; mes forces m’abandonnent. Je lâche le type qui s’effondre lamentablement sur le sol :

- Hhh’est un fou, un fou ! Il haut le haire enhermer ! Hhhhéloignez-le, crache t-il en se tenant la gorge.

Près de moi, Agnes continue à me secouer en me fixant avec de grands yeux épouvantés :

- Luc, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu étais vraiment… effrayant. Je ne t’ai jamais vu ainsi !

L’assemblée entière s’est figée. Chacun me regarde avec stupéfaction. "Il duce", titubant, se dirige vers la porte d’entrée (mais aussi de sortie, bien entendu) :

- Attends un peu, mon salaud, on va revenir à plusieurs pour te régler ton compte. Tu vas crever !

Bernard s’élance à sa poursuite :

- Je m’en occupe, crie t-il avant de disparaître à sa suite.

Agnes tente de rassurer ses invités tandis que je reprends mes esprits dans la cuisine… toujours au milieu des copines surexcitées. Elles commentent ce qui vient de se passer avec des voix aiguës :

- Non mais, t’as vu comment il…
- … d’une seule main en plus…
- … bien fait pour le gros rat…
- … me répugne depuis que je suis arrivée, j’te jure…

Je suis groggy jusque dans mes os. Cette foutue vision continue à hanter mes neurones. Ma main gauche ignorerait-elle ce que fait ma main droite ? Aurais-je une personnalité scindée ? Suis-je un monstre qui s’ignore… Ou un médium ? Ce foutu produit que j’ai inhalé hier aurait peut-être développé des pouvoirs parallèles en moi et je suis en contact mental avec un sérial killer !!
Marion ramène ses 16 ans en émoi sur mes genoux :

- J’adore les mecs qui se castagnent, ça m’excite !
- Et si le primate m’avait fait la tête au carré, tu serais sur ses genoux ?
- Naaan ! C’est toi qui m’excite !

Elle me roule une pelle fouineuse sans préavis. Je rame pour reprendre un peu d’air :

- Marion, t’es adorable, superbe, troublante… mais…
- alors profites-en !
- Tu n’as que 16 ans, merde !
- Et alors ? Tu crois que je t’ai attendu pour…
- Arrête, s’il te plaît !
- Tu bandes, je le sens ! Je t’excite et tu joues…

Margault vient à ma rescousse :

- Marion, fous-lui la paix !
- T’es pas ma mère !
- et c’est heureux pour toi !
- Tu me prends pour une gourde ? J’l’ai remarqué, ton manège ! Ça te plairait, hein, de l’emmener dans…

Agnes rapplique à cet instant et s’énerve illico :

- Marion, laisse-le respirer ! Tires-toi, tu m’énerves et c’est pas le moment.
- Maaaarre,
trépigne l’ado en folie qui, cependant, obéit.

Sans plus s’occuper d’elle, Agnes m’entraîne un peu à l’écart :

- Bernard a réussi à le ramener. Ils se sont enfermés dans son bureau avec un bac de bière.
- C’est sensé être une bonne nouvelle ?
- Il allait revenir avec des gros bras pour te démolir, c’est son style.
- Et ?
- Mon charmant époux n’a vraiment pas envie de voir la police débarquer et, peut-être, fouiner. N’oublies pas qu’il y a des armes illégales en bas.
- Tu m’as dit qu’ils avaient fait une cache !
- Oui, mais dans le bureau, il y a toute une panoplie de reliques SS, des revues, des couteaux, tout ça, tu vois ?  De quoi aiguiser la curiosité d’un flic plus conscientieux que les autres.
- Charmant !
- Mes invités s’en vont les uns après les autres. Normal ! À leur place, je ferais pareil.
- C’est de ma faute ! Si tu savais combien je suis désolé…
- Arrête de te flageller !

Elle saisit une bouteille de vodka sur la table, s’envoie une goulée phénoménale, réprime un haut le coeur, souffle :

- Je vais me mettre minable, ce soir. Et après… pfuiiit ! Bon vent, les cons ! Tu pourrais pas m’héberger quelques jours ?
- Autant de temps que tu veux, pas de problèmes.
- T’es un ange ! Faut que j’aille m’occuper de mes derniers invités. Tu devrais inviter Margault dans un p’tit coin discret, je sais qu’elle est raide dingue de toi !

La cabane à outils, dans le fond du jardin, n’est pas le meilleur endroit pour entamer une idylle – mais idylle y a t-il (essayez de le répéter 10 fois sans bredouiller) entre Margault et moi ? Les fesses contre l’établi, elle me tripote nerveusement la queue tandis que ma main, trempée, se prélasse, bien au chaud dans sa petite culotte. Elle halète :

- Baise-moi !
- J’ai envie de lécher ta chatte !
- Tu prendras l’apéro plus tard, y’a urgence, risque de combustion spontanée, explosion, help !

Elle chasse ma main et, fébrile, guide mon engin en elle :

- Vas-zyyy ! À fond, sans finesse, défonce-moââ !

J’obtempère, déçu malgré tout de ne pouvoir lamper sa fentine à grands coups de langue :

- Tu ne sais pas ce que tu perds, ma belle furie !
- Ouais, ouais, vous dites tous ça !… P’tain qu’c’est bon, cette grosse queue bouillante ! Elle me remplit, mais alors… totalement ! je meuuurs !
- Et une langue pareille, t’as déjà vu ?

J’exhibe ma frétillante au maximum. Elle écarquille ses lampions, l’incendiaire incendiée :

- Putain de bifteck ! Pas vrai, c’est une fausse !

Je suis obligé de rentrer l’engin pour parler :

- Que nenni, ma belle ! Douze centimètres de bonheur à disposition et, crois-moi, j’ai bien étudié le mode d’emploi !
- T’es un alien, toi, un extraterrestre envoyé pour séduire les terriennes ! T’inquiète, on va essayer cela : j’ai une capacité orgasmique fabuleuse. T’es pas près de sortir de cette cabane, j’te l’dis !

Elle colle sa bouche à la mienne, vorace à souhait. J’oublie tout ce qui n’est pas elle.

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Je suis couché de dos sur l’établi. Margault vient s’arrimer sur ma tronche et la saveur de son con surchauffé envahit immédiatement ma bouche. Doucement, elle commence à osciller au gré du plaisir que je lui procure en feulant par à-coups. Nous faisons l’amour depuis un bon moment sans que je parvienne à me sentir rassasié. Cette saleté de coke doit toujours agir mais, tout compte fait, c’est plutôt heureux parce que cette fille a un sacré tempérament.
Une drôle de sonnerie vient interrompre mon bonheur. Margault m’informe :

- C’est mon portable, continue !

Je l’entends farfouiller dans son sac pour en extraire l’engin perturbateur :

- Oui ?… Francis ?

À moi, tout bas, en masquant le micro :

- c’est mon fiancé, je lui avais demandé de venir me prendre vers deux heures, merdeuu !

Elle reprend la conversation :

- Ben oui, je suis là !… comment ?… t’es devant et personne ne vient t’ouvrir ?… heuu, je me suis endormie dans le jardin alors je ne sais pas trop ce qui se passe dans la maison… oui, j’avais un p’tit coup dans le nez… d’accord, attends, j’arrive !

Oublié, mézigue. Elle s’énerve :

- Ah le con ! Vite, ma culotte… où est ma culotte ! Je me rhabille et toi, tu attends un peu avant de sortir, d’accord ? On se téléphonera demain… demande mon numéro à Agnès.

Elle sort un mouchoir de son sac, m’essuie le museau, y dépose un bisou et s’enfuit.

Lorsque je reviens dans la maison, il n’y a plus personne hormis Bernard et "il duce" endormis dans le divan, complètement cuits. Tous deux ont revêtu un sinistre uniforme noir d’officier SS pour regarder une vidéo noir et blanc sur les camps de concentration.
J’en reste bouche bée. Ces deux là sont de vrais malades.

Sur la pointe des pieds, je me dirige vers le hall d’entrée, à la recherche de mon blouson – sans succès, il ne se trouve pas à la patère. Toujours discret, je grimpe à l’étage et trouve mon vêtement à côté d’Agnes endormie. Elle a enfilé une petite nuisette de soie rose scandaleusement sexy qui ne cache rien de ses belles fesses pleines. En me penchant un peu plus sur elle, je peux constater qu’elle ne porte strictement rien sous ce chatoyant tissu. Mon coeur bat plus vite, plus fort. Dans mon pantalon, popaul se réanime, aussi fringant qu’avant le débat en compagnie de Margault. Ces pulsions sexuelles inextinguibles commencent à m’effrayer sérieusement.

Je m’allonge contre le dos la belle endormie pour déposer une myriade de petits baisers tendres sur la peau fragile de son cou. Elle frissonne, soupire mais ne se réveille pas. Je m’enhardis, caresse ses seins plantureux. Mes baisers remontent vers sa joue, sa bouche qui s’étire en un large sourire paresseux :

- canaille, articule t-elle, mi-langoureuse, mi-endormie.
- Et toi alors ! Tu savais que je viendrais chercher mon blouson, que je te verrais dans cette tenue aguichante en diable…
- oui !

Je la pousse de telle façon qu’elle se trouve étendue sur le ventre puis j’ouvre ma braguette, sors ma queue qui va directement s’encastrer entre ses fesses lorsque je m’étends sur elle. Docile, elle écarte légèrement les cuisses et a cette réflexion surprenante :

- Pas dans le cul, s’il te plaît.
- hein ?
- Ne m’encule pas maintenant. Plus tard, si tu veux.
- Mais… mais… ce n’était pas mon intention !
- Faut que je me prépare avant de me faire enculer, tu comprends ?
- Je te dis que…

C’est alors que je remarque le flacon de lubrifiant sur la table de nuit, bien en vue à côté d’un rouleau de papier absorbant. Je saisis le tube, l’ouvre et injecte une bonne rasade sur son oeillet plissé avant de tartiner copieusement mon sexe que j’amène contre l’entrée du côté pile. Je force un peu pour faire pénétrer le gland. Agnes prend une petite voix plaintive pour dire :

- vous êtes tous les mêmes, vous, les hommes ! Vous ne pensez qu’à enculer les pauvres petites femmes sans défense.

Je la pénètre sans difficulté jusqu’à la garde :

- Dis donc, plus sainte Nitouche, tu meurs !
- Ben, puisque t’es dedans, vas-y maintenant !
- Pourquoi voulais-tu que je te sodomise ?
- Enculer ! Faut dire "enculer". J’adore ce mot, il est tellement obscène, ça m’excite.
- D’accord ! Pourquoi voulais-tu que je t’encules ?
- J’ai toujours refusé ça à l’autre et maintenant tu es en train de m’enculer sur son lit ! On va le maculer, son fameux lit ! C’est ma façon de lui dire adieu.
- Et s’il montait ?
- M’en fous ! Tu sais, tout à l’heure, quand je te racontais que j’avais voulu inviter un autre mec dans notre lit pour une partie à trois et qu’il avait refusé…
- Oui ?
- C’est toi que je voulais inviter. C’est toi que j’ai toujours voulu !

Je m’abstiens de lui dire que moi aussi, je la veux. Plus tard, je lui dirai plus tard.

Le réveil renseigne quatre heures du matin lorsque nous sommes prêts à partir. Je m’empare de la valise d’Agnes et, tel un sioux sur le sentier de la guerre, descend en éclaireur.
Arrivé au rez de chaussée, un détail m’alerte immédiatement : le living est plongé dans la pénombre alors que, deux heures plus tôt, toutes les lampes fonctionnaient. Je pénètre dans la pièce, tous muscles tendus, prêt à réagir.
Pas le moindre bruit en dehors du tic-tac obsédant de la grande horloge murale. Sous mes pieds, le sol devient soudain glissant. Je dérape, cherche à retrouver mon équilibre mais finit par m’étaler, fauchant deux chaises dans la trajectoire, dans un bruit de fin du monde tout en jurant entre mes dents :

- Et merde, merde et re-merde !

Je tente de me relever mais mes mains glissent elles aussi. Alertée par le boucan, Agnes descend en trombe et vient s’étaler près de moi :

- Qu’est-ce que c’est que ça, dit-elle, on dirait qu’on a renversé du savon sur le parquet !

Tant bien que mal, je parviens à agripper le rebord de la table pour me redresser. Toujours dans la pénombre, j’attrape la main d’Agnes et l’aide à se remettre sur ses petons jolis. Prudemment, elle se dirige vers le commutateur, allume et, aussitôt, hurle à s’en péter les poumons.
Le salon est une gigantesque mare de sang dans laquelle nous avons barboté en tombant. Maculés de la tête aux pieds, nous faisons peur à voir.

- Là, là, s’étrangle Agnes en pointant son doigt vers le divan.

Je me tourne vers l’endroit qu’elle m’indique et mes cheveux se dressent sur mon crâne. Bernard et son copain sont toujours assis à la même place que tout à l’heure.

Sauf qu’ils n’ont plus de tête, ni l’un ni l’autre !

Cocaïne 7, où je vis mes derniers instants de bonheur

Désolée pour le retard : depuis quelques jours, mon fournisseur d’accès cafouille sérieusement.  De (longues) coupures en (longues) coupures, je râle, mords le clavier, m’arrache les cheveux, rugit de dépit.
De plus, "l’anniversaire d’Agnes", épisode crucial de l’histoire et qui, selon mon estimation, devait faire 5 pages, s’est étoffé de manière incompréhensible jusqu’à 8 / 9 pages !  J’ai donc scindé en deux parties : la mise en ambiance et…. vous lirez !
Toujours le même message de départ : ceux qui veulent lire les épisodes à la suite les uns des autres = colonne de droite (si,si, juste à côté : cocaïne – fiction)

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Agnès – et, accessoirement, son mari – habitent une superbe petite maison dans un quartier calme de la banlieue sud.  Le jour décline en teintes chaudes lorsque je sonne à leur porte, les bras chargés de fleurs et de cadeaux. 
C’est elle qui vient m’ouvrir, radieuse dans une robe lamée or courte comme une nuit de St Jean. 
Je m’en prends plein les mirettes :

     –   Agnès, tu as décidé de me damner ou quoi !  Tu es tout simplement sublime.  Bon anniversaire, ô déesse d’amour !


Elle rit, visiblement flattée :

      –   J’adore quand tu me regardes ainsi, c’est le plus beau cadeau que tu puisses m’offrir !

Plaisir inénarrable de la voir se coller à moi, écarter un peu les fleurs et me donner un léger baiser sur les lèvres.  Nous aimons gentiment flirter de cette façon, conscients de l’attirance mutuelle qui nous lie secrètement.  Il suffirait de peu pour que tout bascule entre nous mais je crois connaître le prix de son consentement et c’est trop cher pour moi.  J’ai toujours aimé baiser les femmes… les femmes des autres, prendre le plaisir mais sans assumer le reste.  Pour garder bonne conscience, je me dis que ma nature infidèle m’empêchera toujours de faire un bon mari ou un bon compagnon.  Pourtant, certains soirs de solitude, je voudrais être de ces hommes qui aiment une seule femme, leurs consacrent une vie entière, la dorlotent, connaissent ses gestes intimes – ceux qu’on ne montre jamais à celui qui ne fait que passer.
Je voudrais être… normal !
Son parfum m’affole.  Je m’emplis les poumons de sa senteur en caressant le haut de ses cuisses.

     –    Arrête ou je ne réponds plus de rien, glousse t-elle.
     –    Et tu es une femme mariée, sérieuse, c’est ça ?

Elle niche sa tête dans mon cou, lèche doucement le lobe de mon oreille :

    –     Salaud !
    –     Tout de suite les lieux communs.  Bien sûr que je suis un salaud !
    –     J’ai toujours aimé les salauds.  Ils sont tellement plus intéressants que les autres… les maris.
    –     En parlant de maris, je suppose que le tien est là ?
    –     Ooh oui !  Et il a invité un de ses collègues, un gros nullard bien beauf qui ne se gêne pas pour me fait du plat.  L’horreur !

    -     Un p’tit soldat de l’extrême droite comme lui ?
    –     Pire que lui si la chose est possible.  Je lui avais pourtant demandé de ne pas l’inviter… mais arrête de me tripoter les fesses bon sang, on pourrait nous surprendre…  Qu’est-ce que tu as ?  On dirait que tu n’es pas dans ton état normal !

    –     C’est la faute de ces sacrées soeurs jumelles, celles du vernissage, tu te rappelles ?  Hier, elles m’ont fait sniffer une sorte de coke et depuis… je bande sans arrêt, impossible de me contrôler… tout se brouille dans ma tête… je ne pense qu’au sexe… je ne parviens pas à refouler mes pulsions libidineuses.
    –     Ben dis donc, c’est pas flatteur pour moi !  Alors je ne suis qu’un quartier de viande pour toi, là ?

Je lâche ce merveilleux corps, fais deux pas en arrière, tête basse :

    -     Noon, mais non !  Désolé, Agnès.  Je te présente mes plus plates excuses et te demande de…

La voix de Bernard, son mari, m’interrompt :

    –     Aaaah mais, il me semblait bien que c’était lui !  De quoi es-tu donc si désolé, beau gosse ?

Douée d’un aplomb peu commun, Agnès joue les indignée :

    -     Bernard, c’est ton ami, dis-lui !
    –     Mais… quoi ?
    –     Ce couillon me raconte qu’il ne peut rester longtemps parce qu’il n’est pas remis de sa soirée d’hier ! Mais enfin !  Dis-lui combien sa présence est importante pour nous…

Voilà l’autre qui embraye illico en me jouant la grande scène du père de famille condescendant :

    –     Elle a raison, Luc.  Tu sais combien on t’apprécie !  Je crois que tu es juste un peu déboussolé parce que toujours célibataire.  Quand tu connaîtras l’amour, le vrai, tu comprendras ce bonheur incomparable de la famille.  La famille, Luc, il n’y a que ça de vrai !  Amour-famille-patrie, ces valeurs nous sauveront du chaos !  D’ailleurs, avec Agnès, nous voulons des enfants et… nous aimerions que tu sois le parrain de notre premier né !

Il se paye même une larmichette entre deux soupirs pater-pathétiques, ce con !  Son laïus sent le bourrage de crâne à plein nez.  S’il savait ce à quoi je rêvais quelques instants auparavant lorsque je serrais sa femme contre moi, le ventre et la tête en feu, il serait moins fier de m’annoncer ses intentions de procréer. 
Mon arrivée tourne décidément à la comédie de boulevard.
Je sais que mon sourire, en cet instant, a quelque chose de méchant :

     –    D’accord, vieux !  C’est vrai que j’ai assurément besoin d’une ambiance familiale.  Tu sais ce que c’est : 35 ans, pas d’attaches, pas de descendance… j’angoisse quoi !

Agnès écarquille ses superbes yeux de biche, bouche ouverte, sciée.  Elle transforme son fou rire en quinte de toux parfaitement convaincante.
Bernard, imperméable à l’ironie, me tapote affectueusement le dos :

    –     Je comprends, je comprends.  Nous sommes tes amis, Luc, et notre porte t’es toujours ouverte quand tu vas mal.  La solidarité n’est pas un vain mot pour nous.  Allez viens qu’on te présente à ceux et celles que tu ne connaîtrais pas encore.
    –     Oui, renchérit Agnes, heureuse de quitter le terrain glissant de sa future maternité, surtout CELLES que tu ne connaîtrais pas encore, pôôôvre artiste déboussolé. Tu verras, j’ai invité mes plus jolies copines… (
tout bas à mon oreille) les plus… hmmm aussi, si tu vois ce que je veux dire !

Les copines d’Agnes, c’est tout un programme.  Cette splendeur n’attire que la crème des libertines.  Chez elle, point de nonnettes, bigotes ou autres adeptes de la triste-fesse.  Ses amies, elle les veut rieuses avec la cuisse alerte, le sein tentateur, la bouche pulpeuse et du caractère.  Elles griffent, mordent, giflent, chevauchent, boivent, dansent sur les tables, shootent dans les valseuses ou les lèchent – suivant le comportement et l’habileté de leurs propriétaires, dans un élan de vie superbe.
Bernard ouvre la voie.  J’en profite pour caresser furtivement la hanche de son épouse avant d’entrer dans le living.

Le collègue de Bernard est plutôt petit, plutôt grassouillet et plutôt moche… mais il est blanc, blanc-Omo (la lessive), blanc… aryen.  Ce dernier point doit, à ses yeux, racheter tout le reste. 
Ah oui, j’oubliais : il est aussi plutôt con. 
Détail aggravant : il bave à chaque fois qu’il pose les yeux sur Agnes.   Dès la première seconde, sans échanger la moindre parole, nous éprouvons une saine exécration l’un pour l’autre.  Je suis artiste, il est fasciste.  D’emblée, nous étions faits pour nous détester.
Agnes, plus subtile que son époux, comprend immédiatement qu’il vaut mieux ne pas nous laisser en tête à tête. Elle me fait circuler de groupe en groupe pour me présenter à tout le monde avant de me parachuter dans la cuisine.

Etrange endroit pour installer un invité diront les plus cérémonieux. 
Je précise donc : dans la cuisine où ses fameuses copines babillent en confectionnant de suaves petits toasts multicolores.
Elle rit de ma mine béate lorsque je découvre cette délicieuse assemblée.  Je dois sans doute ressembler à un (grand) gosse au milieu d’une confiserie impériale.

    –     Les filles, voici Luc, annonce t-elle à la cantonade !
    –     (choeur céleste) Bonjour Luuuc (rires) !
    –     Luc, Adeline que tu connais déjà tout comme Claudia et Delphine.  Et voici Aurélie, Margault, Coralyne, Marion… tiens, où est Nadia ?  Elle fait pipi, d’accord !

Beaucoup d’hommes confondent femmes sexuellement libérées et femmes faciles.  C’est la raison pour laquelle ils rentrent régulièrement seuls avec la bite sous le bras.  Une femme libre peut, certes, se donner à un inconnu en des endroits abracadabrants et sur un coup de tête, mais c’est plutôt rare.  Si elle fait cela, il y a bien souvent une raison qui échappe totalement à celui qui profite de l’aubaine – une déception ou une vengeance envers celui qu’elle désirait initialement, par exemple.  Notre époque est aussi un terrain propitiatoire à ce genre de comportement : solitude, manque de contacts, stress, télévisions et médias qui nous saturent de sexe à toute heure du jour et de la nuit, nous donnent à penser que la normalité fantasmatique devient normalité tout court.  Passer du fantasme à l’acte demeure cependant l’exception.  La femme reste avant tout un… être humain, avec d’énormes besoins d’attentions et de reconnaissance de soi.
Pour leur offrir cela, là, je suis le roi !
Je n’ai pas mon pareil pour écouter, rire, sourire, poser les bonnes questions, celles qu’elles attendent, me passionner pour leur vie et leurs rêves.  Je suis le roi parce que, tout bêtement, j’aime ça.  J’aime les regarder, j’aime les admirer… et elles le sentent.
Tout ce bla-bla afin de vous expliquer pourquoi, dans cette cuisine caquetante, je me retrouve vite avec Marion sur les genoux pendant qu’Aurélie me fait de doux yeux en me racontant son envie de quitter le domicile parental avec peluches et chaîne hi fi pour, enfin, vivre sa vie.
D’accord, un artiste, un vrai, qui expose et qui vend (depuis peu mais est-il nécessaire de le préciser) fait sans doute plus rêver qu’un ouvrier de chez Renault.
Les invités, affamés sont passés au jardin pour mieux profiter des fumeroles odorifères produites par le barbecue géant. Agnes revient dans notre cuisine en coup de vent, s’arrête, me considère :

  -   Beeen, tu t’emmerdes pas, toi !

J’éprouve quelques difficultés à lui répondre étant donné que Margault me gave de toasts :

  –   ‘ein hoi !  On hait ‘ien ‘mal !
  –   Avale !

J’obéis :

  –   Je disais : on ne fait rien de mal !
  –   J’en suis sûre.  Méfie-toi quand même : la jolie garce qui se trémousse sur tes genoux n’a que 16 ans, n’est-ce pas Marion ?
  –   presque 17
, rouscaille la chérie avec une moue soudain boudeuse.  Et puis t’es pas obligée de le claironner sur tous les toits, j’suis plus une gamine, quoi !
  –   Pour la loi, si !  J’ai pas envie d’aller porter des oranges à mon artiste préféré via le parloir crasseux d’une prison rébarbative !

En guise de réponse, l’ardent fruit vert entame un mouvement rotatif du popotin qui affole définitivement mon popaul à col roulé.  Pour ce dernier, 16 ou 18 ansdemeure une finesse juridique abstraite.  Agnes tire sa trop jeune copine par le bras en riant :

  –   Hop !  Fini de jouer les allumeuses avec les vieux pépés pervers, salopiote !  Viens plutôt m’aider
  -   Jalouse !

Nadia en profite pour occuper la place toute chaude, à califourchon et face à moi.

La pièce résonne de rires nerveux, excités.  Faudrait être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte de la connotation purement sexuelle du moment.  Fortes de leur nombre, toutes ces beautés s’enhardissent, m’escagassent la libido avec entrain et bonne humeur.
Je suis loin de me douter que je vis mes tout derniers instants d’insouciance.

Cocaïne 6, lendemain d’excès

À ce stade, inutile de chercher à comprendre sans lire le début. Pour ce faire, cliquer sur "cocaïne – fiction" dans la colonne de droite. Etant donné que j’ai plus de temps libre durant les 15 jours à venir, je fais des épisodes plus courts, je sème des indices, je m’amuse, quoi !  Episode moins long mais…
la suite demain soir. Bises.

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Je fais une série de constatations en reprenant conscience :
1 – Je suis dans ma chambre,
2 – J’ai toujours une gaule d’enfer qui transforme mon drap de lit en tente capable d’accueillir une tribu entière de touaregs,
3 – j’ai un mal de crâne absolument fabuleux,
4 – Pina passe l’aspirateur,
5 – elle chante "I’m poor lonesome slave-girl"(*) à tue-tête.

En l’occurrence, c’est ma tête qu’elle tue, la black chérie.  Pina, l’aspirateuse la plus bruyante à l’ouest du Rio Grande.
J’agonise quelques mots filandro-baveux, gardant obstinément les yeux fermés :

- Help, Pina ! Pas l’aspirateur ! Tout mais pas l’aspirateur, pitié !

Son rire féroce achève de me fendre le crâne :

- Quand on sort, faut bien profiter de tout patron, même de la gueule de bois ! Je t’ai mis deux aspirines effervescentes sur la table de nuit avec une grande bouteille d’eau. Tu mets les aspirines dans la bouteille et tu avales tout jusqu’à la dernière goutte. Faut te réhydrater.
- Naaaan ! Dodo ! Retourne chez toi en silence, ma perle d’Afrique, je te payerai ta journée complète, promis juré !
- La pauvre esclave africaine ne veut pas l’argent du grand colonisateur blanc, elle préfère admirer son magnifique teint verdâtre !
- Salope !
- Oui, hein ! Ce sont mes ancêtres cueilleurs de coton qui m’inspirent. Tu entends leurs chaînes tintinnabuler tandis qu’ils chantent des négro-spirituals sous un soleil de plomb en récoltant le coton de tes futurs pyjamas ?
- Tintinna… et merde ! Tu vas l’arrêter, ce foutu aspirateur, oui !!!

Elle se marre franchement :

- Désolée, mon p’tit patron chéri, tes deux amies jumelles m’ont refilé 100 euros pour que je vienne t’asticoter ! Vu ma maigre paie, je ne pouvais pas refuser.

Il faut un certain temps avant que la lampe rouge d’alerte se mette à clignoter dans ma tronche :

- Amies ? Jumelles ? Quelles amies ???
- Les deux rousses qui t’ont ramené hier soir, tiens ! Paraît que t’étais dans un drôle d’état. D’habitude, l’alcool, c’est pas bon pour le n’golo mais là, je peux voir que c’est pas toujours vrai quand…
- Ces deux satanées rousses sont ici ?
- Oh la laaa ! Le n’golo fonctionne mais alors, pour les neurones… pfuit !

Les deux démones, moqueuses à souhait, paraissent dans l’encadrement de la porte :

- Bonjour Luc !
- Comment vas-tu, Luc ?
- Oooh la belle trique matinale !
- je dirais même plus : quelle magnifique tri…

- Qu’est-c’que vous foutez chez moi !

Elles viennent s’installer de part et d’autre du lit, félines ; hochent la tête avec des mines navrées en se parlant comme si je n’existais plus :

- Lizzie, tu crois qu’il a tout oublié ? Le vernissage, la sortie en boîte, l’orgie, le champagne, la cocaïne, les femmes pendues à son sexe ?
- Ah ça, question sexe, il a assuré, notre artiste !
- Un pic !
- Un os !
- Une hampe !
-
(double soupir) Si Delacroix vivait toujours, s’il avait vu notre Luc à l’oeuvre la nuit dernière, nul doute que sa Marianne sur les barricades tiendrait autre chose qu’un drapeau dans sa jolie menotte !
- Sardanapale aurait forniqué avec ses esclaves au lieu de les faire égorger…
- à propos, nous avons faitun petit tour dans ton atelier…
- pourquoi diable avoir exposé tes toiles les plus niaises ?
- les autres sont tellement mieux, pleines de force, de vie…
- de rage…
- de délicieuse obscénité !

J’étouffe d’indignation :

- Mais qui, qui vous a permis de… de…
- L’argent, mon chéri !
- L’argent du mécène qui fait tourner la galerie où tu exposes !
- Ce brave mécène que nous représentons…
- et qui veut savoir si son argent est bien placé !
- Dans la vie, il faut savoir ce qu’on veut…
- être libre ou…
- riche et célèbre !
- Bouffer du foin…
- ou du caviar !
- Enculer…
- Ou être enculé !
- Ton cul va bien, Luc ?

- Tu es fatigué. Si, si ! Nous le voyons bien !
- Nous allons te laisser…
- Tu dois te reposer…
- parce que, ce soir, il faut être en forme pour l’anniversaire d’Agnès…
- Ta chère Agnès que tu voudrais taaant baiser !
- Faut dire qu’elle est superbe…
- bien balancée…
- avec de gros nichons…
- Un anarchiste renierait ses convictions, vendrait ses camarades à la milice d’état pour de tels nichons !
- quand on pense que c’est un époux néo-nazi qui profite de tout ça, hein ? Le monde est mal fait !
- Ouais ! Quelle idée aussi d’aller marier ce foutriquet inconsistant !
- Bref !
- À plus tard, Luc chéri !
- À plus tard, mon Lukas !

Elles disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues, me laissant seul, hébété, avec mes questions.
Pina revient dans ma gueule de bois, toujours hilare :

- Un p’tit café serré, très noir, mon patron d’amour ?
- café au lait plutôt, ma négro spirituelle !
- raciste, va !

Note à moi-même : épouser Pina au plus vite.  Je crois que je l’aime à la folie.

* sur l’air de Lucky Luke : "I’m poor lonesome cow-boy"

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