Renaud-Romane Serda : Anaïs Nin, la renaissance.
Du pouvoir d′une "simple" chanson

Il y a peu, une amie du net demandait, sur son blog, quelques renseignements sur Anaïs Nin.
Elle n’était pas la seule : au cours d’une recherche (n’ayant rien à voir avec le sujet), je découvris un forum où la chanson de Renaud et Romane Serda « Anaïs Nin » suscitait de très nombreux commentaires et questions concernant cette femme hors du commun.
Nouvelles recherches sur le sujet, nouveaux forums et un constat : très peu de jeunes connaissaient Anaïs mais ils semblaient pourtant intrigués, attirés, en demande.
J’en restai stupéfaite tant il me paraissait évident que tout le monde, nécessairement, avait lu le « monument Anaïs Nin » !
En bonne aveugle – bien bourge sur les bords, j’oubliais ma chance inouïe d’avoir pu, ma petite vie durant, puiser sans réserve dans l’exceptionnelle bibliothèque paternelle.
De Miller à Nin : la découverte.
J’avais13 ans (je me souviens de l’âge parce que je venais de terminer l’école "primaire" comme on dit chez nous) lorsque je mis la main sur un petit bouquin d’apparence anodine : « Jours tranquilles à Clichy », que je lus d’une traite. Je venais de découvrir la verve inimitable de Miller, sa gouaille, ses appétits. D’emblée, le personnage me fascina et j’enchaînai sur les deux tropiques – cancer et capricorne, puis la trilogie de la crucifixion en rose : sexus, plexus et nexus. (à 13 ans, oui, je sais ! Côté lecture, j’étais extrêmement précoce)
Comment il la rencontra :
Le 4 mars 1930, la belle et ténébreuse June Edith Smith, qui vit une histoire d’amour chaotique avec une autre femme, offre un billet-aller vers la France à son encombrant mari, Henry Miller.
Pour l’homme, commencent 10 années de galères.
Il a décidé de se consacrer tout entier à la littérature. C’est quand même la troisième fois qu’il vient en France mais cette fois, il restera jusqu’aux approches de la seconde guerre mondiale. Il est là pour chercher l’inspiration, les rencontres et, plus généralement, la vie dont parlait si bien Rimbaud. Sans le sou, il survit grâce à la bienveillante protection de Richard Osborn (un avocat américain vivant à Paris, fan tant de l’homme que de l’écrivain) qui l’héberge et lui laisse discrètement, chaque matin, un billet de 10 francs sur sa table de chevet.
Miller, le pique-assiette !
On l’invite de partout. Deux repas par jour – quatorze amis lui suffisent pour passer la semaine. Henry était un hôte de choix ; il payait largement son écot de sa seule conversation (Mon ami Henry Miller – Alfred Perlès).
C’est ainsi qu’il rencontre un banquier, Hugo Guiler, dont la femme ne vit que pour la littérature. Hugo convie Miller chez lui, 2bis rue de Montbuisson à Louveciennes pour un petit dîner intime.

Comme d’habitude, Miller bâfre, trop occupé par les plaisirs de la table pour se rendre compte que la petite femme fragile, romanesque à l’extrême, assise à côté de lui, le dévore des yeux.
Anaïs Nin, car il s’agit bien d’elle, venait de tomber sous le charme de l’extravagant et tonitruant amerloque.
Sans gêne, le ventre plein, ce dernier passera vite de la table au lit de la belle… dès que le mari tournera la tête.
Tout les séparait et pourtant ils deviendront l’un des couples (adultère) parmi les plus passionnément sulfureux que comptent ces mythiques années folles de l’entre-deux guerres.

Anaïs vaut bien plus que les quelques recueils érotiques si souvent cités par les libertins qui se veulent lettrés.
Il me fallait en savoir plus sur cette femme. Je ne la connaissais qu′au travers des phrases de Miller et je voulais ses mots à elle, ses yeux, sa pensée, sa sensibilité.
Si Miller se trouvait à ma hauteur dans la bibliothèque familiale (mon père jugeant sans doute que le petit cerveau obtus d’une rouquine de 13 ans, fut-elle sa fille, ne supporterait pas le boniment littéraire du moins fréquentable des deux Miller – l′autre étant, bien entendu l′un des maris de Marilyn Monroe : Arthur Miller, celui qui osa défier la toute puissante commission Mc Carthy – je m′égare), il n’en allait pas de même pour Anaïs Nin car, de l’écrivaine, il ne possédait que les écrits érotiques, rangés bien haut – géographiquement s’entend – et supposés hors de portée.
Donnez-moi un escabeau et…
Je fis donc connaissance en me régalant de « Vénus érotica », suivi par « Alice et autres nouvelles » puis « Les petits oiseaux ».
C’était quand même un peu court pour ma fringale.
La bibliothèque provinciale m’offrit le reste, à commencer par les sept tomes de son journal, non expurgé.
Si vous désirez vraiment savoir qui était Anaïs Nin, cette lecture est incontournable. Ne vous arrêtez pas aux versions simplifiées vendues à la FNAC : faites les bouquinistes, cherchez, fouinez : cela en vaut la peine.
Qui était-elle ?
Anaïs naît le 21 février 1903 à Neuilly, d’un père espagnol, Joaquim Nin y Castellano – compositeur, pianiste – et d’une mère cubaine. D’une nature peu fidèle, le géniteur abandonne femme et fille alors que cette dernière n’a que 9 ans. À 11 ans, la petite découvre l’écriture et rédige son « journal d’enfance ».
Par celui-ci, nous savons qu’elle est éperdument amoureuse de ce père fantomatique (et bien des années plus tard, lorsqu’ils se retrouveront, elle ira jusqu’au bout de cet amour, jusqu’à l’inceste)
Elle passe son enfance à Neuilly puis son adolescence à New York où elle épouse Hugo Guiler, jeune banquier prometteur, l’homme qui l’aimera comme un fou malgré ses diverses frasques.
Hugo est muté en France.
En 1929, le couple s’installe à Louveciennes (où naît et meurt la Bovary de Flaubert).
Anaïs s’habille de façon originale : longues robes rouges et capes de velours. Louveciennes lui ressemblera donc, avec ses pièces peintes en rouge de Chine, turquoise et pêche, ses lourdes tentures orientales, ses coussins qui en font une sorte de nid confortable et sécurisant. Le 2 bis rue de Montbuisson devient vite le salon littéraire et artistique parmi les plus courus des années 30.
Elle connaîtra des monstres sacrés tels que Tennessee Williams, Marguerite Duras, Romain Gary, Brassaï John Erskine, Frank Waldo et Antonin Artaud, le lugubre désespéré dont elle dira : « il n’a pas besoin de se suicider, il est déjà mort ! ».
Elle tient deux journaux intimes : l’un, édulcoré, qu’elle laisse à vue pour son mari et l’autre, secret, dans lequel elle se confie totalement. Ses étreintes avec Miller y sont explicitement évoquées.
Son écriture est limpide et elle apporte un soin tout particulier dans la restitution des paroles et pensées de ses personnages, ce qui fait de ses carnets intimes (+de 15.000 pages dactylographiées) une œuvre littéraire particulièrement agréable à lire.
C’est pour le milliardaire Roy Melisander et pour un dollar la page qu’elle écrira, en compagnie de Miller et quelques autres, une longue série de récits (très) coquins avec pour seul impératif de la part du commanditaire : « du sexe, du sexe, du sexe et surtout pas de considérations philosophiques ou autres ! »
Cette femme, qui refusait d’être ordinaire dans un monde ordinaire, voulait que sa vie – plus que ses écrits – soit une œuvre d’art. Elle s’éteignit le 14 janvier 1977 à Los Angeles.

Elle a dit :
- Notre vie est, pour une grande part, composée de rêves. Il faut les rattacher à l’action
- Seul le battement à l’unisson du cœur et du sexe peut créer l’extase.
- Nous ne voyons jamais les choses telles qu’elles sont, nous les voyons telles que nous sommes.
- Nous voyageons pour chercher d’autres états, d’autres vies, d’autres âmes.
- Ce sont les faibles qui ont des préjugés. Les préjugés forment une protection.
- Celui qui est infidèle est celui qui fait l’amour à une fraction seulement de vous. Et qui renie le reste.
- On ne peut créer sans amour de soi.
- On aime toujours la personne qui vous comprend.
Livres principaux :
Journal d’enfance : tome 1 et 2
Journal :
Tome 1 : 1931 à 1934
Tome 2 : 1934 à 1939
Tome 3 : 1939 à 1944
Tome 4 : 1944 à 1947
Tome 5 : 1947 à 1955
Tome 6 : 1955 à 1966
Tome 7 : 1966 à 1974
La maison de l’inceste.
Les enfants de l’albatros
Une espionne dans la maison de l’amour
Les chambres du cœur
La séduction du minotaure
Henry et June – cahiers secrets
Correspondance.
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Merveilleuse Julie! J′étais depuis trois jours plongée ça et là sous le soleil picard (juste parce qu′il existe rarement et ce point tient donc à être souligné)dans Venus Erotica. D′Anaïs Nin je n′avais entendue qu′une longue émission radiophonique qui lui été consacrée mais qui avait éveillé ma curiosité. Le livre, à peine entamé, produisait le même effet: aller plus loin, se délecter. Découvrir et savourer. M′étais donc venue à l′esprit ces derniers temps de pousser un peu plus loin à la rencontre de l′écrivain. Et voilà qu′une petite rousse mutine et délurée me pré-mâche le travail! Un bisou donc à vos jolies lèvres maquillées (à vous de deviner)pour vous remercier.:-)
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J′espère que cette délicieuse chronique sera lue ainsi que les livres et les auteurs auquels elle est consacrée car ils sont les chantres d′un grand appétit de VIVRE !
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Ah, et dire que je viens de finir mon premier Anaïs ! J′ai eu la chance (et la ténacité, aussi) d′obtenir un de ses « cahiers secrets », version non expurgée donc…Je ne dirai pas que son écriture est limpide moi… Mais intéressante, c′est un fait.Très bien ce petit passage culturel Julie
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(et puis merci pour le tuyau chanson aussi ! )
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Elle > merci pour la bise (je ne me maquille ni les lèvres supérieures ni… hum). Ce petit article sans prétentions est là pour faciliter la découverte, justement. Heureuse de voir qu′il remplit sa fonction.life > je les ai lus et relus tant je me sentais bien dans « leur monde ». Leurs textes sont indémodables.Mélie > Décidément, tout le monde lit Anaïs, pour le moment ! Pour la savourer pleinement, il est évident qu′il vaut mieux suivre la chronologie mais ce n′est pas toujours évident. Le tome deux de ses carnets d′enfance est très difficile à trouver, par exemple.
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Vénus érotica en poche, corné, écorné, démembré, au bord de la « déliure » un des rares livres de la bibliotheque parental qui a vraiment servi, devenu imprésentable rapidement, usé à l′usage d′une seule mainun grand souvenir érotique de mon adolescence.RemembranceThank you AnaïsThank you JulisseThank you Satan :-))
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C′est dingue comme une note telle que celle-ci peut attirer moins de commentaires que celles où tu parles de tes histoires de cuisses…Dommage surtout car celle-ci veut bien le détour également…
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erratum : celle-ci VAUT bien le détour également….oups /
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erratum : parentalE(et hop une note de plus au compteur de l′article ;-)
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Madri > te voilà sataniste à présent ???Cara > Bah, pas vraiment important ! Cette note est un petit bonheur personnel, aux antipodes du désir/plaisir de commentaires.Je voudrais également citer un ouvrage qui peut servir d′introduction au monde Nin/Miller : « La jouissance et l′extase : Henry Miller et Anaïs Nin » de Françoise Rey.Introduction « hot », à la manière de cette romancière bien connue.
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oui a cause de la chanson de Léo Férré ;-)(j′aime bien aussi la version chantée par le groupe Dyonisos à moelle)
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ca donne plein d′envie de lecture tout ca :p merci julie
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Merci!
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Ah mais je compte bien élargir ma connaissance, dès cet été, dès dans deux semaines en fait !
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Merci pour cette petite minute culturelle, ça répond aux questions que je n′avais pas trop le tps de me poser ! Super ! :-)(Et merci pour le lien au passage)
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bravo très documenté, j′ai bcp appris ; pourrais je m′en servir pour la rubrique Miller que j′ai dans mon blog Homme et Sensualité ? merci
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Je veux plus de nouvelles
hop aprés avoir lu un peu de miller et ton article, couru chez un bouqsuiniste et là, j’ai trouvé "la maison de l’inceste", pas encore eu le temps de le lire, mais on verra bien ce que ça donne
maison de l’inceste, livre excelent, ecriture plaisante, je vous le conseil.sur tes conseil et ceux d’anne archet, trouvais venus erotica et…