Tranche de cake
Soirée anniversaire chez un copain.
D’habitude, je n’aime pas trop ces soirées bateau qui réunissent quelques dizaines de personnes n’ayant strictement rien en commun. Tout le monde se regarde en coin sans trouver grand-chose à se dire et si le ou la fêté(e) disparaît quelques minutes, chacun regarde le bout de ses souliers avec un sourire idiot en attendant que ça passe.
Avec Daniel, c’est différent. D’abord, il est étudiant à l’INSAS (institut national supérieur des arts du spectacle), section théâtre.
Le bonhomme est jovial, totalement extraverti et il a toujours des fréquentations étonnantes.
Seconde raison : le gaillard est aussi copain avec Michael (qui ne pouvait rater cette fête mémorable) donc, en cas (improbable) de malaise, nous nous sentirons moins isolées, Marina et moi.
Mes craintes sont non fondées car, lorsque nous arrivons, l’ambiance est déjà explosive. Au milieu des convives formant cercle, un couple exécute une danse exhibition sur « Oh Marie » de Louis Prima, avec jambes montées sur ressorts et tout.
Il faut préciser que la soirée est sensée faire revivre « les boums d’autrefois »
Tout un programme.
Ce thème à l’avantage de permettre à tous de s’amuser sans avoir l’air ringard. Les plus snobs pourront aussi se permettre quelques pas de deux avec un air de martyr pincé en soupirant : « Oh, bon ! Puisqu’il le faut, je me sacrifie ! »
Marina se sent directement à l’aise et se laisse entraîner, un peu plus tard, sur « I ain’t got nobody », du même Louis Prima.
Du moment qu’il s’agit de danser (tout sauf les slows), elle renierait père et mère, celle-là !
Sans trop savoir comment, je me retrouve à écouter une fille qui me parle de son fiancé (il est bô, intelligent, promis à un avenir brillant… ) et du problème number one de son couple : devrait-elle l’autoriser à lui faire l’amour sans capotes ?
Bonne question !
Je suis sauvée par ma chérie qui m’attrape au vol et me force à intégrer une de ces chenilles (idiotes, notez le bien) où chacun tient les hanches de celui qui est devant.
Le "premier de cordée" fait un mouvement et les autres doivent suivre du mieux qu’ils peuvent.
Ma dignité en prend un coup mais je crois avoir échappé à l’attention du photographe de service.
Pour nous remettre de nos émotions, le DJ programme une séquence slows qui débute par la très originale musique de « la boum 1 », suivie de « la boum 2 ».
Le délire à l’état pur !
Pour l’occasion, je me retrouve dans les bras d’un marrant au nez en trompette qui s’est collé de faux boutons sur le visage.
Il m’explique :
- J’étais boutonneux, avant. C’est une façon d’exorciser cette période de ma vie !
Pas vrai ! Je dois certainement faire un rêve idiot et le réveil va sonner d’une minute à l’autre !
Besoin d’air.
Je parviens à m’extraire des tentacules du gars.
Dans la cuisine, Daniel supervise le ravitaillement du buffet. Il porte une perruque, un soutif garni de pommes par dessus sa chemise… et des panties sur un boxer noir.
La classe, quoi !
Rien à redire.
Je remarque alors un homme, entre 40 et 50 balais, assis près de la fenêtre ouverte ; le cheveu poivre et sel, une barbe de trois jours, encore athlétique malgré un sérieux début de bedon. Il fume et boit en fixant les lumières de la ville.
On ne peut pas dire qu’il soit beau, non, et pourtant quelque chose accroche chez lui.
Son regard peut-être. Il n’a pas le même regard que monsieur tout le monde.
C’est indéfinissable, ténu, mais pourtant bien réel. Un peu comme s’il contemplait des choses que nous ne voyons pas.
Discrètement, je demande à Daniel :
- Qui c’est, lui ?
- Lui ? Ah ! C’est Max, un bon copain. Avant, il était cameraman, reporter pour **, la chaîne de télé.
- Il ne l’est plus ?
- Non ! Depuis quelques années déjà. Il a couvert les événements du Rwanda, en 94. Lorsqu’il est revenu, il a donné sa démission.
- Et qu’est-ce qu’il fait, maintenant ?
- Rien et un peu de tout. Il vivote, il boit, il écrit, dans le désordre.
- Il écrit ? ça m’intéresse, alors.
- Personne ne veut de ce qu’il écrit : trop dur, trop triste, trop réaliste ! Et puis, les gens préfèrent de la bonne catastrophe du jour, bien fraîche et avec, surtout, de bonnes photos explicatives. Personne ne peut rien faire pour Max : il est déjà mort. Des fois, quand il est bien bourré, il se lance dans la fête et amuse tout le monde. Des fois seulement, pas toujours.
À ce moment là, Max tourne la tête vers nous.
Ses yeux, qui se posent sur moi, qui essayent de sourire ;
Et Dylan, dans l’autre pièce :
Yes’ n’ how many ears must one man have
Before hecan hear people cry ?
Yes’ n’ how many deaths will it take till he knows
That too many people have died ?
The answer, my friend, is blowin’ in the wind,
The answer is blowin’ in the wind.
Mais le vent n’apporte plus jamais de réponses, juste des cris,
Qui n’en finissent pas !
Je ne sais pas comment l’aider ou simplement l’aborder alors je reste là, comme une conne, les bras ballants, à lui rendre son sourire.
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Julie on veut pas de trucs tristes comme ca… on veut que tu nous parle de Marina…. :-)
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Tu n′as pas pris un petit instant pour lui adresser la parole ? Peut-être que cela aurait-été une belle rencontre Bisous !
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C′est rigolo, ça, une soirée à thème Boom ! Ca permet en effet de se décoincer sans avoir peur de se sentir maladroit !ralphy | ralphy
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GRIBOUILLE > Ben oui, je sais tout ça. Tout doucement, LaJulie devient une caricature de Julie. Besoin de respirer.AMANDE > Bien sûr que si ! Et pas qu′un petit instant !C′est d′ailleurs pour cela que je voulais en parler ici. J′ai découvert un être merveilleux de pudeur et de tendresse sous des airs bougons, cultivé sans ce besoin agaçant de le prouver à chaque instant. Je ne suis pas amoureuse de lui mais j′ai senti mon coeur fondre devant cet homme, des larmes me monter aux yeux sans raison, rien qu′en écoutant sa voix cassée qui parlait de tout et de rien. Tout de suite, j′ai voulu qu′il fasse partie de mes intimes. Encore faut-il que LUI le veuille !Une des plus belles rencontres de toute ma vie !RALPHY RALPHY > Marrant, ça me fait penser à Humbert Humbert de Wladimir (Nabokov). Ben dis donc ! Tu restes des jours sans donner la moindre nouvelle ! Je finissais par me demander ce qu′il se passait !Boom, c′est pour la tequila (boom boom), il faut écrire boum !Et puis détrompe-toi : il y a de véritables spécialistes de ces soirées rétros, des danseurs exceptionnels (j′te le dis parce que j′en ai vu, là, justement – dont Marina). Mais je crois que dans ce type de soirée, on se prend moins au sérieux qu′en boîte. Personne n′a honte de bouger sur du n′importe quoi. Le but est juste de s′amuser.Mais j′ai beau avoir une danseuse pro dans mon lit, qui m′apprend, je me sens toujours aussi gauche !D′un autre côté, comme j′ai pas de complexes…
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Contrairement à certains, ce post, je le trouve excellent!Tu vois, ! Julie, c′est surement une personne comme toi qui peut représenter la branche à laquelle tout déprimé qui sombre a besoin de se raccrocher. Une personne qui je pense sait écouter, sans juger, et même , sans donner les habituels conseils dont un déprimé n′a que faire. Ecouter en silence est une qualité rare (surtout chez les femmes)Je pense qu′on ne peut pas ressortir intact d′une expérience comme celle du Rwanda ! qui représente toute la misère et la sauvagerie humaine. Je le comprend, je comprend sa déprime.
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Surtt reste libre d ecrire ce que tu veux. Pour toi, surtt! Le plaisir on l aura en retour, en ressentant le tien.Rencontres, Acte manqué, ou juste le signe de cette ambivalence entre la poesie grave lointaine mais si bouleversante d un decale et des airs d insouciance qui noient presque tout.(je ne suis peut etre pas tres claire, je sais … pardon)
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…je découvre ton blog avec délices…http://vieducotontige.canalblog.com/
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Eh beh ma Julie ! J′aimerais en faire également, des rencontres aussi émouvantes Si cet homme lisait ce que tu dis sur lui, je pense qu′il serait très touché par tant d′humanité et de sensibilité ! Dieux existe ! lol Bisous !
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Dans les boums « d′autrefois » on se foutaient sur la gueule entre Mao, Occident, Trotskistes et Che Guevaristes. On fumait du Libanais et des Gauloises bleues et on ecoutait Led Zepplin ou Pierre de Grenoble ! On dansait peu sauf les slows et on parlait beaucoup…du monde qu′on allait changer bordel de merde…faut voir comme on a reussi…!