Pendaison.

Un mois enfermé dans cette cellule infecte.

Il avait perdu, depuis longtemps,  le décompte des jours.

Pas de lumière.

La cellule il ne la connaissait que par tâtonnements : cinq pas à gauche la paillasse en décomposition, grouillante de vermine ; deux pas en avant, la porte de bois, frontière infranchissable entre lui et la liberté.

Il tendit la main, saisit le broc d’eau croupie et se mouilla les lèvres avant de se recroqueviller au milieu de la pièce.

Des pas ! On venait !

Qui ?

 Pourtant… ce n’était pas l’heure du repas ! 

La porte s’ouvrit,

la lumière !!

On le traîna hors de sa geôle sans explications. Il entendit la foule qui hurlait, dehors. Un regard aux gardes qui souriaient, découvrant leurs dents moisies, quand elles ne manquaient pas, tout simplement.

Il comprit.

Se résigna, baissa la tête.

Enfin, la grande cour, noire de monde.

Des gens l’entourèrent. Etrange, il lui sembla marcher… comme dans un rêve.

Des cris, des hurlements.  Un homme, sur une grande estrade, haranguait la foule en le montrant du doigt, lui, et d’autres hommes aussi.

On les poussa sans ménagement.  Ils montèrent à leur tour sur l’estrade. Deux hommes se détachèrent du groupe et allèrent vers le bourreau à la tête encagoulée. Ils lui tendirent quelques pièces.

Pour eux, la fin sera rapide, sans la longue et atroce souffrance due au manque d’air. Le bourreau leur tranchera la gorge juste avant.

Ca y est, c’était l’heure !

Un tabouret.  Il monta, chancela.  La corde autour de son cou.

Il regarda la foule une dernière fois… et puis plus rien !  Le capuchon des condamnés venait d’être rabattu sur son visage. La corde se resserra, un peu.

Un violent coup de pied le déséquilibra.

Il étouffa, gigota pour essayer d’amener un peu d’air dans ses poumons en feu.  Chaques mouvements ne faisaient qu’enserrer davantage la corde autour de son cou.

 Alors vint la fin.  Il cessa tout mouvement, les yeux révulsés et la langue pendante, invisibles sous la toile.

La foule se dispersa.

Pour les bourgeois ce fut un beau spectacle, très distrayant.

3 réactions à “ Pendaison.”

  1. lhumain dit :

    Tu es très douée. J′adore, je reste collé à l′ecran. Bravo ! Continues comme ça.

  2. Anonyme dit :

    Là, tu as donné dans le sordide de chez sordide : vermine, dents gâtées, eau croupie et pendaison ! On commence à voir vers où va cette rubrique. Je me laisse entraîner dans la mouvance. Bizz Ju

  3. Anonyme dit :

    Le sordide, oui. Encore une partie bizarre et insoupçonnable de mon ccerveau. Difficile de s′imaginer qu′on pourrait trouver des scènes de pendaisons dans un esprit totalement saint. Bises.