Pepette et la vraie vie

Elle avait abandonné la ville et ses voyous prédateurs pour une campagne paisiblement azotée où les seules lames brillantes sont tirées par de solides tracteurs dinosaures et qui ne tranchent que la peau de la terre; un fermier imprudent peut-être, de temps à autre. Rien de bien dramatique. L’ouvrier agricole remplaçait l’homme-engrais au volant du tracteur puis dans le lit de la fermière.

La vraie vie !

Les mains calleuses de ces hommes robustes avaient bien vite pétri son petit cul blême. Sa liqueur de femme soignait leurs blessures mieux que tous ces médicament coûteux.

La vraie vie !

Aux fêtes du village, elle se plaisait à embraser jeunes et vieux. Inlassable, elle caressait leurs muscles endurcis par trop de sain labeur, et quand, enfin, leur sexe la clouait au mur derrière la guinguette, elle s’enivrait de leur sueur qui se mélangeait à l’eau de Cologne bon marché.

Ici, point de chichis : juste de la bonne besogne à la chaîne. Le premier l’emportait, fébrile, pressé, sachant qu’un autre suivrait bien vite, puis un autre encore, et un autre, tant que ses jambes accepteraient de la porter en s’écartant.

Ah, ces beaux bleus qu’ils lui laissaient ! Ah, les bonnes brutes !

Ils rigolaient, sitôt leur petite affaire conclue, rajustant leurs bretelles avant d’aller retrouver leur lit, leur femme, leurs gosses tout en morve. Elle n’en demandait pas plus car ils la laissaient molle, fondante, apaisée pour un temps; maculée mais détendue.

Rayonnante.

La vraie vie !

Les jeunes vierges du canton la maudissaient bien un peu :

- cré feignasse de putasse d’la ville ! Lé pire qu’la chienne du Fernand quand qué l’est z’en rut !

Bah ! Elle les aurait bien consommées aussi, avec leurs jeunes mamelles arrogantes mais par là, ça s’fait pas trop, ces choses.

Tout le monde sait que le bonheur est éphémère.

Ce soir, un bon gars est venu à la suite des autres, un bon gars simple qui voudrait l’enfermer à demeure dans son lit. Elle a refusé en riant, trop généreuse, trop vorace aussi, pour ne combler que lui.

La vérité vraie !

Elle le lui a dit sans malice.

Mais pourquoi donc la poursuit-il maintenant avec son couteau – ce couteau qui a tranché le pain du repas de midi ?

Et tous ces animaux idiots qui la regardent, joyeux, affairés, tandis que la lame se lève au dessus d’elle, définitive.

La vraie mort !

Il a enterré son cadavre dans le grand champ à Jules.

Les autres, pragmatiques, l’ont aussitôt oubliée. Un cul s’en vient, un cul s’en va…

Depuis, à cet endroit, le blé doré se penche sur les amoureux de la St Jean pour les caresser tendrement, avec la complicité de la brise qui sait.

La vie vraie, éternelle.

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