Rupture définitive avec Lucas

Je me prépare à aller faire quelques emplettes pour le réveillon de ce soir quand on sonne à ma porte.  Je regarde au travers du petit judas : Lucas.  Il a dû écouter mon message de rupture sur son répondeur.  Dès que j′ouvre la porte, l′odeur d′alcool me frappe de plein fouet ; de plus, il a les yeux injectés de sang.  Tout mon corps se met automatiquement en tension : j′ai horreur des hommes qui ont bu, ils peuvent se montrer très dangereux, imprévisibles, même Lucas, surtout lui, parce qu′il n′a pas l′habitude de boire.  Il me regarde par en dessous, bras tendu, en appui sur le chambranle de la porte :

- c′est quoi, c′t′histoire !  Tu me laisses tomber comme une vieille chaussette, le dernier jour de l′an en plus ?  Beau cadeau, merci bien !

Je ne cède pas un pouce de terrain :

- Et tu te demandes pourquoi ?  Voilà des semaines que je te dis : je veux plus d′attentions !  Tu ne viens me voir que pour ton plaisir, le reste du temps, je n′existe pas !

- c′est toi qui me dis ça ? Toi qui pétrole jour et nuit !  Mal placée, petite !

- Je ne suis pas un sac à sperme, Lucas !  Je ne suis pas ton sac à sperme !  Je ne peux pas sortir avec toi, soi disant parce que tu es en instance de divorce mais c′est surtout parce que, devant tes copains, ces gens mariés, tu n′oses pas t′afficher avec moi, parce que tu me considères comme une gamine.  Mon cul t′excite mais tu ne veux pas du reste !

- Foutaises !  Garce ! J′suis… y′en a un autre, c′est ça, hein ?

- Pas encore mais ça va venir, pour sûr.

Il lève la main.  J′attendais cette attaque mais son bras retombe.  Il voudrait, sans doute, pourtant il se méfie.  Je peux lui faire du mal aussi.  Malgré ma petite corpulence, je sais très bien me défendre : cinq années d′aikido.  D′abords, gamine, je voulais faire de la boxe française.  Mon père finit par céder en échange d′un regain d′intérêt de ma part pour mes leçons de guitare.  Je me rendis vite compte que je n′étais pas taillée pour ce sport : trop petite, trop peu de masse, je me faisais vite déborder et j′en prenais plein la tronche.  J′allais ressembler à un vieux boxeur noir de seconde zone.  Mon prof discuta avec moi et m′aiguilla vers l′Aikido.  Je n′ai jamais regretté ce changement : là, ma taille et mon poids n′ont aucune importance.

Lucas connaît cette petite particularité.  Au lieu de frapper, il se met à faire du foin : il me crie des insultes.  Je n′en mène quand même pas large lorsque mon voisin de palier sort, attiré par l′éclat, et nous considère :

- Ca va, mademoiselle ?

- Oui, monsieur P**, Lucas va s′en aller, maintenant… tout de suite !

Il vacille un peu :

- Tu m′le paieras, garce ! Je te garantis que…

Mon voisin avance vers lui, menaçant.  Lucas lève les bras en signe d′appaisement :

- Ca-va, ça-va, j′m′en vais !

Je le regarde partir.  Mon coeur bat à 200 à l′heure.  La colère viendra, après.

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