Sade le maudit

Si je n′apprécie guère mon géniteur, et j′ai d′excellentes raisons pour cela, je dois malgré tout lui reconnaître une curiosité culturelle certaine.  Au fur et à mesure des années, il s′est constitué une splendide bibliothèque et, contrairement à beaucoup de gens, il en a acheté chaque pièce avec amour voire avec passion.  Le lieu nous était ouvert, à mon frère et à moi, tant que nous prenions soin du livre emprunté.

Dans cette profusion littéraire, je repérai bien vite les ouvrages licencieux, groupés (tradition oblige) sur les rayonnages du haut.  Ainsi donc, tandis que mes camarades de jeux s′excitaient sur leur game boy, je me plongeais avec délice dans l′enfer de la littérature.  Mes joues en devenaient aussi rouges que mes cheveux sont… bref.

La plupart des livres précieux étaient, en plus, richement illustrés ; ce qui me facilitait la comprenure lorsque j′étais dépassée par les descriptions.  Mon adolescence fut bercée par Verlaine, Boccaccio, l′Arétin, Crébillon, Bataille, Mirabeau, Restif de la Bretonne, John Cleland, Musset… et Sade.

C′est par lui que je voudrais démarrer cette rubrique, non que j′aie un penchant poussé pour ce marquis communément qualifié de divin mais c′est sans doute lui qui me marqua le plus, avec Bataille, plus tard.  Hasard de la débutante, je lus d′abord sa Justine, sans doute parce que ce prénom se rapprochait du mien puis la philosophie dans le boudoir – les seuls ouvrages que j′appréciai vraiment.  Les autres me barbèrent.  La vie du personnage me plut également beaucoup, qui me permit de comprendre pourquoi cet homme, enclin à la luxure dès son plus jeune âge, en vint à décrire de telles horreurs si l′on pense qu′entre 32 et 74 ans, à son décès, il ne connut que 12 années de liberté.

Le p′tit Donatien vint au monde dans l′hôtel des Condés (dans la rue du même nom) entre les rues Vaugirard, Monsieur le Prince de Condé et le carrefour de l′Odéon.  Sa maman était dame d′honneur de la princesse de Condé.

Il fut sous lieutenant à 15 ans et capitaine à 19.  A la vie de caserne, il préfère vite les bordels raffinés de Paris.  Pour renflouer les caisses de la famille (lignée prestigieuse mais fortune inexistante), on lui fait épouser Renée Pélagie de Montreuil.  A noter que la marquise de Sade fut toujours profondément amoureuse de son libertin de mari ; amour qu′il ne lui rendit jamais, se perdant de plus en plus dans les bordels.  Elle accepta tous ses écarts et même, y participa, par amour.

En 1768, une sordide affaire de flagellation lui vaut une première incarcération.  L′histoire n′était pas bien grave mais, relatée et amplifiée par Restif de la Bretonne, elle se transforme bien vite, sous sa plume, en séance de vivisection humaine.  La légende de Sade venait de prendre corps.  Le fait que cela se passa le dimanche de Pâques explique peut-être la sévérité du jugement car, à l′époque, les tribunaux se montraient plutôt laxistes vis à vis des fredaines perpétrées par les jeunes nobliaux en mal de luxure.  Incorrigible, en 1772, il organise une orgie, louant les services de plusieurs prostituées pour l′occasion.  Au menu : flagellations, homosexualité et bonbons cantharidés.  L′une des prostituée s′en trouve malade et dépose plainte pour tentative d′empoisonnement.

La belle mère de Sade voit là une belle occasion de soustraire sa fille aux griffes du monstre.  Elle monte les membres du parlement de Provence contre son gendre qui condamnent Sade et son valet et les brûlent… en effigie.  Le bougre, sans attendre, s′est enfui vers l′Italie en compagnie de sa femme et de sa belle soeur.

Jeu de cache-cache avec la police.  Arrêté, il réussit à s′échapper au terme d′une évasion romanesque (montée par Renée-Pélagie, déguisée).  En sa compagnie, il continue d′organiser des soirées crapuleuses.  Il sera dénoncé par les prostituées qui y participaient.  Arrêté en 1776, il est incarcéré à Vincenne puis tranféré à la Bastille.  Libéré par la révolution française, il retourne au cachot sous le régime de la Terreur.  Il échappe de peu à la guillotine.  L′arrestation de Robespierre lui vaut de se retrouver libre une nouvelle fois.  Quelques petites années de tranquillité puis nouvelle arrestation, plus pour ses écrits cette fois que pour sa sexualité déréglée.  En 1803, il est interné à la maison de santé de Charenton où il finira ses jours, réputé fou.

Sade, un monstre ?  Pervers, oui, lubrique, oui, assassin, non.  Il ne fait aucun doute qu′il trouva son inspiration sanglante dans les atrocités de la révolution française.  A cette époque, les caniveaux de Paris chariaient plus de sang que d′eau.  Le marquis n′est certainement pas un brave homme mais sa cruauté parait insignifiante comparée à celle, véritable, de certains puissants – intouchables – de l′époque.  Il n′était même pas le plus dépravé, loin de là.

Je parle de Sade parce que, hier, avec mon zamour, nous avons revu le film "Sade", de Benoît Jacquot, avec Daniel Auteuil, Marianne Denicourt, JP Cassel et Isild le Besco dans le rôle (ô combien troublant) d′Emilie, la jeune pucelle que Sade (Auteuil) initie moralement et sexuellement. 

Ce film est plus une étude de personnages dans un contexte historique qu′une biographie.  Daniel Auteuil, en pygmalion, fait merveille.  Sa prestation rappelle un peu le rôle du démon de seconde zone qu′il composa pour le film de Balasko : "Ma vie est un enfer".  Isild le Besco, plus belle et sensuelle que jamais, lui donne une excellente réplique.  Dommage que la pudeur excessive de Benoît Jacquot casse un peu l′ampleur du personnage de Sade en fin de parcours.

Quelques citations de l′homme :

Ce n′est pas ma façon de penser qui fait mon malheur, c′est celle des autres.

Il n′y a point de passion plus égoïste que celle de la luxure.

C′est chose très différente que d′aimer ou de jouir ; la preuve en est qu′on aime tous les jours sans jouir et qu′on jouit encore plus souvent sans aimer

Il n′est pas deux peuples sur la surface du globe qui soient vertueux de la même manière

Les passions de l′homme ne sont que des moyens que la nature emploie pour parvenir à ses desseins

3 réactions à “ Sade le maudit”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Personnellement je viens de commencer la philosophie du boudoir, trés intérréssante. Si l′on passe sur l′initiation sexuelle d′Egénie, il y a dernière une véritable argumentation contre la religion et tout ce qui touche aux bonnes moeurs. Sade à le don pour trouver les arguments qui feront vaciller le lecteur, accessoirement Eugénie, dans ses croyances.

  2. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Malgré le côté répétitif des scènes de sexe chez Sade, il est toujours intéressant de les lire. Chaque page peut receler une ou plusieurs perles. Le mieux est de le lire par petites étapes, sans se presser.

  3. Anonyme dit :

    CONTENT:
    C′est sur il vaut mieux, lire ça tout doucement, sinon on peut vite se lasser ou pire être ecoeurer.