V’la l’printemps (air connu)

La première brise tiède de l’année l’emplit d’euphorie.

Tant pis pour les cours.

Elle s’habilla de peu : une robe légère à grands ramages colorés, très ajustée, pour mettre son jeune corps en valeur – narcissisme ou cadeau aux badauds qu’elle croiserait ?

Moment de folie : au diable culotte et soutien gorge.

Hop !

Elle prit un livre et s’en fut vers le parc tout proche.

Le printemps était bien là : à son passage, les hommes, souriants, se retournaient, sifflaient parfois ; même les vieilles dames desséchées se montraient moins austères.

Belle, la vie !

Ses jambes minces la portaient sans effort. Passant devant une vitrine, elle ne put s’empêcher d’esquisser, juste pour s’admirer, quelques pas de danse – aussitôt applaudis par les ouvriers de l’autre côté de la rue.

Chaud, son sang !

L’envie de faire l’amour !

De se donner aux plus beaux hommes de la terre.

Ou aux plus fervents.

L’envie de hurler son bonheur dans un orgasme démentiel.

Chaud, son ventre !

Elle s’assit au hasard d’un banc, un peu à l’écart et voulut lire.

Peine perdue. Son attention refusait l’encre des pages.

Même la brise se jouait d’elle, s’insinuant sous sa robe pour lui caresser la chatte.

C’est alors qu’elle vit l’ouvrier préposé à l’entretien du parc qui oeuvrait à une vingtaine de mètres, face à elle.

Jeune, à genoux, torse nu, ruisselant de sueur, il repiquait de tendres jeunes pousses. Ainsi penché sur son travail, elle ne pouvait voir qu’une mousse de boucles blondes en lieu et place de son visage mais tout son corps réagit à la vue de ce splendide athlète qu’on eut dit échappé, par une quelconque facétie du temps, des premiers jeux olympiques.

Son coeur se mit à battre : ba-boum, ba-boum, ba-boum, résonnant dans sa tête, dans ses veines, dans son ventre.

Elle le voulait !

A la sauvage, dans les taillis !

Une copulation animale, régénératrice, bienfaisante.

Coup de folie, coup de sang !

Irrationnel !

Elle écarta les cuisses jusqu’à tendre le tissu de la robe – qu’elle troussa un peu, outrepassant les limites de la décence, en l’attente de cet instant béni où il lèverait la tête. Très cérébrale, elle pouvait déjà sentir ses larges mains rêches l’enlever, la prendre, la palper. Il ne pouvait être qu’un peu maladroit, belle brute affamée d’amour. Ses lèvres fouilleraient son corsage, cherchant la douceur pâle de son sein, l’architecture d’un tétin friselé de désir. Pâmée, elle emplirait sa paume de liqueurs rares…

Sans avoir encor’ été touchée, elle s’acheminait vers le plaisir.

Il se redressa en massant ses reins.

La vit,

en resta bouche bée.

Il était laid, franchement laid !

Offusquée, elle ferma les cuisses, se leva et s’enfuit.

L’ouvrier, stupéfait, continuait de fixer le banc déserté sur lequel Ovide, oublié ouvert, offrait son art d’aimer.

6 réactions à “ V’la l’printemps (air connu)”

  1. Anonyme dit :

    CONTENT:
    la vraie laideur est-elle si repoussante ?la nature animale, régénératrice n′a pas de considération pour la beauté des choses

  2. Cacahu?te dit :

    CONTENT:
    Hello !! Je vois que le printemps est là chez toi aussi !!Printemps et renouveau; j′ai à nouveau changé d′adresse : cette fois j′espère avoir posé mes bagages définitivement chez over blog. Je te laisse l′adresse via ce com, au cas où tu chercherais après Cacahuète !!

  3. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Oui, bien sûr, et il y a aussi la flexibilité de la queue de la vache dans les tournants, l′âge du fils du chef de gare, la pollution atmosphérique au moment des faits ; et puis je me demande toujours si les anges ont un sexe !!!

  4. Anne Archet dit :

    CONTENT:
    Où donc est banc vert vide où Ovide est abandonné ouvert ?

  5. Anonyme dit :

    CONTENT:
    juste un petit coucou en passant à ta chatte humide en plein vent! ;-)

  6. Anonyme dit :

    CONTENT:
    Merci pour elle. Elle est très sensible aux petites attentions !