Un réveillon très prometteur
Le soir du réveillon, je suis prête avec une bonne demi heure d′avance. Je ne vais quand même pas arriver avec le personnel de mise en place. Ma pensée dérive sans arrêt vers Claude,
vers ses beaux yeux.
J′ai hâte d′en apprendre plus sur lui. Michael a dit qu′il me conduirait avant d′aller retrouver d′autres copains copines. Lui, il n′est jamais en avance. j′hésitais entre une robe du soir et une robe tout court. Finalement, j′ai mis un tailleur gris perle avec un chemisier blanc à jabot. Je fais chic, un peu femme d′affaire. Une touche de maquillage pour vieillir mon visage trop juvénil. Pas faire trop sophistiquée non plus.
Pour passer le temps, j′allume la télé et, bien entendu, je tombe sur le tsunami en asie. Mon coeur se serre. Je tourne la tête et me regarde dans le miroir, moi, celle qui s′apprête à sortir, à s′amuser.
Dans le fond, je fais la grimace lorsque je pense au milieu bourgeois de mes parents mais je ne suis moi même qu′une petite bourge gâtée qui se la joue révoltée. J′ai des réactions de bourge, un mode de pensée bourge, tout quoi. On m′a dressée à jouer les pimprenelles et aucune révolte ne pourra effacer certains réflexes de base. Facile de jouer les women′s lib′ lorsqu′on n′a pas à se soucier d′argent, gagner sa croûte jour après jour.
Michael arrive, mettant un terme à mes sombres pensées. Il hausse les sourcils devant ma mine grave :
- problème ?
- non, rien. On y va ?
Lorsque je fais mon entrée, il y a déjà beaucoup de monde. Directement, Claude vient vers moi, enjôleur, avec son sourire superbe, me fait la bise, me fait tourner sur moi même, me complimente et commence à me présenter. Rien que des gens "bien". J′ai l′impression de me trouver dans un de ces feuilletons américains où les gens vivent, une coupe de champagne à la main.
Musique d′ambiance douce et brouhaha. Nous allons d′un groupe à l′autre. Tous ces gens dont je me fous éperdument, que je n′ai pas envie de fréquenter ni de connaître.
J′affiche un sourire figé.
Brave fifille fait la révérence, serre des mains moites : bonjour bonjour braves gens, vous qui avez tous un balai dans le derrière pour vous aider à tenir debout ! Bonjour monsieur, bonjour madâââme, votre plâtrage est superbe. Monsieur attend un enfant ? Non ? On dirait. (bien entendu, je ne dis pas ces horreurs, je les pense seulement). Mon réveillon 2005 fait déjà naufrage. A l′aide ! Je venais juste pour caresser une fesse de Claude, puis le reste aussi, bien sûr.
Commentaire d′une blonde visiblement aigrie :
- Claude ! Tu nous présentes enfin ta jeune soeur !
La rogne pure et dure monte en moi :
- Oui, je voulais absolument connaître toutes ses vieilles amies, celles dont il me parle quand…
Claude m′entraîne avec un rien de précipitation. La soirée commence bien. Mes yeux doivent lancer des éclairs. Il s′arrête, me regarde et rit :
- Michael m′avait pourtant prévenu !
- De quoi ?
- que tu es un paquet de TNT ambulant. Tu viens d′arriver et tu croises déjà le fer, une pure merveille !
- pardon ?
- Tu me plais de plus en plus, décidément. Oublie ces gens. Le plus important est que tu sois là.
J′ai comme une envie foudroyante de l′embrasser, là, devant tout le monde, de marquer un territoire que je ne possède pas, pas encore. Il soupire : "au diable les présentations, dansons.". Je bougonne :
- Nous serons bien les seuls. Ce sont tes amis ?
- Quelques uns seulement. Beaucoup de relations d′affaire, des amateurs d′art, des gens qui placent des sous dans l′art plutôt. Il faut bien que je vive. Je m′excuse de t′avoir entraînée ici. Sans toi, je me serais sans doute endormi au bout d′une heure ou deux, d′ennui. D′un autre côté, je jubile parce qu′ils vont jaser, parler entre eux à voix basse, s′horrifier. Ils diront : je ne le savais pas pervers ! S′afficher avec une fille si jeune ! Ils oublieront de dire : si belle !
- Ils diront aussi : une rousse ma chère, oui oui ! une vraie rousse ! C′est d′un vulgaire !
- Vous croyez qu′il couche avec elle ?
- Il l′entretient, sûrement !
- Toute la ville sait que c′est un viveur, mais là ! Il dépasse les bornes !
- un pédophile !
- Un sale type !
Je pose ma tête sur sa poitrine en faisant semblant de danser. Je me fiche bien de tout ce que ces gens peuvent dire : j′ai envie de lui, envie d′être à lui. Sa tête cherche la mienne, se frotte, et nous nous embrassons.
Rapide, la Julie. Je sens comme un frémissement indigné autour de nous.
YES !
J′en redemande. Il honore ma commande.
La soirée proprement dite, le repas.
Des dizaines de millions de gens vivent la même chose que nous au même moment. Claude privilégie ma conversation à toute autre. Une vraie romance qui débute. Quelques verres, la fête. Des types qui m′invitent à danser en attendant minuit, l′heure de la bise criminelle. Ma vision périphérique enregistre le mouvement de mon chéri vers les toilettes. Hardie, je le suis, lui laisse le temps de satisfaire la nature, campée en face de la porte. Un homme sort du lieu, me regarde, un peu surpris, me salue avec une certaine gêne. J′ai eu le temps de voir Claude, seul en face du miroir. Je pénètre dans les toilettes pour hommes et vais directement sur lui pour l′embrasser. Ma main caresse une de ses fesses, ce qui le fait rire. Sans dire un mot, je l′entraîne vers les toilettes proprement dites (très propres d′ailleurs), je ferme à clef et me colle contre lui, mords doucement son cou. Je le sens frémir. Ma main se pose sur l′étoffe, à la recherche de son sexe. Son coeur bat à toute vitesse, le mien aussi. L′objet de mon attention prend vraiment fière allure. Il feule :
- pas ici, Julie, pas dans les…
- M′en fous ! J′AI ENVIE !
J′ai réussi à sortir son sexe. Malgré ses remarques, il ne se prive pas de me caresser. Je "la" trouve absolument à ma convenance, la caresse avec délice. Il prend ma tête entre ses mains :
- Si on allait plutôt chez moi, hein ?
- Maintenant, tout de suite ?
- Oui
-Vendu !
Il redevient présentable. Nous sortons. Un pauvre homme attend patiemment son tour, appuyé contre le lavabo. Claude le connaît :
- Francis ! Belle soirée, non ?
Je prends la plus grosse voix que je peux :
- Salut Francis, moi, c′est Jules et j′ai parfaitement le droit d′être ici !
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excellent la grosse voix !